Carol Kaye: musicienne de studio dans la fosse aux lions

Musique

Cinquante ans durant, elle a servi les plus grands et n'a jamais lâché sa basse, ni ses lunettes de soleil, qui la protégeaient contre les spots des studios. | Capture d'écran Magnolia Pictures & Magnet Releasing via YouTube

Certains secteurs de la musique sont encore plus l'apanage de la gent masculine, comme celui des instrumentistes de studio. Carol Kaye a su y imposer durablement son style et sa ligne de basse.

Il y a cinquante ans, une bande de musiciens prodigieux régnaient sur les studios de Los Angeles. Si vous aviez besoin de pondre un hit, que les instrumentistes de votre groupe de rock n'étaient pas assez bons techniquement, s'il vous fallait des soldats capables de s'adapter à tous les types de sonorités, vous appeliez The Wrecknig Crew. À l'époque, pourtant, ils n'avaient pas de nom officiel. Ils se surnommaient «La Clique», parfois, mais étaient avant tout des hommes de l'ombre.

Au milieu de ces hommes, en bonne place, on ne comptait qu'une seule femme: Carol Kaye. Dans un milieu à la majorité masculine écrasante, celui des musiciens de sessions, elle est devenue une bassiste et guitariste au pedigree phénoménal, totalisant cinquante années de carrière et, selon la légende, environ 10.000 enregistrements.

Choisis ton camp, camarade

Dans un célèbre documentaire consacré au Wrecking Crew en 2008, un des membres de l'équipe l'affirme: «Si le harcèlement sexuel était légalement reconnu à l'époque, elle serait millionnaire après ce qu'on lui a fait subir.» Bien sûr, le ton est à la blague, mais tout de même. Cette phrase révèle les difficultés que Carol Kaye a dû surpasser pour s'imposer dans un univers compétiteur, disciplinaire et exigeant.

Les chiens ne font pas des chats. Carol Kaye naît le 24 mars 1935 d'une mère pianiste travaillant principalement dans des cinémas muets de la côte ouest, et d'un père tromboniste professionnel. Le jazz, les big bands, font partie de son quotidien. Mais, à la différence de ses parents, c'est vers la guitare qu'elle se dirige dès ses 13 ans.

Très vite, elle commence à se produire dans les clubs de Los Angeles. «À l'époque, il n'était pas si inhabituel de voir des femmes jouer dans les clubs, je n'étais pas une exception. La différence, c'est que beaucoup de ces femmes ne faisaient cela que jusqu'au mariage.» Carol Kaye n'abandonnera jamais, allant jusqu'à jouer dans des clubs de strip-tease, comme le Gilded Cage. Elle, qui n'a jamais vu une femme nue de sa vie, se retrouve à les faire danser.

En 1957, elle est repérée par Robert «Bumps» Blackwell, immense producteur et chef d'orchestre travaillant notamment avec le soulman Sam Cooke. Il lui propose de venir enregistrer en studio, mais, à l'époque, il faut choisir son camp, camarade: si un musicien quitte les scènes des clubs jazz pour s'enfermer dans les cabines d'enregistrement, il perd sa place dans le milieu live. À 22 ans, elle doit déjà subvenir aux besoins de sa famille et elle choisit le confort financier en devenant la guitariste attitrée de Bumps Blackwell. Dans l'orchestre de ce dernier, basé aux Gold Star Studios à Hollywood, on trouve une flopée de pointures, dont certains compteront à l'avenir parmi les membres officieux du Wrecking Crew.

Grimper dans la hiérarchie

La guitare du hit «La Bamba» de Ritchie Valens, c'est elle. Celle de la version de «Summertime» de Sam Cooke, idem. Alors, un autre producteur, peut-être encore plus fameux, l'engage: Phil Spector, qui deviendra plus tard l'architecte du son des Beach Boys, entre bien d'autres. En attendant, il fait jouer Carol Kaye sans relâche. The Crystals, Frank Sinatra, Nancy Sinatra, Ike & Tina Turner… Elle sévit pour les plus grands, et jamais son nom n'est mis en avant: «Nous n'avions pas de beaux cheveux longs, ce genre de choses. On aurait dit qu'on revenait d'un champ de bataille. Les maisons de disques ont eu raison: elles nous ont gardés cachés.»..

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