Bad Bunny, l'icône de la trap latine qui redéfinit les codes de la musique populaire

Musique

Bad Bunny lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl, le 2 février 2020 à Miami. |  Elsa / Getty Images North America / AFP  

En seulement quatre années, le rappeur portoricain est devenu l'un des artistes les plus écoutés au monde en chantant en espagnol.

En 2004, quand l'artiste portoricain Daddy Yankee introduit le reggaeton aux États-Unis et au monde avec son tube «Gasolina», chanter ou rapper en anglais semble indispensable pour espérer faire carrière à l'international.

Deux décennies plus tard, les choses ont bien changé. En témoigne le succès du portoricain Bad Bunny, éminente figure d'une nouvelle vague de la musique urbaine latine qui mêle reggaeton et trap.

Son deuxième album YHLQMDLG (Yo Hago Lo Que Me Da La Gana), sorti le 29 février dernier, a démarré à la seconde place du Billboard 200, devenant l'album en langue espagnole le mieux classé de l'histoire musicale américaine.

En imposant ses chansons dans les tops internationaux, Bad Bunny, à l'image de ses collègues J Balvin et Ozuna, contribue à écrire une nouvelle page de la pop mondiale.

Loin de l'hégémonie blanche et anglo-saxonne du début du siècle, cette nouvelle musique populaire, portée par le streaming, s'affranchit des barrières géographiques et linguistiques.

Ascension fulgurante

La carrière de Bad Bunny, Benito Antonio Martínez Ocasio de son vrai nom, est aussi singulière que fulgurante. Né en 1994 à Porto Rico, petite île des Caraïbes considérée comme l'un des grands territoires du reggaeton, il commence à poster ses morceaux sur Soundcloud en 2016, entre ses études de communication et son emploi dans une épicerie.

Ses titres trouvent leur public, et le chanteur s'impose rapidement comme une référence de la trap latine. Par la suite, il enchaîne les collaborations avec les grandes stars du reggaeton, qui lui assurent une renommée à l'échelle du continent.

Deux ans plus tard, Bad Bunny acquiert la reconnaissance internationale en cumulant les featurings prestigieux avec des artistes anglo-saxons. On compte à son actif des collaborations avec Nicki Minaj et Travis Scott, Marc Anthony et Will Smith ou encore Drake, qui chante en espagnol pour l'occasion.

On se souvient surtout de sa participation en 2018 au tube «I Like It» de Cardi B, qui lui permet de se hisser au sommet des classements américains et mondiaux, sans chanter en anglais ni avoir sorti d'album.

Pour comprendre l'engouement que suscite Bad Bunny à cet instant, il faut se pencher sur les dynamiques globales qui bousculent l'industrie musicale. «Les artistes anglo-saxons ont eu envie de s'ouvrir au marché de l'Amérique latine en pleine expansion, explique Robin Vincent, fondateur de l'émission “Jetlag” sur OKLM. Là où on avait un marché très occidental il y a quelques années, le streaming (plateformes, YouTube) a permis d'aller chercher des collaborations plus loin, sur différents continents, pour attirer de nouveaux publics. Les featurings avec les artistes d'Amérique Latine s'inscrivent dans cette logique globale.»

De fait, il suffit de se pencher sur le classement des clips les plus visionnés sur YouTube pour comprendre l'impact des artistes hispanophones sur la musique actuelle. Sur les dix clips les plus regardés en 2019, cinq sont attribués à des artistes latino-américain·es.

Mais Bad Bunny ne se contente pas d'apporter une touche latine à ces singles populaires. À chacune de ses apparitions, le chanteur marque les esprits en exprimant sa singularité, sans être éclipsé par les grands noms avec lesquels il collabore.

Innovations sonores

Si Bad Bunny séduit plus que d'autres jeunes artistes de sa génération, c'est en partie grâce à sa capacité à innover musicalement. Après un début de carrière marqué par la trap, l'artiste intègre le reggaeton à sa palette musicale.

Pour Robin Vincent, plus que d'emprunter à ce style, il le modernise: «Bad Bunny fait partie de cette vague qu'on appelle “neoperreo”, qui s'exprime par un reggaeton un peu plus électronique reprenant les codes du genre des années 1990 de façon plus moderne. C'est un son à la fois dansant et triste, qu'il incarne avec sa voix très grave, assez unique dans le genre.» 

La musique de Bad Bunny marque car elle est autant une célébration contemporaine du reggaeton de son adolescence, qu'il invoque en collaborant avec ses grands noms –Tainy à la production, Ñengo Flow et Dandy Yankee sur les featurings–, qu'un territoire d'expérimentation où cohabitent une multitude d'influences musicales.

Comme le souligne Élodie Sophie, DJ et rédactrice pour le site Backpackerz, «la force de Bad Bunny, c'est de surprendre sans cesse par des innovations sonores, sans se contenter de satisfaire les puristes du reggaeton. Son album X 100pre est un grand mélange des genres. Il y a un morceau très club avec Diplo, des titres plus punk-rock à la Blink-182, une touche de dembow. C'est vraiment ça l'ADN de Bad Bunny: l'audace sans avoir peur de prendre des risques»....

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