Se reproduire jeune pour feinter les virus

Sociétés

Telle semble être la stratégie de certaines grenouilles pour éviter l'extinction.

Depuis plusieurs années et dans le monde entier, les ranavirus sont responsables d'un taux de mortalité massif chez les amphibiens et notamment chez les grenouilles. Aujourd'hui, plus de 30% des espèces recensées sur la planète sont menacées d'extinction et les infections causées par les ranavirus participent à ce déclin.

Une équipe de chercheurs affiliés notamment à l'université d'Exeter, au Royaume-Uni, pourrait avoir mis au jour un mécanisme d'adaptation de certaines grenouilles à ces pathogènes: pour feinter les virus, elles se reproduisent jusqu'à deux fois plus tôt. Par exemple, dans les populations de grenouilles étudiées par les scientifiques –sur des données issues entre autres de «collectes citoyennes» comme ce que propose Vigie-Nature en France–, celles qui n'étaient pas exposées aux virus se reproduisaient en moyenne à quatre ans, contre deux ans dans les populations où les ranaviroses faisaient rage.

À chaque saison des amours, les grenouilles se rassemblent pour s'accoupler et pondre, puis se dispersent le reste de l'année. En général, une grenouille gardera le même site de reproduction toute sa vie. Dans les mares et autres zones humides préservées par les ranavirus, les scientifiques allaient trouver des individus significativement plus âgés –entre six à huit ans– que dans celles touchées par les maladies –entre trois à six ans. Une explication possible étant que les grenouilles prenant de l'âge et revenant chaque année pour la gaudriole multiplient logiquement leurs risques de tomber malades et de mourir (notamment d'hémorragies internes, pour les formes les plus graves des ranaviroses). Ce qui pourrait avantager les grenouilles les plus jeunes, qui sont à l'inverse les perdantes des sites de reproduction sans virus, car elles sont plus petites, moins compétitives et globalement moins généreuses en têtards. Dès lors, dans les sites exposés au virus, l'évolution a pu faire son œuvre et sélectionner les grenouilles génétiquement prédisposées à se reproduire plus tôt.

Reste que l'un dans l'autre, les scientifiques alertent sur le caractère à double tranchant de cette stratégie, car si elle permet aux grenouilles d'échapper aux virus, elle risque aussi de les fragiliser face aux changements environnementaux brutaux, comme des gelées inhabituellement tardives. Des anomalies météorologiques qui ne cessent malheureusement de se multiplier.ier.


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