SNCF : pourquoi la grève par intermittence est en train de se retourner contre les syndicats - Franceinfo

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La grève par intermittence à la SNCF est-elle en train de s'essouffler ? Dimanche, le patron de l'entreprise, Guillaume Pepy, assurait que le mouvement "s'érod[ait] lentement". Le lendemain, le taux de grévistes s'élevait à 17,45% selon la direction, soit le taux le plus bas communiqué depuis le début du mouvement, même si la mobilisation des agents indispensables à la circulation des trains restait élevée.

Sur le terrain aussi, les cheminots commencent à s'interroger sur la stratégie décidée par l'intersyndicale, qui a préféré miser sur une mobilisation longue et épisodique plutôt que sur une grève reconductible. Lors d'une assemblée générale organisée lundi à Paris, à laquelle a assisté franceinfo, certains salariés plaidaient ainsi pour un durcissement du mouvement.

C'est une grève qui paralyse deux jours sur cinq. Quand on veut faire la grève de la faim, qu'on arrête de bouffer deux jours et qu'on mange trois jours, ce n'est pas une grève de la faim, c'est un régime.Anas, délégué SUD-Railà franceinfo

"Une sorte de routine"

"Après une dizaine de jours de mobilisation, ce qui me semble le plus contre-productif est l'impression que cette grève s'est installée dans une sorte de routine. Cela se ressent dans le traitement médiatique du sujet, qui est presque devenu une forme de 'marronnier' comparable à la météo du jour !" estime Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux et professeur à l'université de Cergy-Pontoise, interrogé par franceinfo.

"L'entreprise s'est aussi adaptée : il est désormais possible de réserver des billets pour les jours de grève jusqu'à quinze jours en avance, contre 24 heures au début dumouvement, continue ce spécialiste. Les usagers aussi parviennent, bon an mal an, à faire avec la grève ou à la contourner." Certains services de transport par autocar ont ainsi enregistré une hausse de 70% du nombre de réservations, rapporte Le Parisien. Ironie du sort, relevée par le quotidien, la grève profite même à certaines filiales de la SNCF, comme Ouibus (transport par autocar), Ouicar (location de voiture entre particuliers) ou iDvroom (covoiturage).

"Finalement, on se retrouve dans un conflit qui a du mal à obtenir des concessions du pouvoir politique, car il n'a pas la capacité perturbatrice suffisante pour faire bouger un exécutif qui apparaît déterminé dans sa volonté de passer en force", résume l'historien.

"Le mouvement commence à peser sur les salaires"

Les quatre syndicats représentatifs (CGT, Unsa, SUD et CFDT) se réunissent mardi pour discuter des suites à donner à la grève. Faut-il s'attendre à un durcissement du mouvement à l'issue de cette réunion ? Difficile à dire, estime Stéphane Sirot. "Avec son attitude inflexible, le gouvernement cimente l'unité syndicale : la CFDT et l'Unsa, qui refusaient l'idée d'une grève reconductible, voient bien que le gouvernement ne fait rien pour résoudre le conflit", analyse l'historien. En même temps, les grévistes les plus déterminés "se mobilisent aujourd'hui pour la dixième fois en quelquessemaines", rappelle-t-il.

Ils constatent que le gouvernement ne bouge pas et multiplie au contraire les provocations, mais ils voient aussi que le mouvement commence à peser sur leurs salaires. Passer à l'étape d'une grève reconductible ne sera pas simple pour eux.Stéphane Sirotà franceinfo

Certains cheminots allègent en effet leur calendrier de grève pour des questions d'argent. "Au début, je faisais la grève complètement, c'est-à-dire deux jours tous les cinq jours, mais maintenant c'est très irrégulier", témoigne auprès de l'AFP Daniel, à la maintenance des voies depuis 1989. "Je suis bientôt à la retraite et j'ai encore un crédit sur le dos", précise-t-il. Pierre, un agent de maintenance de 18 ans, se définit lui aussi auprès de l'agence de presse comme non-gréviste par défaut. En période d'essai, il dit avoir "peur des conséquences" et explique ne pas pouvoir se permettre la grève avec une paie qui "varie chaque mois entre 1 200 et 1 600 euros".

Selon Stéphane Sirot, le grand gagnant de ces hésitations en matière de stratégie pourrait être le gouvernement. "Si le conflit échoue, le coup porté aux syndicats en général sera très rude. Lorsqu'un conflit est aussi long, aussi coûteux pour ceux qui le suivent et que rien n'est obtenu, les adhérents ne se privent pas pour critiquer leur centrale, ne ré-adhèrent pas… Cela peut fortement affaiblir les syndicats dans cette entreprise, qui est pourtant une de leurs places fortes."


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