Agriculture et Covid-19: «Le confinement va clairement nous tuer, nous, petits paysans»

France

Certain·es propriétaires d'exploitation agricoles vont devoir s'endetter à la suite de la gravité de la crise et faute de rentrer dans les critères de la prime de 1.500 euros promise par le gouvernement. | Vincent Bresson 

Faute de débouchés, les petits exploitants font les frais du ralentissement de l'économie et continuent à faire vivre leur exploitation, même atteints par le virus.

«Nous sommes en guerre», c'est le message inlassablement répété par Emmanuel Macron depuis le début de la crise du coronavirus. Dans cette guerre, les infirmièr·es sont au front et prennent, pour l'ensemble de la population, des risques considérables. En seconde ligne, les agriculteurs sont également mis à contribution. À la vitesse à laquelle les supermarchés sont dévalisés, difficile d'imaginer un confinement sans leur travail.

La FNSEA n'a pas manqué de communiquer sur la base de cet argumentaire. Le premier syndicat agricole profite de cette crise pour rappeler sur les réseaux sociaux l'importance du secteur primaire à grands coups de hashtags #OnVousNourrit et de portraits accompagnés du slogan «vous pourrez toujours compter sur nous pour vous nourrir».

Didier Guillaume, le ministre de l'Agriculture, a lui-aussi repris cette rhétorique au vol et adressé, le 18 mars un message élogieux: «Vous, agriculteurs, êtes le maillon essentiel, le premier maillon de la chaîne alimentaire. Sans vous, sans votre travail quotidien, dans les champs, dans vos fermes, aucune matière première, aucun produit transformé, aucun aliment, ni animal, ni végétal, ne peut parvenir dans nos assiettes.»

«Quand tu es un agriculteur malade, tu vas bosser»

Malgré les discours élogieux de son ministre, Antoine* n'espère rien de l'État: «Il ne faut pas toujours attendre qu'il nous aide. On a oublié que c'est le citoyen qui fait le pays.» De toute façon, ce fier éleveur de vaches de race Parthenaise n'est pas dupe face aux discours d'encouragements qu'il voit fleurir çà et là. «Ça fait des années que nous sommes décriés par la population et aujourd'hui nous sommes indispensables! Dans deux mois nous redeviendrons les pollueurs et les infirmières des anonymes sur qui on se défoule aux urgences.»

Indispensable, la besogne agricole se complique nécessairement en cas de coronavirus. Antoine l'a attrapé il y a quelques jours par sa femme, probablement infectée lors d'une réunion du conseil municipal local, estime l'agriculteur du Maine-et-Loire. Depuis, il évite autant que possible les contacts avec d'autres personnes pour ne pas répandre le Covid-19, mais pas ceux avec ses vaches. «Quand tu es un agriculteur malade, tu serres les dents et tu vas bosser. Mes vaches n'ont pas vraiment entendu parler du droit de retrait», ironise-t-il.

Pour l'instant, Sylvain touche du bois: il n'a pas le virus et son exploitation n'a souffert que de peu d'impact car les abattoirs sont toujours ouverts. | Vincent Bresson

Les agriculteurs malades n'ont pas vraiment le choix. Ils savent très bien que leur exploitation ne peut se passer d'eux plusieurs jours. Et ils sont peu nombreux à espérer être remplacés. «Si vraiment je suis à bout, je demanderai un coup de main à deux ou trois collègues. Il nous reste encore un peu de solidarité dans le métier», raconte Antoine. Sylvain, éleveur ovin dans le Tarn, peut pour sa part recourir à une aide dans les circonstances les plus extrêmes. «Quand je suis vraiment très malade, je peux compter sur un service de remplacement. Dans ce cas, des agents me suppléent, après accord du préfet.» Pour l'instant il touche du bois: il n'a pas le virus et son exploitation n'a souffert que de peu d'impact car les abattoirs sont toujours ouverts.

Un sentiment d'abandon

Seule à la tête d'un cheptel de vingt et une chèvres, Camille, elle, n'a pas contracté le virus mais cette agricultrice ne vend presque aucun de ses fromages. Les marchés locaux qu'elle fréquente ont fermé les uns après les autres. Sauf un. «J'avoue que je ne suis pas tranquille quand je m'y rends, mais je n'ai pas le choix. Je sers avec une pince ou des gants. Le lavage des mains est également primordial. Je fais très attention concernant la monnaie et je demande l'appoint.»

Si elle s'inquiète de la menace que représente le virus pour sa santé et surtout pour ses enfants, Camille se fait également du mouron pour sa petite exploitation. À l'image d'Antoine, elle ne compte pas sur l'État pour s'en sortir. Elle ne rentre de toute façon pas dans les critères de l'aide de 1.500 euros promise par le gouvernement et elle n'est pas non plus concernée par la suspension des charges. «Nous les petits paysans, n'avons droit à aucune aide contrairement à ce qui a été dit à la télévision. On nous dit “merci de continuer à travailler”, mais si on ne peut pas vendre notre production on ne tiendra pas longtemps. Le confinement va clairement nous tuer, nous, petits paysans.» 

L'éleveuse n'avait contracté aucun prêt jusqu'ici, mais avec le prolongement du confinement, elle va devoir probablement se résoudre à s'endetter. «Juste pour les chèvres, j'ai besoin de 1.000 euros par mois, hors budget courses et charges fixes de la maison. Et en mars, je n'en suis qu'à 200 euros», s'inquiète-t-elle. Comme un problème n'arrive jamais seul, les chèques ne peuvent être encaissés puisque «la banque postale est fermée» et les vétérinaires près de chez elle, entre Nevers et Moulins, ont aussi leurs portes closes et n'interviennent qu'en cas d'extrême urgence...

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