À table avec Charles de Gaulle

France

À gauche: couverture du Dictionnaire amoureux du Général de Denis Tillinac. | Éditions Plon – À droite: affiche du film De Gaulle de Gabriel Le Bomin. | SND Films 

Le général n'était pas un homme de restaurant, pas plus qu'un client régulier du mess des officiers, sauf quand il était en mission hors de Paris.

À l'occasion de la sortie du film français De Gaulle de Gabriel Le Bomin, voici un portrait du chef de l'État de 1959 à avril 1969 quand il gouvernait le pays depuis l'Élysée. Un gourmet? Un bon mangeur?

Dessin de Charles de Gaulle avec sa fille Anne tiré du Dictionnaire amoureux du Général par Denis Tillinac. | Avec l'aimable autorisation d'Alain Bouldouyre

À l'Élysée, dans le palais national du 55, rue du Faubourg Saint-Honoré, le général deux étoiles succède à René Coty, un avocat havrais. Certains familiers de Charles de Gaulle souhaitaient qu'il s'installe au Grand Trianon dans le parc de Versailles, mais le bâtiment menaçait de tomber en ruine –il fut restauré en 1966.

Dans les vastes intérieurs de l'Élysée, de Gaulle choisit les appartements du premier étage à l'ameublement classique, assez disparate. Le vaste bureau est mitoyen aux fauteuils Empire, le général refuse qu'on change quoi que ce soit.

Le chef de l'État paie le loyer de l'appartement de fonction «parce que je ne suis pas ici chez moi», rapporte Claude Dulong, autrice de La Vie quotidienne à l'Élysée au temps de Charles de Gaulle (1974).

Le principal inconvénient de l'appartement présidentiel était son éloignement des cuisines excentrées situées au sous-sol, à l'autre extrémité du bâtiment de 1720, ex-Hôtel d'Évreux, face à l'Hôtel de Marigny édifié par les Rothschild.

Les plats arrivaient tièdes, même quand le grand Charles décidait de prendre ses repas dans les petits appartements du rez-de-chaussée. C'est Georges Pompidou, successeur du général, qui fit aménager des cuisines modernes et vastes pour accueillir une vraie brigade de bons maîtres queux réputés, aptes à se plier aux desiderata du président et de son épouse.

À l'époque du général de Gaulle, les cuisiniers étaient des fonctionnaires en toques, vestes blanches et gants blancs aux rémunérations modestes. Quand le chef Cormier prit sa retraite, l'Élysée eut toutes les peines du monde à lui trouver un remplaçant, les salaires exigés par les ténors des fourneaux dépassant de beaucoup les normes réglementaires du palais national.

Le très bon chef Marcel Le Servot, venu de l'Hôtel de Matignon, prit la relève avec brio, son répertoire était aussi fourni et créatif qu'un étoilé Michelin. À coup sûr, il a fait progresser la cuisine noble du palais inspirée par Le Guide culinaire d'Auguste Escoffier (1902).

Yvonne de Gaulle, maîtresse de maison à l'Élysée, veille dans l'ombre sur la santé du général qui a un bon coup de fourchette. Elle voit tous les menus, épluche des livres de recettes et quand une préparation lui plaît, elle coche la page et le plat que le chef doit exécuter au mieux de ses capacités culinaires.

Le vendredi, jour maigre, elle fait servir un plat de poisson au menu. Le général se tourne vers son épouse et, d'une voix ferme, lui dit: «Ma chère amie, je vous ai déjà dit qu'à la table d'un militaire, le poisson n'est pas de rigueur le vendredi.» «Bien mon ami», murmure Yvonne de Gaulle, la mine basse.

Ce jour-là, les maîtres d'hôtel servent du vin blanc aux convives, mais pas au général, son épouse a donné des ordres. À Rambouillet, lors d'un déjeuner de chasse, l'assiette du général est copieusement garnie, singulière générosité. De Gaulle, voyant l'étonnement de son voisin, lance en aparté: «Ici, ça m'est permis.»

Les repas à l'Élysée durent quarante-cinq minutes, café compris. Si le déjeuner est fixé à 13 heures, les invités se pointant avec dix minutes de retard ne sont pas admis. Pas plus de douze couverts à la table de la salle à manger des petits appartements.

Le salon Murat, d'un style Empire enrichi de paysages romantiques de Carle Vernet, donnait sur le jardin et offrait l'avantage supplémentaire d'être situé près des cuisines –on mangeait chaud. Le général et chef de l'État est servi le premier en même temps que le chef d'État invité s'il y en a un, c'est le protocole.

Le Salon Murat au Palais de l'Élysée. | Tangopaso via Wikimedia Commons

L'historienne Claude Dulong raconte en détail un déjeuner de quarante couverts offert au shah d'Iran, quarante pigeonneaux au menu. Hélas, le shah était accompagné de deux officiers imprévus –panique du protocole. Le directeur du cabinet élyséen file en cuisine et commande deux biftecks à servir illico. Le premier est donné au général interloqué, il voit les pigeonneaux servis à ses voisins: «Qu'on m'apporte un œuf», coupe sèchement le général repoussant le bifteck. Mais un autre maître d'hôtel lui présente à nouveau le bifteck, de Gaulle n'a jamais eu son pigeonneau.

Les dîners d'apparat avaient lieu dans la salle des fêtes –au moins 200 couverts en grande tenue, l'habit ou l'uniforme, le smoking viendra pour le septennat de Georges Pompidou. Charles de Gaulle à l'Élysée, tou·tes les invité·es, des centaines, devaient se faire annoncer par le chef des huissiers face au président qui serrait les mains et lançait: «Je suis heureux de vous voir.»...

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Dictionnaire amoureux du Général

Présentation de l'éditeur

Aventurier shakespearien aux prises avec des ennemis innombrables, de Gaulle a imaginé le roman de sa vie, et l'a imposé sur le théâtre tragique de l'Histoire en amoureux d'une France qui aujourd'hui encore lui doit presque tout.
Il fut un héros aux frontières de la folie. Un chef de guerre longtemps seul contre tous. Un homme d'État visionnaire dans la lignée de Richelieu. Un écrivain dans le sillage de Chateaubriand. Et un méditatif lourd de mystères. Dans son incroyable saga, il a enrôlé des personnages fascinants,
baroudeurs et moines-soldats d'un idéal chevaleresque. Le gaullisme est une leçon de morale, celle de l'insoumission et du panache, teinté de romantisme noir.
Avec le lyrisme qu'on lui connaît, Denis Tillinac a voulu honorer sa dette en érigeant au Général le tombeau qu'il mérite.

Biographie de l'auteur

Auteur de plus de quarante livres – romans, essais, récits, poésie – qui lui ont valu de nombreux prix littéraires, Denis Tillinac , fin analyste de l'air du temps, est notamment l'auteur Dictionnaire amoureux de la France et du Dictionnaire amoureux du Catholicisme.

 

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