Cartographie de la mortalité due au Covid-19 en France et en Allemagne

Santé

Une terrasse à Munich, le 18 mai 2020. L'agglomération bavaroise a un taux de décès rapporté au nombre de cas attestés parmi les plus faibles de tout le sud de l'Allemagne. | Christof Stache / AFP 

Notre voisin d'outre-Rhin affiche un nombre d'infections au Covid-19 similaire au nôtre, mais la mortalité y a été nettement inférieure. La géographie donne quelques éléments d'explication.

Dans un article précédent, la géographie de la pandémie de Covid-19 en France et en Allemagne a été décrite. La cartographie fait apparaître à l'intérieur des deux pays de grands contrastes en matière de densité de cas, révélateurs des structures géographiques propres à chaque État.

La pandémie a ainsi fortement frappé les régions de l'est de la France et l'Île-de-France, alors que les régions de la façade atlantique et du Sud-Ouest ont été peu touchées.

En Allemagne, la pandémie, qui s'est propagée depuis l'Italie, s'est concentrée dans les deux Länder du sud (Bavière et Bade-Wurtemberg) et dans une moindre mesure dans certaines parties de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, tandis que le nord du pays et les nouveaux Länder (correspondant à l'ancienne RDA absorbée lors de la réunification de 1990) ont été relativement épargnés.

Mauvaise gestion de crise

Pourtant, si la France et l'Allemagne ont eu à peu près le même nombre de cas attestés (environ 190.000), la mortalité a été beaucoup plus élevée en France. Alors que l'Allemagne ne déplorait, au 19 juin 2020, que 8.883 décès, soit un taux de 107 par million d'habitants, la France en comptait 29.617, soit un taux de 454 par million d'habitants.

Ce contraste ne peut s'expliquer par la différence d'intensité de la pandémie, puisque les deux pays ont été touchés presque simultanément et ont des densités moyennes de cas assez proches; il est révélateur de l'inégal état de préparation des systèmes de santé et des différences entre les politiques de gestion de la crise.

Alors qu'en Allemagne, tests et masques permettant de repérer les cas et de limiter la propagation du virus ont été dès le début disponibles massivement, la France a été confrontée à une pénurie que le gouvernement a bien maladroitement tenté de masquer par une communication désastreuse.

La situation a été aggravée par l'état du système hospitalier, affaibli depuis de nombreuses années et disposant par exemple de trois fois moins de lits de réanimation que celui de l'Allemagne.

Ce désastre sanitaire côté français est d'autant plus frappant que la politique de confinement imposée du 17 mars au 11 mai y a été bien plus stricte qu'en Allemagne, où elle variait beaucoup suivant les Länder.

La carte ci-dessous montre qu'en France, les départements à fort taux de mortalité (supérieur à 400 par million) sont beaucoup plus nombreux qu'en Allemagne. Alors que chez nos voisins d'outre-Rhin, seules les deux régions les plus touchées par la pandémie (Berchtesgaden et le Haut-Palatinat, le long de la frontière tchèque) sont dans cette catégorie, en France, c'est le cas de l'ensemble des départements du Grand Est, ainsi que de la plupart des départements d'Île-de-France et de Picardie. On note également de forts taux de mortalité en Bourgogne, en Franche-Comté, le long du couloir rhodanien et dans le Berry.

Les considérables écarts de mortalité entre les deux pays sont illustrés par la situation dans les régions frontalières. En Alsace, le nombre de décès s'élevait le 19 juin à 1.450 pour une population de 1,9 million d'habitant·es (soit 763 décès par million), alors que dans le pays de Bade voisin, on déplorait 414 décès pour une population de 1,6 million d'habitant·es (soit 259 décès par million).

Géographie de la mortalité due au Covid-19 en France et en Allemagne, situation au 19 juin 2020. | Avec l'autorisation de Michel Deshaies

Géographie de la mortalité due au Covid-19 en France et en Allemagne, situation au 19 juin 2020. | Avec l'autorisation de Michel Deshaies

Fortes inégalités spatiales

L'étude de la répartition de la mortalité fait apparaître de grandes inégalités régionales à l'intérieur de chaque pays, en grande partie en raison de la distribution spatiale très inégale du virus, mais aussi parce que le taux de décès rapporté au nombre de cas varie fortement.

Avec un nombre d'habitant·es équivalent, le département des Vosges a ainsi eu six fois plus de malades hospitalisé·es et dix fois plus de morts que celui de la Haute-Vienne. Comme le montre le graphique ci-dessous, il existe bien une corrélation entre densité de cas par département et taux de mortalité.

Toute l'Allemagne du Nord et les nouveaux Länder affichent des taux de mortalité faibles. Mais un certain nombre de territoires ressortent par des taux de mortalité nettement plus bas par rapport à la densité de cas.

Au sein des régions allemandes comptant le plus de cas, l'agglomération de Munich a un taux de décès rapporté au nombre de cas attestés parmi les plus faibles de tout le sud du pays. C'est pourquoi les taux de mortalité rapportés à la population totale varient du simple au triple entre Munich (153 décès par million d'habitant·es) et la région de Rosenheim-Berchtesgaden (487 décès par million d'habitant·es).

En France, on retrouve des écarts considérables dans les taux de décès rapportés au nombre de cas traités à l'hôpital. Ils varient d'un maximum de 28% dans l'Indre à des minima de 8% à 14% dans plusieurs départements du sud de la France.

Dans tout le sud-ouest de la France, où la densité de cas est faible, les taux de mortalité sont largement inférieurs à 100 par million d'habitant·es, avec des minima inférieurs à 30 dans les départements les moins touchés.....

Lire la suite de cet Article sur Slate.fr - Cartographie de la mortalité due au Covid-19 en France et en Allemagne

 

Articles en Relation

Covid-19 et sida, des points communs et des différences Des professionnel·les de santé devant un gymnase reconverti en centre d'urgence Covid-19 à Taverny (Val-d'Oise), le 22 mars 2020. | Ludovic Marin / AF...
Quand le coronavirus va-t-il disparaître? Dans le métro parisien, le 11 mai 2020. | Geoffroy Van der Hasselt / AFP  Les scénarios pour la suite de la lutte contre le Covid-19 se précisen...
Pour faire face au Covid-19, faites l'amour Rien ne vaut une partie de jambes en l'air pour renforcer son organisme. | Alejandra Quiroz via Unsplash Avoir des relations sexu...
La gestion musclée du coronavirus en Chine Une personne suspectée d'être contaminée par le coronavirus peut parfaitement être emmenée de force à l'hôpital. | STR / AFP  Alors qu...
Que valent vraiment les masques en tissu fabriqués à la maison contre le coronav... «À la guerre comme à la guerre», répondent les soignant·es qui manquent de moyens au mot d'ordre du président Macron. | Sophie Cmbr  Confectionn...
Le coronavirus, sans précédent dans l'histoire des épidémies La mise en quarantaine du Diamond Princess a un avantage: il nous permet de tenter une projection du taux de mortalité du Covid-19. Ici, une passagère...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA