Tàpies, l'art et la matière

Il est toujours surprenant de voir un artiste qui, par essence, tente pendant toute sa vie de subvertir les codes, d’échapper aux étiquettes et de dépasser les courants, pour faire entendre sa voix singulière et sa vision subjective, être récupéré par les autorités politiques, les institutions culturelles et les pouvoirs économiques au moment de sa mort.

Quand on s’appelle Antoni Tàpies et que l’on est l’un des plus grands noms de la deuxième moitié du XXe siècle, héritier désigné et revendiqué de Picasso et de Miró, le phénomène est encore plus spectaculaire.
Aux côtés de Miró
C’est ce qui se passe en Espagne, et particulièrement à Barcelone, depuis l’annonce le 6 février de la mort du peintre et sculpteur catalan à l’âge de 88 ans. Ouverture du JT, programme spécial sur TV3 (la chaîne nationale catalane), condoléances de la famille royale, des divers Parlements et même du MoMa de New York, tout le monde salue la mémoire de ce «catalan universel», de cet «opposant au franquisme» et d’un des «grands héros de l’art du XXe siècle».

La Fondation qui porte son nom à Barcelone, inaugurée en 1990 et ouverte au public pendant deux jours en signe de deuil, est devenue autant un lieu de pèlerinage qu’un cabinet de curiosités ou un centre commercial.

On y trouve presque plus de monde dans la librairie de l’entrée, occupés à répondre à l’essaim de journalistes présents ou en train de faire la queue pour ... Lire la suite
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