Qui est satisfait du macronisme ?

Sociétés

L’élection présidentielle de 2017 a provoqué un choc important dans le paysage politique français, du moins sur l’organisation de l’offre partisane et sur le positionnement stratégique du PS, comme de Les Républicains ou même du FN. Son impact auprès des électeurs est plus difficile à évaluer car plusieurs registres se superposent et brouillent la perception que l’on peut avoir des changements en cours.

À bien des égards, le renouveau promis en 2017 s’est traduit par l’exacerbation de tout ce que l’on reprochait au système de la Ve République. Les réformes du code du travail ou de la SNCF sont conduites sans véritable négociation avec les syndicats, ce qui tourne le dos à une social-démocratie bien comprise et pourtant tant attendue. Les mesures libérales se succèdent et viennent démentir les propositions de campagne visant à instaurer en France une «flexisécurité» à la scandinave. La réforme constitutionnelle, loin de répondre aux aspirations vers une modernité faite d’horizontalité et de participation, cherche à réduire le pouvoir législatif et à concentrer encore plus la puissance verticale de l’exécutif.

La vague 18 de l’enquête électorale française du Cevipof, menée du 25 avril au 2 mai 2018, montre du reste que 55% des 13.540 enquêtés considèrent qu’Emmanuel Macron et son gouvernement sont trop autoritaires, et que 76% d’entre eux estiment que leur politique économique ne profite qu’aux plus aisés. Qui, alors, est vraiment satisfait d’Emmanuel Macron et ce soutien est-il solide?

Le président des cadres

On a construit un indice de satisfaction à l’égard d’Emmanuel Macron reposant sur les réponses positives à trois questions:

  • Êtes-vous, d’une manière générale, satisfait de l’action du président de la République?

  • Un an après son élection, diriez-vous que le bilan d’Emmanuel Macron est positif?

  • Diriez-vous que la politique menée depuis un an par Emmanuel Macron a amélioré la situation du pays?

Ces trois variables sont fortement liées sur le plan statistique et constituent bien une échelle mesurant une même dimension (alpha de Cronbach= 0,689). On obtient donc un indice allant de 0 à 3. La première observation tient à ce que la moitié des enquêtés se situent au degré 0 de satisfaction, que 68% ne dépassent pas le niveau 1 et que 18% se situent au niveau 3 de l’indice. Pour simplifier la présentation de l’analyse, on peut dichotomiser cet indice entre ceux qui sont insatisfaits (niveaux 0 et 1) –qui représentent 68% des enquêtés– et ceux qui sont satisfaits (niveaux 2 et 3) –qui en constituent 32%.

Graphique 1: La position sur l’indice de satisfaction à l’égard de l’action d’Emmanuel Macron (%). | Luc Rouban, Enquête électorale française, vague 18, Cevipof.

Quelles sont les caractéristiques sociales des uns et des autres? On remarque tout d’abord que l’âge ne joue pas, sauf un peu dans la tranche des 65 ans et plus, dans laquelle on trouve 37% de satisfaits. On retrouve ici la distinction entre actifs (32% de satisfaits) et retraités (36%).

En revanche, le niveau de diplôme a déjà bien plus d’effet statistique puisque l’on passe de 28% de satisfaits pour les enquêtés de niveau BEPC ou CAP à 48% pour ceux qui sont diplômés d’une grande école. Cette variabilité sociale se confirme avec l’étude des catégories socioprofessionnelles réunies, selon les caractéristiques que l’on a retenues pour nos différents travaux, en trois grandes «classes». Le niveau de satisfaction passe ainsi de 28,4% dans les classes populaires à 32,6% dans les classes moyennes puis à 43,6% dans les catégories supérieures.

Ces résultats sont confirmés par la répartition du niveau de satisfaction selon l’importance du patrimoine. Celui-ci a fait l’objet d’un indice, constitué de sept variables indiquant la possession de divers biens mobiliers ou immobiliers, que l’on a organisés en quartiles (les données sont divisées en quatre parts égales). Le niveau de satisfaction passe alors de 25% dans le premier quartile à 44% dans le dernier.

L’analyse détaillée par profession (voir le graphique 2 ci-dessous) montre que la proportion d’enquêtés satisfaits de l’action du président de la République passe de son point le plus bas de 20% chez les chômeurs et les ouvriers spécialisés à son point le plus haut de 47% chez les cadres du privé qui distancent d’ailleurs assez fortement les membres des professions libérales et les patrons d’entreprises de plus de dix salariés (39%) ou les artisans-commerçants (37%).

Graphique 2: La proportion de satisfaits à l’égard de l’action d’Emmanuel Macron par profession (%). | Luc Rouban, Enquête électorale française, vague 18, Cevipof.

À niveau de qualification à peu près égal, on remarque des niveaux de satisfaction plus élevés dans le secteur privé que dans le secteur public. Les niveaux maximum de satisfaction sont atteints dans la fonction publique chez les cadres A de la fonction publique territoriale (36%) et de l’État (34%), bien avant ceux de l’hospitalière (29%) qui est particulièrement sinistrée, puisque c’est en son sein que l’on trouve également le niveau le plus bas de satisfaction: 22% dans la catégorie C contre 26% chez les agents de catégorie C de la territoriale.

L’analyse par secteurs ne montre pas beaucoup d’écarts à la moyenne et se cale sur le niveau de diplôme ou de qualification des enquêtés. C’est ainsi que la proportion de satisfaits est de 30% en moyenne chez les policiers et militaires (N= 285) alors qu’elle est de 31,5% dans l’ensemble du monde enseignant (N= 856), mais avec une progression liée à la situation professionnelle: 28% chez les professeurs des écoles, 33% chez les enseignants du second degré, et 39% chez les enseignants du supérieur.

Le clivage social est donc très clair et se revêt parfois d’un cynisme assez révélateur. C’est ainsi que 43% seulement des satisfaits pensent que la politique économique du gouvernement profite à tous les Français, alors que 47% d’entre eux estiment qu’elle profite avant tout aux catégories aisées. Du côté des insatisfaits, en revanche, la première affirmation ne recueille que 3% de leurs évaluations alors que la seconde en recueille 90%.


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