Une brève histoire du métro dans le rap français

Musique

Personne ne raconte mieux le métro et le RER que la scène hip-hop hexagonale, notamment indé.

Il suffit de jeter un bref coup d’œil aux titres de nombreux morceaux rap actuels: «Si l’on ride» de Muddy Monk et Ichon, «Ride» de Roméo Elvis et Di-meh, «L’amour est dans la ride» d’Aelpéacha ou encore «Californie» de Caballero & JeanJass… Tous témoignent d’une volonté de se déplacer au sein de l’espace urbain.

En vélo, en skate, en moto ou à bord d’une décapotable, peu importe, l’essentiel étant de se réapproprier le mythe du voyageur, d'être de ceux et celles qui avancent avec «rien derrière et tout devant», comme aurait pu le dire Jack Kerouac.

Scènes de vie ordinaires

Cette volonté d’être en perpétuel mouvement n’a pourtant rien de foncièrement nouveau. Disons qu’elle vient simplement supplanter un autre moyen de locomotion, autrefois prisé par tout un tas de MC’s francophones fascinés par son univers sombre et souterrain: le métro, dans tout ce qu’il a de plus multiculturel et pluri-identitaire.

D'aucuns pesteront, avanceront que ces multiples allusions au métro ne sont pas propres au rap français, que des vedettes de la chanson hexagonale comme Gainsbourg ou Mano Solo y faisaient déjà référence à la fin des années 1950 et au début des années 2000 avec «Le poinçonneur des Lilas» et «Métro».

Pas faux, mais force est de constater que les rappeurs ont su mieux que personne se jouer de cet univers austère, lugubre, malsain parfois, mais toujours pétri de scènes de vie ordinaires.

Il y a, par exemple, cette histoire racontée par les Sages Poètes de la Rue dans «Le train de minuit», l’un des morceaux phares de leur double album Jusqu’à l’amour. On y suit le parcours d’un musicien sorti du mitard en 1987, squatteur de bar et guitariste, au cœur des métros parisiens, qu'il arpente avec de «pathétiques sapes».

«On attendait sur le quai, direction Pont de Sèvres / Le trafic était léger, non ce n'était pas un rêve / Il est entré après moi, les yeux remplis de tristesse / J'aurais voulu faire quelque chose pour apaiser sa peine / Les gens n'avaient pas un regard pour lui / Il jouait de la guitare afin de gagner sa vie / Je me rappelle de ces accords qui flottaient dans l'espace / La mélodie me capte / C'était vraiment vivace / J'ai encore ce brin de musique au fond de mon cœur / Écoute un peu comme je l'installe dans mon séquenceur.»

Son underground

À l’écoute de ce morceau des rappeurs parisiens, mais aussi ceux de Swift Guad («Paris, mon amour»), des Svinkels («Le métro»), de Zekwé («Premier métro»), de Médine («RER D») ou de MC Solaar («Un coup d’œil dans le métro»), on comprend alors que le métro, comme le RER, constituent une source d'imagination fertile pour les rappeurs français, qui ne se lassent pas de puiser dans ce réservoir sans fond –à titre d'exemple, citons la création du magazine RER en 1996, entièrement dédié à la culture hip-hop.

On le constate également en regardant les pochettes de JP Manova (19h07), de Chiens de Paille (Mille et un fantômes), du S-Crew (Seine Zoo) ou encore de IV My People (Certifié conforme), où l'on voit Kool Shen, Salif, Serum et Zoxea poser sur les hauteurs d’une rame de métro. ...

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