Regarder du porno n'est pas un problème

Erotique
Porno. | Charles Deluvio via Unsplash CC License by
 

Des décennies de méfiance paranoïaque ont failli faire ranger l’addiction au porno parmi les pathologies officiellement incluses dans la Classification internationale des maladies. Heureusement, l’Organisation mondiale de la santé ne s’y est pas trompée.

En tant que spécialistes étudiant la sexualité, nous sommes régulièrement consultés par des journalistes au sujet des «symptômes de l’addiction au porno». Souvent, il semble bien qu’ils ou elles ne cherchent que des détails sensationnels pour mieux vous décrire en long et en large, du genre «8 signes qui montrent que votre conjoint est addict au porno».

Sans surprise, nous sommes souvent sollicités pour commenter l’actualité dès qu’un État fait passer une loi de contrôle du porno en invoquant un danger de santé publique, comparant les films pornographiques à la cocaïne ou au tabac. Les journalistes voudraient nous entendre raconter des histoires dramatiques de patients hors de contrôle pour mieux vendre leurs articles à leur lectorat, c’est-à-dire vous.

Nous sommes également habitués au choc des journalistes lorsqu’ils apprennent que non, «l’addiction à la pornographie» n’est reconnue dans aucun manuel de diagnostic national ou international. En publiant la dernière version de sa Classification internationale des maladies (CIM, version 11) en juin dernier, l’OMS a décidé une nouvelle fois de ne pas reconnaître comme un trouble de la santé le visionnage de films pornographiques.

Il a été envisagé que le «visionnage de pornographie» soit inclus dans la catégorie «usage problématique d’internet», mais l’OMS a rejeté cette possibilité en raison de l’absence de preuves scientifiques de l’existence d’un tel trouble. («Sur la base des données limitées actuellement disponibles, il serait prématuré de l’inclure dans la CIM-11» a écrit l’Organisation.) Le standard américain commun, le Manuel diagnostic et statistique a produit la même décision dans sa dernière version: celle-ci ne liste donc pas l’addiction au porno.

Lobby anti-pornographie

La grande peur que suscite la pornographie remonte à plusieurs décennies, avant même l’époque de l’Amérique de Reagan et sa commission Meese sur la pornographie qui affirmait que Playboy menait à la décadence des hommes, et de David Duke qui affirmait que les films porno sont un complot juif pour diluer les races. Les journalistes couvrant ces enjeux ont donc du mal à trouver de bonnes informations fondées sur des preuves et s’appuyant sur la réalité de l’addiction au porno, en partie parce que les groupes anti-pornographie sont puissamment financés, notamment par des fonds gouvernementaux.

Les groupes de recherche qui présentent des preuves allant à l’encontre de ces discours alarmistes, parmi lesquels nous-mêmes, sont confrontés aux importantes oppositions sociales et politiques auxquelles font face leurs recherches. Nos informations ont du mal à atteindre le grand public également. Dans sa série «How not to F*ck Up Your Kids Too Bad» («Comment ne pas trop déconner dans l’éducation de vos enfants»), Stephen Marche décrit son expérience de journaliste chargé par deux médias différents d’écrire sur les risques de la pornographie: quand il ne trouvait rien qui puisse diaboliser le porno, «les rédacteurs en chef abandonnaient l’article. Ce qu’ils voulaient, c’était ce qui fait peur»...

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