Terrorisme : quand le kamikaze est une femme

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L’attentat-suicide perpétré au cœur de Tunis, le 29 octobre, a remis sur le devant de la scène les femmes kamikazes. Fatima Lahnait, auteure du rapport "Femmes kamikazes, le djihad au féminin", revient sur leur engagement dans les conflits armés.

Le corps sans vie d’une femme voilée, et portant des lunettes noires sur le front, gît sur l'avenue Habib-Bourguiba, l'artère principale de Tunis. Lundi 29 octobre, le premier attentat-suicide à secouer la capitale tunisienne depuis 2015 a été commis par une femme. Au moins 20 personnes, dont 15 policiers, ont été blessées dans l’attaque, pour l'heure non revendiquée, qui visait des forces de l’ordre. Le fait que le kamikaze soit une femme est une première en Tunisie. Pourtant, si les femmes kamikazes sont moins nombreuses que les hommes, les attentats-suicides commis par celles-ci n’ont rien d’exceptionnel.

En l’absence de tout décompte officiel ou précis, Fatima Lahnait*, chercheuse, auteure du rapport "Femmes kamikazes, le djihad au féminin" estime "de l’ordre de 15 %" le nombre d’attentats-suicides commis par des femmes. D'après son propre décompte, en 2017, 137 attentats-suicides ont été commis par des femmes dans 23 pays (contre 77 en 2016 et 118 en 2015). L'augmentation significative en 2017 est due à Boko Haram, selon la chercheuse.

Libanaises, Tchétchènes, Palestiniennes…

"Au Proche-Orient, la première femme à commettre un attentat-suicide est une Libanaise de 16 ans, Sana Khyadali, qui s’est fait exploser au volant d'un véhicule piégé près d'un convoi militaire israélien", rappelle Fatima Lahnait. C’était le 9 avril 1985, et dans l’année qui suivit, cinq autres femmes commirent des attaques similaires au Liban.

La chercheuse, qui refuse de parler de "phénomène" concernant les femmes kamikazes, évoque dans son rapport certaines attaques-suicides marquantes menées par des femmes. C’est une kamikaze tamoule, membre des Black Tiger, qui, rappelle-t-elle, est responsable, en 1991, de l’assassinat du Premier ministre indien, Rajiv Gandhi. Elle avait dissimulé sa bombe dans un panier de fleurs. Il y eut aussi en 2002, la spectaculaire prise d’otages du théâtre Doubrovka par 19 femmes kamikazes tchétchènes, en vêtements de deuil. Et comment ne pas parler de cette vague d’attaques-suicides menées par 67 femmes palestiniennes entre 2002 et 2006…

"Il n’y a pas de profil type de la femme kamikaze si ce n’est que, comme pour les hommes, ces femmes sont rarement mûres", souligne Fatima Lahnait. Quant à leurs motivations, elles sont diverses et fluctuantes : "les femmes sont des kamikazes comme les autres".

"Cependant, a contrario des hommes, des raisons personnelles, comme venger la mort d’un proche, sont d'abord mises en avant pour expliquer l’action des femmes kamikazes. Leurs motivations d’ordre politique ou d’engagement pour une cause sont moins facilement évoquées", souligne la chercheuse. Fatima Lahnait y voit "un déni de leur capacité à raisonner" mais aussi le signe que "se tuer en tuant lorsqu’on est une femme touche à davantage de tabous".

Une fascination-effroi utilisée à des fins tactiques ou de propagande

"La participation de femmes à des actes de carnage suscite un mélange de stupéfaction, de révulsion et d'intérêt public", explique Fatima Lahnait dans son rapport. Corollaire de cette fascination-effroi, le recours à des femmes kamikazes alors que les volontaires masculins ne manquent pas peut être une stratégie.

"En période de tensions, une femme pourra plus facilement atteindre la cible en s’approchant de forces de l’ordre sur le qui-vive par exemple", pointe la chercheuse. De même, recourir à des femmes a pu être un moyen d’accentuer l’attention des médias et de pousser à la médiation politique comme ce fût le cas pour les kamikazes palestiniennes du début des années 2000.

Alors que ces dernières années, l’organisation État islamique a reçu le monopole de l'attention médiatique, les femmes y sont cantonnées à un rôle domestique : "Au sein de l’EI, le rôle des femmes est d’être au foyer, d’être une bonne épouse et une bonne mère. Les femmes kamikazes sont une stratégie de dernier recours comme cela a été le cas à la fin de la bataille de Mossoul".

*"Pasionarias. De l'engagement des femmes dans les mouvements violents et les conflits armés", à paraître chez L'Harmattan


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