Vous souvenez-vous de Pigalle avant la gentrification?

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Image extraite du film documentaire «Le Pigalle, une histoire populaire de Paris» | David Dufresne / Arte 

Dans son documentaire «Le Pigalle, une histoire populaire de Paris», David Dufresne revient sur l'époque où ce quartier n'avait pas encore subi le lissage de la gentrification.

Casquette noire sur le crâne, gilet en jean clair et belle barbe blanche, Pedro, ancien videur, les mains derrière le dos, lâche une brève complainte: «Olala.» Son fils, Pierrot, béret vissé sur la tête et veste en cuir, vient de l’amener devant le New Moon, 9 place Pigalle à Paris. «Un ancien cabaret jazz devenu salle de tango, narre le réalisateur, David Dufresne, sur des images d’archives. Bordel de la Gestapo, cabaret lesbien et enfin, tel que je l’ai connu, club rock. Le New Moon, centre du monde. C’était chaud, sale et humide. C’était Paris la nuit

Si Pedro grogne derrière sa dentition éparse, c’est parce qu’aujourd’hui le New Moon, en symbole du Pigalle de 2019 peint sur celui d’autrefois, n’est plus qu’un Bio c’ Bon, supermarché biologique à l’esthétique aussi excitante que son orthographe est originale. C’est parce que le Pigalle d’alors semble presque entièrement gommé de ces rues plus vraiment sales que le réalisateur a senti la nécessité d’en rappeler la riche histoire. Qu’elle soit diurne ou surtout nocturne, qu’elle parle de Renoir, de Jacques Mesrine ou de la Mano Negra, de drogue, de gangstérisme, ou de femmes nues.

Une résistance à la culture acceptée

Bizarrement, David Dufresne n’a jamais habité à Pigalle. Il a grandi à Poitiers et vit aujourd’hui «chez les vieux», dans le XIVe arrondissement. À Pigalle, remontant à pieds depuis le centre de Paris, il y vient dès 1986 pour la musique, lui qui édite des fanzines rock. Dans les escaliers du New Moon, qui pouvait mener «à l’échafaud comme au paradis», il connaît une sorte de deuxième naissance, à 18 ans. «Le Pigalle de légende avait déjà un peu disparu, concède-t-il. Mais des concerts pouvaient toujours avoir lieu en toute illégalité, avec 250 personnes au New Moon alors qu’il n’y avait officiellement que trente-deux entrées possibles. Pas de sorties de secours, où elles donnaient sur les toits. Des choses qui, dans notre société ultra-réglementée et sécuritaire, n’existent plus.» Pour David Dufresne, les années 1980 représentaient déjà la «fin du monde», l'époque de l’essor du fric roi, de Bernard Tapie, du Front national et du «racisme d’État». 

Pigalle, hors du temps, faisait de la résistance et ne ressemblait à nul autre endroit au monde, à l’inverse d’aujourd’hui, alors que le coin se calque sur les autres zones branchées du monde occidental. «On pouvait encore y découvrir les choses de la vie, assure le documentariste. Avec des professeurs de la rue, en croisant des gens de tous bords et de toute obédience. Chacun avait ses failles mais tous étaient magnétisés par l’idée qu’on pouvait construire sa vie en dehors des sentiers battus. Ce film rend hommage à la forme de résistance qu’était ce quartier. Une résistance au bon goût, à la chose entendue, à la culture acceptée.»...

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