Avec les «Chevaliers du zodiaque», préférez l'original à la copie

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Depuis sa création en 1986, «Saint Seiya» (en VO) fait figure de référence absolue, bien aidé par son adaptation animée. Le reboot lancé sur Netflix en 2019, lui, est d'une toute autre teneur.

Trente-quatre millions de volumes écoulés en trente-quatre ans, rien qu'au Japon: un chiffre comme celui-ci suffit à faire comprendre la renommée de Saint Seiya, plus connu en France sous le nom des Chevaliers du zodiaque.

Apparu en janvier 1986, le manga a depuis connu un succès s'étendant bien au-delà des frontières nippones. L'univers déployé est tel que pas moins de six séries spin-off ont été développées. La plus récente, Saintia Sh?, est d'ailleurs en cours de publication, au Japon comme en France, sous le contrôle des éditions Kurokawa.

Voie royale

Titre culte de genre nekketsu, qui désigne les mangas dont le personnage principal doit vivre de grandes épreuves pour atteindre son but, Saint Seiya a grandement marqué le public nippon comme européen.

Déjà à l'époque, son auteur Masami Kurumada ne cachait pas sa volonté de produire une œuvre d'importance. Dans la jaquette du volume 1 du manga, il écrivait: «Six mois environ ont passé depuis que mon manga précédent, Otoko Zaka, a connu une fin inachevée. […] Pour Saint Seiya […], je prendrai une voie royale dès le départ.»

Rédacteur en chef du magazine de prépublication Sh?nen Jump de 1986 à 1993, Hiroki Got? explique dans l'ouvrage Jump - L'âge d'or du manga à quel point il a conscience de l'importance de cette série majeure du mangaka.

«Je n'ai pas peur de dire que le Masami Kurumada qui a dessiné Saint Seiya est différent de celui qu'il était avant, avance-t-il. Je ne sais pas trop comment l'exprimer avec des mots, mais au fond de moi, je l'ai ressenti à la lecture de cette nouvelle œuvre. Saint Seiya maîtrise un dessin expressif et un découpage clair, et développe un sens de la camaraderie prononcé qui touche profondément les lecteurs. Il met en scène des chevaliers de bronze et d'or qui se dévouent pour protéger Athéna mais établit des relations puissantes, presque filiales, entre des maîtres et leurs jeunes élèves. Tous ces éléments se retrouvaient déjà dans les mangas précédents de Masami Kurumada, qui reste connu pour être un mangaka dans la lignée des auteurs de nekketsu du Sh?nen Jump, et ses œuvres abondent en projections de sueur, de sang et de larmes. Mais le développement de l'histoire de Saint Seiya ne connaît pas de rupture, la manière de raconter du mangaka s'est affinée. L'odeur de la sueur et du sang disparaît au profit d'une réalité plus mystique, plus divine.»

Si Saint Seiya s'est développé avec autant de succès, en dessin animé comme via les produits dérivés, c'est aussi parce que Masami Kurumada l'a pensé bien en amont, comme le raconte Hiroki Goto.

«Je pris l'habitude de rester jusqu'à tard dans la nuit chaque semaine à la rédaction pour corriger les planches du nouveau chapitre de Saint Seiya, poursuit-il. L'éditeur en charge du titre, Hideyuki Matsui, m'envoyait les chapitres en express. Au départ, je dois vous avouer que je ne comprenais pas trop l'intérêt des doubles pages en début de chapitre, ni même les dessins d'armures accompagnés de schémas et d'explications quant à la manière dont elles s'assemblent. Mais ces schémas étaient présents dans l'optique de créer et de vendre des figurines par la suite!»

Girl power

Aujourd'hui encore, Masami Kurumada garde un œil sur l'œuvre qu'il a créée. Encore en cours de publication, Saint Seiya: Saintia Sh? est développé par la mangaka Chimaki Kuori à partir d'une idée du maître.

L'histoire se déroule avant les guerres galactiques organisées par Saori Kido et sa fondation tokyoïte Graad, où Seiya affronte d'autres chevaliers de bronze. Encore lycéenne, Saori Kido est protégée par des Saintia, des chevalières jurant fidélité à la déesse Athéna.

Parmi elles, la jeune Shoko, alias Sh? du petit cheval, qui cherche par tous les moyens à sauver sa grande sœur Kyoko, dont le corps est possédé par Éris, la déesse de la discorde.

Saintia Sh? est une série spécifique dans l'univers des Chevaliers du zodiaque: ses personnages principaux sont tous féminins. Avec cet arc narratif très girl power, le manga ne perd en rien de sa tension dramatique, de sa violence ou de sa force, et s'avère être une porte d'entrée très appréciable pour le jeune public.

Si Saint Seiya est un succès incontestable au Japon –il a même été adapté en comédie musicale en 1991– et en Europe, les États-Unis ont mis un certain temps avant de prendre le train en route.

Les observateurs n'ont pas manqué d'analyser ce manque d'enthousiasme initial pour la série et mettent en cause une trop grande censure de l'anime pour la diffusion américaine –le sang des personnages a, par exemple, été colorisé en bleu.

Reboot dispensable

Fruit d'une coproduction entre les États-Unis et le Japon, le reboot diffusé par Netflix (qui vient de dévoiler sa deuxième saison le 23 janvier) avait sans doute pour but de faire enfin naître l'intérêt du public américain pour l'univers Saint Seiya.

La version animée en 3D, pilotée par Eugene Son, est pourtant loin de satisfaire la fanbase du manga. L'utilisation de techniques d'animation modernes mais très lisses est contestée, l'œuvre originale brillant par les magnifiques dessins de Shingo Araki.

C'est également sur les libertés prises avec certains personnages que le bât blesse. Dans la version initiale, Shun d'Andromède, protagoniste emblématique de la série, était un personnage androgyne arborant une superbe armure rose. Les producteurs de la version 2019 en ont tout simplement fait un personnage féminin, précisant qu'ils avaient juste voulu féminiser un peu le casting...

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