«Allen v. Farrow», quand Dylan surgit du passé

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Bande-annonce du documentaire Allen v. Woody. | HBO via YouTube

Le nouveau documentaire sur Woody Allen nous fait entendre deux nouvelles voix jusque-là inconnues.

Ce sont des voix que je n'arrive pas à me sortir de la tête. Allen v. Farrow, le documentaire en quatre parties d'Amy Ziering et Kirby Dick diffusé sur OCS en France, est un inventaire exhaustif des preuves que Woody Allen a commis en 1992 des agressions sexuelles contre sa fille adoptive de 7 ans, Dylan. Le documentaire est assorti d'interviews filmées de témoins, d'experts et même, longuement, de Dylan elle-même.

La plupart des allégations ont déjà été diffusées, mais jamais elles n'avaient été rassemblées pour former un tel dossier public à charge (Woody Allen a refusé d'être interviewé, et à la fin de chaque épisode il est indiqué qu'il nie les accusations et qu'il n'a jamais été inculpé). Mais la série rend publique pour la première fois la cassette vidéo sur laquelle Mia Farrow, au terme d'une relation de douze années avec Woody Allen, avait filmé Dylan dans les jours qui avaient suivi le 4 août 1992, et où l'enfant décrit comment son père adoptif l'aurait attirée dans un réduit du grenier où il l'aurait agressée sexuellement –et où elle en a visiblement déjà assez de revivre cette expérience qu'elle a aujourd'hui passé la plus grande partie de sa vie à raconter.

Bien que Dylan soit un fil conducteur de la série, elle est particulièrement présente dans ses deux dernières heures consacrées, respectivement, au procès pour sa garde ainsi que celle de son petit frère Satchel (aujourd'hui Ronan). Woody Allen les avait perdues. L'enquête criminelle pour agression sexuelle dont le cinéaste a fait l'objet n'a pas débouché sur une inculpation malgré les raisons suffisantes invoquées par le procureur, Frank Maco. Le raisonnement mis en avant à l'époque était que Maco ne pouvait étayer son accusation sans faire venir Dylan à la barre des témoins et qu'il ne voulait risquer de la traumatiser de nouveau en le faisant. Woody Allen est donc resté libre et la presse est passée à autre chose, c'est-à-dire à la couverture de sa relation sexuelle avec la fille adoptive adulte de Mia Farrow, Soon-Yi Previn.

Un des passages les plus accablants dans Allen v. Farrow relate comment la relation de Woody Allen avec Soon-Yi Previn avait pris le dessus des unes médiatiques à l'époque, éclipsant efficacement les accusations de Dylan qui ne pouvaient être présentées avec le même genre de fascination salace. Fin août 1992, le schéma s'était mis en place. Le Time du 31 août montrait le visage de Woody Allen en couverture, légendé d'un balistique «Woody Allen se défend» mais à l'intérieur, l'interview réalisée par Walter Isaacson titrée «Le cœur veut ce qu'il veut» se concentrait principalement sur l'histoire d'amour de Woody Allen et de Soon-Yi, dans laquelle le réalisateur se décrivait du début à la fin comme un homme qui n'avait pas aimé sagement, mais trop bien, le tout infusé d'un soupçon d'Emily Dickinson.

L'une des premières pierres à l'édifice de #MeToo

Dylan adulte a pris la parole en 2014, dans une lettre ouverte qui mettait au défi les admirateurs de Woody Allen de concilier leur amour de son œuvre et le mal qu'il lui avait fait –démarche qui avait finalement commencé à détourner de lui l'opinion publique et posé l'une des premières pierres de l'édifice #MeToo. (Allen avait répondu avec le film L'homme irrationnel, variation dostoïevskienne dont le héros prouve sa libération existentielle en empoisonnant un juge aux affaires familiales immoral). Mais dans Allen v. Farrow, Dylan dit qu'elle est restée, d'une certaine façon, «la petite fille de la vidéo» –celle dont on entend enfin la voix, au bout de près de trente années.

slate.com/_components/slate-paragraph/instances/ckl8jr4uj00313g6b1lf8qi14@published" data-word-count="187">L'évaluation d'un témoignage d'enfant est une procédure qu'il vaut mieux réserver aux experts, dont beaucoup ont conclu à l'époque que le récit de Dylan était factuel, verdict appuyé par de nombreux autres dans Allen v. Farrow. (Allen et ses avocats ont cité les conclusions de trois spécialistes de la Yale–New Haven Hospital's Child Sexual Abuse Clinic, selon lesquelles le récit de Dylan n'était pas crédible, mais les experts du documentaire soulignent que ces médecins l'avaient interviewée à neuf reprises....

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