Agressions sexuelles: comment sont suivis les auteurs pour éviter la récidive

Sociétés

«La mission des personnels soignants est toujours du côté du soin et de l'accompagnement, nous ne sommes pas des auxiliaires de justice», souligne la Dre Guillotte, psychiatre. | Laura Adai via Unsplash 

La difficulté tient à la diversité des profils et aux troubles de la personnalité des agresseurs.

«Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité.» (Extrait du Serment d'Hippocrate)

On les a longtemps considérés comme des monstres, perdus pour leurs proches et la société, en incapacité d'être soignés. Mais, depuis la loi du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la protection des mineurs, les auteurs de violences à caractère sexuel se voient généralement soumis à incitation aux soins lors de leur éventuelle détention et d'une injonction de soins d'une durée d'environ cinq à dix ans seule ou après leur sortie de prison.

La grande majorité d'entre eux sont suivis durant de longues années par un ou une psychiatre au fait des thématiques des violences sexuelles. Une prise en charge ardue qui oblige les professionnels à penser l'auteur de violences sexuelles dans sa globalité car le fait est là: ceux qui passent à l'acte sont le plus souvent des Messieurs (et Mesdames) Tout-le-Monde, parfois fragilisés par des traumatismes, parfois atteints de troubles de la personnalité.

Des troubles de la personnalité hétéroclites

Il n'est pas question de justifier leurs actes, mais de les comprendre dans leur singularité afin d'éviter le risque de récidive. «Les auteurs de violences sexuelles forment une catégorie extrêmement polymorphe. Leurs profils sont très divers, selon le type de passage à l'acte, les victimes, leur âge…», explique la Dre Margaux Guillotte, psychiatre, qui suit des auteurs de violences sexuelles après leur sortie de prison. «“Auteur de violences sexuelles” n'est pas une maladie en tant que telle. Il existe des profils très différents», renchérit la Dre Anne Hélène Moncany, psychiatre à Toulouse et présidente de la Fédération française des Centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS). Elle travaille pour sa part en prison.

Connaître comment fonctionne la personne, ses antécédents, la manière dont elle s'est développée durant l'enfance, comment elle a construit des relations interpersonnelles, quel est son fonctionnement psychosexuel, si elle a des addictions, si elle a subi des traumatismes, sont autant d'éléments que les psychiatres doivent prendre en considération lorsqu'ils rencontrent et évaluent l'auteur de ce type de violences afin d'adapter au mieux leur stratégie thérapeutique.

Malgré la grande variété des situations et des profils, la Dre Guillotte explique que l'on retrouve souvent certains traits chez les personnes qui se rendent coupables de tels actes: «On retrouve peu de maladies mentales à proprement parler, il y a très peu de patients psychotiques par exemple. Ce sont plutôt des personnes qui ont des troubles de la personnalité, souligne-t-elle. On retrouve souvent ce que l'on appelle des traits phobiques avec une inhibition relationnelle voire une phobie sociale. Ce sont des personnes qui peuvent être mal à l'aise avec l'autre sexe ainsi que dans les rapports de séduction. Certains présentent une maladresse sociale. On peut rencontrer des traits de psychorigidité pouvant aller jusqu'à la paranoïa, à une méfiance vis-à-vis de l'autre. Il peut également y avoir des personnalités projectives, avec une fragilité narcissique, des traits souvent égocentriques et une immaturité affective. Parfois, on relève des mécanismes pervers dans le fonctionnement de la personne, avec un déni de l'altérité, une volonté d'emprise, une tendance à la manipulation, à la provocation.»

Il existe également des traits d'impulsivité chez des personnes avec un faible niveau intellectuel ou qui consomment des substances.

L'environnement dans lequel la personne a grandi est rarement neutre: «Il y a très souvent des antécédents de traumatismes, comme des agressions sexuelles dans l'enfance ou des maltraitances. On retrouve également des pathologies de l'attachement, des personnes qui ont été insécurisées durant l'enfance au sein de familles dysfonctionnelles», signale la psychiatre...

 

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