Réchauffement climatique : le Giec appelle à des transformations "sans précédent"

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Le monde devra engager des transformations "rapides" et "sans précédent" pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d'ici à 2030, soulignent les experts climat de l'ONU (Giec), mettant en garde contre des risques accrus au-delà de ce seuil.

À +1,5 °C ou à +2 °C, le monde ne sera pas le même, préviennent les experts climat de l'ONU (Giec). Dans un rapport de 400 pages, dont le "résumé à l'intention des décideurs politiques" est publié lundi 8 octobre, le Giec alerte sur les nombreux impacts du réchauffement climatique déjà à l'œuvre. Ils exposent notamment la menace d'emballement au-delà d'1,5 °C de réchauffement (par rapport aux niveaux pré-industriels).

Les émissions de gaz à effet de serre générées par l'homme ont déjà fait grimper la température mondiale de 1 °C depuis la Révolution industrielle. "Il est probable" que le réchauffement atteigne 1,5 °C entre 2030 et 2052 s'il garde son rythme actuel.

Les différences sont "nettes" entre aujourd'hui, 1,5 et 2 degrés, dit le rapport. Une hausse de 2 °C signifierait des vagues de chaleur dans la plupart des régions. Les jours chauds vont croître à peu près partout, en particulier dans les tropiques. Les précipitations liées aux cyclones gagneront en intensité.

Le niveau des mers, si l'on s'en tient à +1,5 °C, aura gagné 26 à 77 cm d'ici à 2100, selon les projections. À +2° C, ce serait 10 cm de plus, soit jusqu'à 10 millions de personnes supplémentaires affectées. À long terme, l'instabilité de la calotte Antarctique et/ou la perte de celle du Groenland pourraient être déclenchées vers +1,5/2° C, faisant grimper les mers de plusieurs mètres sur les siècles ou millénaires à venir.

"Risque de changements profonds voire irréversibles"

L'impact sur les espèces sera moindre à 1,5 °C : moins de feux de forêts, de perte de territoires, d'espèces invasives... À +1 °C, 4 % de la surface terrestre change d'écosystème, à +2 °C ce sera 13 %.

Avec une hausse de 1,5 °C, l'Arctique connaîtra un été sans banquise par siècle, ce sera un par décennie à +2 °C.

La baisse de productivité du maïs, du riz ou du blé sera plus limitée à +1,5 °C qu'à 2, de l'Asie du Sud-Est à l'Amérique latine, dit encore le rapport, qui décrit aussi des risques accrus pour la ressource en eau, la sécurité alimentaire, la santé.

"Chaque petit accès de réchauffement supplémentaire compte, d'autant que passer 1,5 °C accroît le risque de changements profonds voire irréversibles, comme la perte de certains écosystèmes", explique Hans-Otto Pörtner, coprésident de cette session du Giec qui a réuni chercheurs et représentants des États toute la semaine dernière en Corée du Sud.

Si le mercure continue de grimper au rythme actuel, sous l'effet des émissions de gaz à effet de serre, il devrait atteindre +1,5 °C entre 2030 et 2052, note le rapport, basé sur plus de 6 000 études. Et si les États s'en tiennent à leurs engagements de réduction d'émissions pris dans le cadre de l'accord de Paris en 2015, ce sera +3 °C à la fin du siècle. L’année 2017 a encore vu les émissions mondiales liées à l'énergie repartir à la hausse.

"Neutralité carbone"

Pour le Giec, pour rester à 1,5 °C, les émissions de CO2 devront chuter drastiquement dès avant 2030 (-45 % d'ici 2030) et le monde atteindre une "neutralité carbone" en 2050. Autrement dit, il faudra cesser de mettre dans l'atmosphère plus de CO2 qu'on ne peut en retirer, et ne plus se permettre que des émissions "résiduelles".

Villes, industries, énergie, bâtiment... tous les secteurs sont appelés à s'atteler à de "profondes réductions d'émissions" : rester à 1,5 °C demandera "une transition rapide et de grande portée", d'une ampleur "sans précédent". Le Giec insiste sur l'énergie, le charbon, le gaz et le pétrole étant responsables des trois quarts des émissions.

"Le rapport donne aux décideurs politiques l'information dont ils ont besoin pour prendre des décisions pour lutter contre le changement climatique tout en considérant aussi les besoins des populations", explique la sud-africaine Debra Roberts, autre coprésidente de cette réunion.

L'Alliance des petits États insulaires, à la pointe du combat pour inscrire l'objectif 1,5 dans l'accord de Paris, a quant à elle appelé lundi "les nations civilisées à prendre leurs responsabilités en relevant leurs efforts pour réduire les émissions".


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