«À la recherche du sperme parfait» et des tabous sur la parentalité

Sociétés

Les quatres épisodes prouvent avec brio qu'on peut évoquer un sujet de société complexe de manière heureuse. | Matheus Ferrero via Unsplash

Sur Binge Audio, la journaliste Aline Mayard se met avec humour en quête d'un donneur et interroge le désir d’enfant.

«Contrairement à ce que je pensais, tout d'un coup, depuis que j'ai pris cette décision, j'ai commencé à vachement réfléchir à la génétique de mon futur enfant.» Dès le début, Aline Mayard annonce la couleur de sa série documentaire, «À la recherche du sperme parfait», diffusée dans Programme B sur Binge Audio. Pendant quatre épisodes de 15 minutes, elle raconte son cheminement quand elle décide de faire un enfant seule grâce à une PMA.

«J'ai envie de faire un bébé avec moi-même»

Mais ça n'a pas été toujours le cas. Elle avait plutôt en tête d'adopter un enfant, jusqu'au moment où elle se rend compte qu'en raison de son profil –elle est journaliste pigiste et queer–, la démarche s'avère ardue. Une fois votée la loi sur la PMA qui accorde le droit aux femmes de même sexe et aux femmes seules d'avoir des enfants, elle décide de recourir à un donneur. La question de la manière de le choisir émerge vite, son envie de partager avec son futur enfant un patrimoine génétique et des centres d'intérêts communs fait aussi surface.

«Je m'imagine mal dire à mon enfant que le donneur est un électeur du FN, adepte de chasse et qui déteste Titanic Elle s'interroge de nouveau: «Pourquoi voulons-nous un enfant qui nous ressemble?» C'est la franchise de cette question qui interpelle d'abord à l'écoute de ce podcast. «Beaucoup de monde se pose ces questions un peu gênantes, rappelle Aline Mayard. Alors qu'il n'y a pas de honte à avoir.»

C'est ce que confirment son psychologue et une pédopsychiatre qui interviennent tout au long de cette enquête. Cette envie est naturelle car elle nous rassure. On se dit qu'on comprendra mieux l'enfant s'il nous ressemble. «J'ai envie de faire un bébé avec moi-même», clame haut et fort la trentenaire dans le deuxième épisode.

Pourtant, Aline Mayard connaît la différence. Elle ne ressemblait pas vraiment aux autres membres de sa famille. «C'est très important d'aimer son enfant quel qu'il soit. Je me sentais moi-même différente quand j'étais petite, mais il y a ce réflexe de se dire: “Je serai un meilleur parent si je le comprends”.» En abordant frontalement cette préoccupation, ce podcast lève l'omerta sur ce sujet rarement abordé et qui concerne toutes les personnes désirant devenir parent. «À la recherche du sperme parfait» met aussi en lumière un autre aspect de la parentalité lié à notre époque: choisir.

L'embarras du choix

Tout au long de sa démarche, Aline Mayard se demande quels sont les critères à retenir pour choisir son donneur: le physique? le QI? la voix? les centres d'intérêt? une présentation vidéo? un don anonyme, semi-anonyme ou pas du tout anonyme? Faut-il ne pas choisir ou demander à un copain? demander à Xavier Dolan? Suit la question concrète: souhaite-t-elle faire la PMA à l'hôpital ou de manière plus «cosy»? «Il y a trente ans, on avait beaucoup moins de choix pour devenir parent. Désormais, il y a de nombreuses options, mais guidées par cet objectif de famille parfaite. C'est très angoissant, constate-t-elle. Notre génération est anxieuse car il y a beaucoup de pression pour être dans la norme et pour trouver la meilleure solution.» Elle cite par exemple l'angoisse de certain·es face aux courses puisqu'il faut bien manger, ne pas gaspiller, privilégier le bio et les circuits courts.

«Je ne pensais pas que je parlerai dans le podcast de cette injonction à la performance permanente, mais j'ai découvert beaucoup de choses dans mon enquête. Notamment que cette pression pesait sur la parentalité. Il faut prendre la bonne décision quant à la façon de faire le don, au donneur ou encore au type de parentalité. Il n'y a pas de solution parfaite.» Pour détailler les choix possibles, la journaliste a décidé d'offrir aux auditeurs et auditrices ses questions, des informations sur le déroulé du don, de nombreux témoignages de femmes ayant recours à la PMA, de donneurs, d'expert·es et surtout beaucoup de légèreté....

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