Avant d'envisager un second confinement, il faut peser l'impact psychologique du premier

Santé

Les troubles du sommeil se sont maintenus après le déconfinement. | Atharva Tulsi via Unsplash

En France comme ailleurs, la pandémie de Covid-19 et le confinement ont eu des conséquences sur la santé mentale. Un élément à considérer pour faire face à une deuxième vague.

Alors que la circulation du Covid-19 s'intensifie, Abhijit Banerjee et Esther Duflo, deux des trois prix Nobel d'économie 2019, proposent un confinement préventif de trois semaines avant Noël. Certains pays reconfinent déjà: partiellement comme à Madrid, ou totalement comme en Israël. Épée de Damoclès sanitaire, le risque d'un nouveau confinement, même localisé, plane au-dessus de la France.

Selon un sondage dont les résultats ont été publiés le 26 septembre, 72% des Français·es se disent prêt·es à un nouveau confinement de quinze jours. Pourtant, celui que nous avons connu entre mars et mai a eu des conséquences parfois graves sur leur santé mentale.

«Je me suis retrouvé isolé et dès la deuxième semaine, j'ai commencé à boire et à avoir des idées suicidaires», témoigne Étienne*, un de mes patients. Pour cet indépendant, l'arrêt de son travail a été dur à la fois psychologiquement et financièrement. «Mon travail, qui est quelque chose de structurant pour moi, s'est stoppé net. Je ne pouvais plus voir ma psychologue. J'étais loin de mes proches et du soutien de mes amis.»

Étienne n'est pas seul. Nombreuses ont été les personnes à souffrir de la deuxième vague psychiatrique du Covid-19: durant la période de juillet et août, plus de 50% des patient·es hospitalisé·es dans mon service l'étaient à cause de la pandémie et du confinement. Hypocondrie, troubles anxieux ou dépressifs, addictions, mais aussi décompensation psychotique: tous les types de pathologies étaient représentés. Certaines personnes avaient, comme Étienne, des antécédents; d'autres au contraire étaient jusque-là indemnes de toute pathologie.

Les Français·es n'ont pas été tous et toutes vécu cette pandémie de la même manière. C'est ce que montrent les études qui commencent à se multiplier.

Le bond des troubles psychologiques

L'impact psychologique du confinement avait déjà été démontré à plus petite échelle au cours de précédentes épidémies comme le SRAS ou Ebola. Dans un article paru en février 2020, la revue scientifique médicale The Lancet notait une augmentation des dépressions, du stress post-traumatique, parfois jusqu'à trois ans après l'épidémie. La durée du confinement, le manque de clarté dans la communication des responsables politiques, la crainte pour soi ou pour ses proches, mais aussi la précarité économique: autant d'éléments favorisant l'apparition de troubles psychologiques.

Inédite par son ampleur et la longueur du confinement, la crise du Covid-19 confirme ces données. Santé publique France a suivi l'évolution psychologique de la population générale de mars à août, à travers un échantillon représentatif de 2.000 personnes. Mi-mars 2020, la population française a vécu un véritable état de sidération mentale, entre la peur du coronavirus et le changement brutal de mode de vie. Les troubles psychologiques ont alors fait un bond.

Lors de la première semaine de confinement, la dépression passe brutalement à 19,9% (contre environ 10% habituellement) avant de diminuer à la fin du confinement. Les troubles anxieux sont passés de 15% habituellement à 26,7%. Les troubles du sommeil se sont maintenus à un niveau plus élevé que d'habitude durant toute la durée du confinement et s'y sont maintenus après le déconfinement.

Prévalences et évolutions des indicateurs de santé mentale et des problèmes de sommeil (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020. | Santé publique France

L'impact psychologique recoupe les inégalités sociales

Comme Étienne, les personnes ayant vu leur santé mentale se dégrader le plus sont celles dans une situation financière très difficile ou ayant des antécédents. Les personnes souffrant de l'inactivité induite par le confinement étaient concernées par un état anxieux, tandis que les personnes à risque de développer une forme grave de Covid-19 étaient davantage concernées par un état dépressif...

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