Savez-vous vraiment bien cuisiner?

Vie Pratique

Il vous faut: une pincée d’improvisation, un soupçon d’organisation, une bonne dose d’autocritique.

J’ai commencé à vraiment faire la cuisine durant l’été 1998, alors que je travaillais dans une ferme avec un groupe d’amis du lycée. Nous devions nous faire à dîner tous les soirs en utilisant ce que nous avions récolté dans la journée, ainsi que quelques denrées de base achetées en vrac pour la semaine. Les cuisiniers les plus expérimentés s’associaient aux débutants et nous espérions que tout se passerait au mieux. Le camarade auquel j’avais été associée savait cuisiner depuis des années. Il était patient avec moi et j’ai commencé à me prendre de passion pour tout cela. Je l’entendais déclarer des choses telles que «Un cuisinier doit pouvoir ouvrir un frigo, sortir tout ce qui s’y trouve et concocter un repas à partir de ça» ou encore «Les recettes, c’est pour les débutants». Étant moi-même débutante, ça ne m’impressionnait pas plus que cela. Je me disais qu’un beau jour, cela finirait par devenir intuitif chez moi aussi. En attendant, je serais son marmiton. Et j’apprendrais.

Je suis revenue à l’école la tête pleine de rêves culinaires. Je sentais que je pouvais y arriver. Toutefois, mes colocataires et colocatrices qui savaient déjà cuisiner étaient beaucoup plus libérées que moi (je me souviens en avoir vu une se préparer un jour un snack en tartinant une tortilla avec de la moutarde, ce qui m’avait horrifiée) et je me suis lentement mise à penser que je ne pouvais être une bonne cuisinière si je ne savais pas improviser. J’ai commencé à me faire des reproches: je dépensais trop en ingrédients. Et j’adorais lire des recettes. J’avais peur d’essayer de nouvelles choses. J’étais, du moins à mon avis, une cuisinière correcte mais sans plus.

Au fil des années, je me suis mise à aimer de plus en plus faire la cuisine. Concocter un festin durant plusieurs jours était devenu mon passe-temps favori lors des fêtes. Et j’ai passé cinq étés de suite à faire des bocaux de confiture. C’est moi qui me suis chargée de la cuisine pour la répétition de mon mariage et je me suis aussi occupée du brunch du lendemain des noces. J’avais l’intention de préparer moi-même le repas du mariage, mais des personnes bien avisées sont heureusement parvenues à m’en dissuader.

L’une des choses que j’apprécie le plus quand je pense à ma vie depuis que j’ai découvert la cuisine, c’est l’impression constante de mouvement, de flux: le flux des ingrédients, qui vont et viennent dans le frigo et le garde-manger, le passage du temps, mes propres mouvements lorsque je cuisine, qui sont devenus plus assurés, si bien que mes mains font désormais les choses que je veux sans que j’aie besoin d’y penser.

Une affaire de famille

Toutefois, je n’ai jamais réussi à passer le cap de l’improvisation. En dépit du plaisir immense que me procure la cuisine, j'ai mis pas moins de treize ans avant de pouvoir réaliser les recettes que je fais le plus souvent (j’en ai une dizaine) sans regarder le texte. Et il m’a fallu quinze ans pour être capable d’aller au marché sans liste de courses, choisir mes ingrédients et élaborer un menu à partir de cela une fois chez moi. Je n’improvise toujours pas (sauf si l’on considère comme de l’improvisation le fait de substituer les raisins secs par des dattes dans une recette).

Lorsque je me trouve aux prises avec un petit groupe d’ingrédients, j’interroge Google (et pas mon cerveau) pour trouver une nouvelle recette qui me permettrait de les utiliser. Il m’arrive d’ajuster le sel, mais jamais de ma vie je n’ai ajouté de vinaigre, de citron, d’herbes ou d’épices à un plat s’ils ne figuraient pas dans la recette. Certes, je me débrouille en cuisine, mais ce manque de spontanéité ne veut-il pas dire que, au fond, je suis un peu nulle quand même? Si vous n’avez jamais eu l’intention de cuisiner professionnellement, comment faire pour déterminer que vous êtes devenu «bon»?

Afin de le découvrir, j’ai interrogé des amies, amis (et des amis d’amis) qui ne s’estiment pas trop mauvais en cuisine pour m’aider à définir ce qui permet de dire que l’on est bon. J’ai délimité certaines étapes et demandé à ces personnes de me dire à quel moment de leur vie elles les avaient atteintes. Par exemple: «Quand avez-vous été capable de faire votre marché sans avoir une idée de repas en tête?», «Quand avez-vous commencé à tenir un inventaire méticuleux des ingrédients que vous avez en réserve?» ou «Quand vous êtes-vous senti(e) assez confiant(e) pour rectifier l’assaisonnement d’un plat?» (voici mon sondage ­[en anglais, ndlr] si l’envie vous dit d’y jeter un œil)....

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