Supprimer Facebook est un privilège

Internet

L'appel à se retirer du réseau social insulte toutes les personnes qui ne peuvent se permettre de s'en passer -et elles sont nombreuses.

Facebook est au cœur d’une polémique de grande ampleur. Beaucoup de gens sont en colère –et ils ont bien raison. L’entreprise a permis à des milliers de concepteurs d’applications d’extraire leurs données, par l’intermédiaire de jeux chronophages et autres quiz en ligne sans queue ni tête.

Pour couronner le tout, un lanceur d’alerte et deux spectaculaires dossiers de l'Observer et du New York Times viennent de nous apprendre que l’un de ces développeurs a recueilli les données de plus de cinquante millions d’utilisateurs Facebook, avant de les partager avec la firme Cambridge Analytica, responsable du ciblage des électeurs pour la campagne de Donald Trump –une firme qui s’est enorgueillie de disposer de 230 millions de profils psychologiques d’électeurs américains, qu’elle utilise pour cibler les émotions des internautes à l’aide de publicités numériques, dans le but d’influencer le résultat des élections.

Abus de confiance

Nous avons subi tout cela pour avoir le privilège de regarder les photos de bébé de nos proches. Le jeu en valait-il réellement la chandelle?

Que Cambridge Analytica ait ou non exagéré le volume réel de ses données –seuls 139 millions d’électeurs ont voté à l’élection présidentielle de 2016, la question centrale de la controverse ne peut être balayée d’un revers de main: le prix à payer pour être sur Facebook est-il trop élevé?

Facebook a demandé notre confiance, et nous lui avons donnée –comme nous lui avons donné nos photos, nos pensées, nos «j’aime» et nos partages. Bien sûr, nous savions parfaitement que ces informations aideraient Facebook à nous «vendre» aux publicitaires.

Ce que la plupart d’entre nous ignoraient, en revanche, c’est que les développeurs d’applications ont longtemps eu accès à nos données (ils n'ont perdu ce droit qu'il y a quelques années), même si cette information était mentionnée dans les conditions d’utilisation.

De nombreux utilisateurs ne pensaient pas que ces concepteurs d’application enfreindraient ces conditions pour vendre nos données au plus offrant, y compris aux collaborateurs de certains partis politiques. On ne peut parler d’une défaillance de sécurité de la plateforme, comme l’a souligné Facebook, mais on peut parler d’abus de confiance.

Instinct compréhensible mais injuste

Conséquence: #DeleteFacebook (#SupprimeFacebook). Le hashtag Twitter est né à la suite des révélations portant sur Cambridge Analytica. Dans la nuit du mardi 20 mars, Brian Acton, co-fondateur de WhatsApp –société vendue à Facebook pour seize milliards d’euros– l’a twitté, précédé de ces mots: «Il est temps». Le hashtag a soudain pris des airs de mouvement.

Supprimer Facebook est un instinct bien compréhensible. Le faire d’un coup sec, comme un sparadrap qu’on arrache. Redécrocher son téléphone; appeler les gens. Utiliser Twitter ou Instagram –ce dernier appartient à Facebook, mais bon, il est principalement constitué de photos de voyage ensoleillées. Écrire une lettre, comme au bon vieux temps! Parler à ses voisins! Remplir le vide social d’une manière ou d’une autre, mais laisser Facebook derrière soi, pour de bon. Ce serait visiblement la solution la plus logique: toute personne en colère contre Facebook ferait mieux de changer de crémerie.

Je comprends cette réaction –mais j’estime également qu’il s’agit d’une réaction injuste: supprimer Facebook relève du privilège. Ce réseau social s’est spécialisé dans de nombreux domaines, si bien que pour d’innombrables personnes, l’abandonner tout à fait s’avérerait autodestructeur. Ces personnes méritent d’être mieux traitées. Ce scandale ne doit pas nous faire fuir. Nous devons exiger l’avènement d’un meilleur Facebook....

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