Annecy et Bayonne ou l'exode urbain des classes sociales aisées

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«Après plusieurs vacances en Haute-Savoie, nous nous projetions très bien à Annecy de par la proximité des montagnes, le lac pour les baignades estivales et la ville elle-même qui est très active.» | Jossuha Théophile via Unsplash

Nombre d'adeptes d'activités en pleine nature s'installent dans des villes moyennes en bordure de littoral ou des Alpes, en sacrifiant leur carrière pour mieux coller à leur philosophie de vie.

Tous et toutes sont fans d'Annecy. Parmi les Parisien·nes qui pratiquent des sports en nature, la préfecture de la Haute-Savoie fait figure d'eldorado. Entourée d'un lac bleu azur et de pics acérés, cette ville de 126.000 âmes constitue le terrain idéal pour la randonnée, le ski de fond ou le parapente. C'est également le point de départ de nombreuses compétitions d'ultra-endurance comme le Red Bull Éléments, une épreuve en relais qui combine VTT, parapente, nage et trail.

Beaucoup de passionné·es y viennent passer leurs vacances pour s'adonner à leur hobbie dans un autre cadre que celui du bitume parisien. Avec le temps, une petite musique s'installe dans certains esprits: «Pourquoi repartir le dimanche soir à Paris, si c'est ici que je suis le plus heureux?»

En janvier, l'association Villes et villages où il fait bon vivre a publié son classement réalisé à partir de 182 critères. Annecy arrivait en tête des suffrages et pour 28% des personnes sondées, l'offre de sports et loisirs était l'une des raisons de leur bonheur. Sur la deuxième marche du podium, on retrouve Bayonne, qui offre une double proximité avec l'océan et les Pyrénées.

Vie professionnelle ou cadre naturel

En France, pays où les emplois qualifiés se concentrent toujours plus dans les métropoles, la majorité des villes de taille moyenne sont pourtant en difficulté, à écouter le sociologue Elie Guéraut, spécialiste des trajectoires sociales. Mais il y a des exceptions.

«La plupart des villes moyennes françaises sont en souffrance avec des faibles dynamiques de population et des taux de chômage assez forts. Celles qui tirent leur épingle du jeu sont situées dans le sud, sur les littoraux ou près des Alpes», analyse-t-il.

Il poursuit: «Des villes comme Annecy sont dynamiques car il y a une économie touristique et de services qui est vigoureuse. Cela offre des opportunités d'emplois à des diplômés du supérieur qui ont le choix de pouvoir changer de ville avec des sièges d'entreprises qui se décentralisent.»

Selon le baromètre 2019 du cabinet Arthur Loyd sur les métropoles françaises, Annecy a par exemple enregistré une hausse des effectifs salariés dans le privé de 13% entre 2014 et 2018 –une croissance plus rapide qu'à Bordeaux ou Toulouse.

En plus de trouver un cadre naturel à la hauteur de leurs attentes, les arrivant·es de métropoles peuvent parfois espérer retrouver un emploi en adéquation avec leur expérience.

C'est le cas de Maxime, 35 ans. Cet ancien manager au siège d'une grosse ONG française à Paris a choisi de partir s'installer à Annecy avec sa femme et leur bébé. «Pour nous, c'était vraiment la proximité de la nature avec les montagnes, un super lac, qui nous a attirés à Annecy. Ce qui nous a fait hésiter pendant un moment, c'était de ne pas avoir d'opportunité professionnelle. Mais on s'est finalement lancé. J'étais à un carrefour dans ma vie. Soit je restais à Paris avec plus de responsabilités dans le boulot, soit je démissionnais pour partir. On a fait le choix d'avoir des meilleures conditions de vie», confie-t-il.

Marathonien confirmé et grand amateur d'alpinisme, Maxime ne regrette pas sa décision. Même s'il n'a pas encore retrouvé un poste qui lui convient. «Annecy représente tout de même un bon compromis, car il y a la possibilité de travailler en Suisse, qui n'est pas loin», ajoute-t-il.

À la conquête d'une nouvelle vie

Cela fait longtemps que des gens déménagent pour pratiquer une activité sportive en pleine nature. Mais à écouter le sociologue du sport Yohann Rech, «la tendance s'est accélérée depuis quelques années».

«C'est possible grâce à une nouvelle organisation du travail dans le monde de l'entreprise. Il y a des cadres multi-résidents qui habitent trois jours par semaine au bord de la mer et qui retournent quatre jours à Paris pour le travail. Après, c'est un luxe qui n'est pas offert à tout le monde. Ce sont des populations de cadres et des professions intellectuelles qui bénéficient de conditions du travail assez libres pour pouvoir bouger de la sorte», dit ce chercheur à l'Université Rennes 2....

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