Avec «Annette», Carax souligne le flou qui sépare l'œuvre de l'artiste

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Peut-on admirer ce portrait sombre d'un homme rongé par son ego et sa violence si cet artiste revêt le visage du réalisateur du film? | Capture d'écran Movie Coverage via YouTube

Dans son nouveau film présenté à Cannes, Leos Carax nous présente un personnage masculin de plus en plus difficile à pardonner.

Elle est parfaite, douce, réservée. Il est torturé, sombre, cynique. Dans beaucoup de films, ces profils opposés auraient formé un superbe couple de cinéma. Pas dans Annette. Auteur d'un bon nombre d'histoires d'amour tristes voire tragiques, Leos Carax livre ici un récit décidément anti-romantique. Présenté en ouverture du Festival de Cannes 2021, et écrit par le groupe Sparks, ce film musical suit un couple de célébrités hollywoodiennes: une chanteuse lyrique (Marion Cotillard) et un auteur de stand-up avant-gardiste (Adam Driver). Mais à la place d'une romance bouleversante, le film présente un couple vicié dès le départ.

Dans la chanson qui introduit leur amour, «We Love Each Other So Much», les deux acteurs se contentent de répéter de manière désincarnée... qu'ils s'aiment vraiment beaucoup. La musique est sombre, presque funeste, comme si le couple était déjà condamné.

On a aussi du mal à déceler la moindre sensualité dans la scène de sexe qui les unit quelques instants plus tard –mention spéciale à Adam Driver qui interrompt son cunnilingus pour chanter quelques répliques sans conviction. Alors que le film progresse, impossible de s'y méprendre: Henry et Ann sont beaux, célèbres, et amoureux, mais ils n'ont rien du couple idéal. Et contrairement à d'autres œuvres qui idéalisent la «poursuite» romantique et les comportements toxiques du héros, Annette montre Henry pour ce qu'il est: un dangereux prédateur.

Portrait d'un homme toxique

Dans Annette, Henry est un comédien subversif, qui cherche à déconstruire l'art de la comédie et du divertissement –une sorte de Bo Burnham, version maléfique. C'est aussi un homme froid, pétri de violence. Il voit son spectacle comme un ring, emmitouflé dans un peignoir et boxant dans le vide avant d'entrer en scène. Son «humour» est en fait une succession de dénigrements et de confrontations agressives avec son public. Et lorsque Ann lui demande un soir si sa représentation s'est bien passée, il répond «Je les ai tués. Massacrés.» Chez lui, tout est histoire de domination. Avec sa femme, la menace d'Henry est aussi soulignée dès le départ, notamment par sa manière de rôder derrière Ann, tel un monstre de film d'horreur.

Henry finira jugé pour ses crimes. | Capture d'écran Movie Coverage via YouTube

À un moment, le film bascule, et les présages symboliques du début du film finissent par se concrétiser. Après avoir mis au monde leur fille Annette, Ann fait un rêve, dans lequel Henry est accusé d'agressions et de violences par six femmes différentes. Devant un public consterné, Henry mime quant à lui le meurtre de sa femme. Et lorsque cette dernière meurt quelque temps plus tard dans des circonstances troubles, la noirceur du personnage n'a plus rien d'ambigu.

Le choix du métier de Henry n'est pas anodin. Sur scène, l'humoriste évoque ses propres insécurités mais aussi son mariage, ou encore le métier de sa femme, qu'il n'hésite pas à tourner en dérision. Lorsqu'il dit à son public qu'il a tué Ann, certains commencent d'abord par rire, avant de douter –est-on toujours dans un spectacle, ou en train d'assister à une confession beaucoup plus inquiétante?

Rapidement, le public renie l'artiste, et ce dernier s'en offusque dans la chanson «You Used To Laugh» (qu'on pourrait traduire par «Avant, ça vous faisait rire»): «C'est quoi votre putain de problème?», chante le personnage plein de rage....

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