Vous n’aurez plus du tout envie d’aller sur YouPorn après avoir lu ce livre

Erotique

Une fille qui souffre et pleure doit finir le job, selon un acteur. | Sydney Sims via Unsplash License by

La jeune fille ne cesse de pleurer, pleurer, pleurer. Autour d’elle, les multiples hommes s’en contrecarrent.

C’est une sorte d’odyssée infernale, de plus en plus glauque, de plus en plus révulsante, insoutenable. Judy, Lola, Sofia et moi de Robin D’Angelo est une plongée dans l’univers du porno «pro-am», contraction de «professionnel» et d’«amateur», qui a envahi les plateformes comme YouPorn, xHamster, XVideos. On y suit le parcours de plusieurs actrices porno toutes aussi paumées les unes que les autres, entourées d’acteurs et de producteurs pour la plupart racistes, sexistes ou d’extrême droite.

Avec à la fin du livre [SPOILER], pour achever de vous dégoûter si vous ne l’étiez pas encore, une horrible scène de bukkake, où l’on voit une femme apathique, comme anesthésiée, se faire humilier et violenter par une trentaine de mecs (il lui faudra deux jours et un rendez-vous chez le médecin pour s’en remettre, dit-elle), après qu’un producteur cynique a donné le signal en lançant cette phrase ignoble: «Donc aujourd’hui on a une beurette. Elle avait pas trop envie de venir mais c’est bientôt Noël et faut payer les cadeaux aux enfants».

«J’avais dit pas d’anal et ils l’ont fait quand me?me»

Vomir, c’est le mot qui vient en tête, au fur et à mesure que j’annote le livre dans la marge avec le mot «viol». D’abord en petites lettres avec un point d’interrogation, puis sans point d’interrogation, puis carrément en lettres capitales, comme pour signifier une envie de crier. Et tous les arguments qui d’habitude viennent en tête pour ranger la réalité dans des cases bien claires s’effondrent face à ce questionnement béant: peut-on parler de consentement dans cet univers où les actrices ont subi dans leur enfance des violence familiales et/ou sexuelles, où elles cumulent des troubles du comportement voire de graves maladies psy avec une grande précarité économique? Peut-on se laver la conscience avec le mot «contrat» face à des hommes en face qui puent le sexisme, le racisme, la domination masculine et qui jouissent d’humilier et de faire mal, qui sont nombreux à vouloir repousser les limites de ce que les filles acceptent de faire, en leur faisant comprendre que sinon, c’en est fini du gagne-pain?

Si le mot «consentement» ressort si affaibli de ce livre, et c’est un euphémisme, c’est d’abord parce qu’on ne s’embarrasse guère de leur demander leur avis, et que beaucoup de choses leur sont imposées, à moins qu’elles ne protestent. «Elle devait avoir deux mecs, finalement, elle en a quatre!», balance un producteur à propos de Cindy, en forme de blague, comme si c’était un cadeau. Le consentement est ici la plupart du temps tacite, et jamais «positif», c’est-à-dire clairement exprimé, comme le conceptualise la philosophe Manon Garcia. Pire, il est même souvent carrément extorqué. «Non ça me brûle», se récrie Judy, qui refuse une nouvelle sodomie, pratique qui semble déplaire à l’ensemble des actrices interviewées dans le livre, qui se voient pourtant contraintes d’y «passer». «Mais on a besoin de ces photos!», insiste son boss, jusqu’à finalement la faire en partie céder. «J’avais dit pas d’anal et ils l’ont fait quand me?me», lâche Mandy.

À cela s’ajoute une bonne dose d’inhumanité, qui n’est pas sanctionnable juridiquement à proprement parler, mais laisse comme un goût amer à ce faux consentement. Judy le dit à sa manière, en affirmant que pour elle, un consentement, «c’est vérifier que la fille va bien. Eux, ils ne vont pas aller creuser. Ils le font exprès, ils ne sont pas fous. Il faut qu’ils rentabilisent. Plus ils font de scènes, mieux c’est. Et plus c’est glauque, plus la fille a l’air de se demander ce qu’elle fait là, plus ça marche». Le témoignage de Dimitri Largo, rédacteur à La Voix du X, distributeur indépendant, est un bon exemple de ce manque total d’empathie: «Les actrices, c’est de la chair à canon. Elles sont comple?ment englouties dans une de?tresse affective. Et c’est des victimes. Mais t’es victime dans le porn comme t’es victime de faire caissie?re au Franprix. Moi j’ai pas de pitie? pour les victimes. Si t’es perdue, t’es perdue».

La vision qu’ont nombre d’acteurs et de producteurs interviewés dans le livre est plus que sexiste, c’est un sexisme d’un autre âge, celui d’un temps qu’on pourrait croire révolu, où le viol et les agressions sexuelles ne choquent pas. Les femmes sont qualifiées d’«épaves», de «serpillères à foutre». Il est normal de les étrangler, dilater, gifler. «Elles sont tellement connes qu’elles disent oui à tout, t’y vas, tu le fais», balance un acteur dénommé David. Avant d’estimer qu’une fille qui souffre et pleure doit finir le job: «Tu commences un truc, tu finis, c’est normal. Ce n’est pas elle qui décide». «Fais-la vomir!» crie un producteur. Un autre, nommé Célian, connu pour sa brutalité, assume de prendre ses proies par surprise. On le voit dans le livre appuyer ses jambes sur la tête d’une actrice, Madison Charm, jusqu’à la faire suffoquer, et réprimer un vomissement, puis lui gifler les seins, avant qu’elle ne proteste. Mais pour lui le problème se résout à un jeu de cartes: «C’est quitte ou double. Certaines se prêtent au jeu, d’autres non»...

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