Quand les Bleus perdaient, nous n'étions pas si malheureux

France

L'équipe de France de foot n'a pas toujours été la plus performante, loin de là. Pourtant, ses joueurs ont fasciné plusieurs générations.

J’aime à penser à nos défaites, elles furent le sel de mon enfance et témoignent que nous existions. Nous fûmes français avant que la victoire nous prenne, et nous n’étions pas moins aimables si nos footballeurs ne resplendissaient pas.

Quand s’avance la gloire de Kylian et Grizou et s’est donné le culte de Deschamps et Zizou, j’ai besoin de prononcer ces noms des pages autrefois grises ou jaunes de l’Équipe, je veux psalmodier Herbin, Gondet et Charly Loubet, je veux dire Bosquier dit Bobosse, Hervé Revelli, Rostagni et Djorkaeff le père, Chiesa et Gondet et Jo Bonnel, j’invoque nos gardiens Marcel Aubour et Pierre Bernard et le magnifique Carnus, qui tous portaient vaille que vaille un maillot au coq inoffensif et revenaient piteux des champs de bataille.

Ils furent une France du football dans laquelle j’ai grandi, une France moyenne de football moyen et de Français moyen et ce n’est pas seulement la nostalgie qui me guide mais un souci de justice, quand l’euphorie paresseuse du temps nous interdit tout autre destin que celui du winner. Nous vivons dans l’injonction de la victoire et rejetons ce que nous fûmes, pourtant: ce que je fus. Je ne ne tire aucune honte d’avoir connu la défaite, ni gloire masochiste, et ne souhaite pas qu’elle revienne. Elle exista, simplement. Que sommes-nous devenus à oublier d’où nous venons?

La longue nuit du football français

Je suis né le 18 décembre 1962. Une Coupe du monde venait de passer, nous l'avions manquée. La nuit était tombée sur le football un an, plus tôt. Le 16 décembre 1961, la Bulgarie avait battu la France dans un match de qualification, au stade San Siro de Milan. Le sort était injuste. Notre meilleur joueur cette saison-là, le défenseur André Lerond, avait marqué contre son camp sur un coup franc bulgare. Trois mois après, ma mère tombait enceinte. Je n’ai pas cette prétention de croire que tout est lié.

Le journaliste et historien Didier Braun a rapporté dans une note de blog le traumatisme d’alors. L’Équipe atténuait la honte en la philosophant: «En football comme en toute autre activité, il existe une évolution, un cycle, un cheminement des idées et des hommes qui amène le progrès par le renouvellement constant». Nous étions démunis par le départ de Raymond Kopa, notre Zizou d’alors, il fallait revenir à «L’ÉQUILIBRE» et à la «SIMPLICITÉ» (les mots étaient en majuscules) pour y suppléer.

Nos journaux en ce temps-là étaient fort bien écrits. Les lecteurs également avaient du talent, fut-il courroucé, tel ce Grenoblois qui écrivait à l’Équipe: «Ça, une équipe nationale, chargée de tenir pavillon haut nos couleurs! Allons donc, à peine une équipe d’artisans et, à quelques rares exceptions, une réunion de mercenaires, de fonctionnaires qui n’ont jamais pensé un seul instant à l’enjeu de cette partie». Mercenaires et fonctionnaires, trop payés, avons-nous changé dans nos préjugés?

Avant le match, nos vedettes nous avaient promis la gloire. «Les Français au Chili, c’est comme si c’était fait», promettait la meneuse de revue Zizi Jeanmaire et le chanteur Sacha Distel prévoyait une nette victoire, «Disons 3-1». Nous aurions dû prévoir. En 1960, l’équipe de France, troisième de la précédente Coupe du monde, avait déjà perdu une demi-finale de championnat d’Europe qui lui était promise. Notre gardien, pied-noir et moustachu, Georges Lamia, avait offert trois buts en cinq minutes à la Yougoslavie. «Lamia assassine l’équipe de France» titrait alors un journal. Nous n’en reviendrions pas.

La défaite est notre royaume

Les premières défaites eurent la saveur stupéfiante des tremblements de terre. Ensuite, on s’habitua. La défaite serait notre royaume. J’avais un an et demi, au printemps 1964, quand la Hongrie nous battait deux fois, à Colombes et chez elle, pour nous interdire le championnat d’Europe.

J’allais vers mes six ans, en avril 1968 quand la Yougoslavie nous sortait du championnat d’Europe d’un cinglant 5 à 1.

Le Monde, dirigé par l’austère Beuve-Méry, qui surveillait avec rigueur les débordements du régime gaulliste, savait fustiger nos errances du ballon avec la même autorité:
«Il n'était pas possible que l'équipe de France fasse indéfiniment illusion. L'humiliante défaite qu'elle a subie face à la Yougoslavie a cruellement rappelé qu'elle n'avait pas sa place parmi les huit meilleures équipes européennes. Les onze joueurs yougoslaves formaient une équipe homogène, soudée, prompte à se regrouper dans la partie du terrain où se déroulait l'action de jeu. L'équipe de France était composée de onze individualités errant à la recherche d'un ballon insaisissable.»

Sept mois plus tard, en novembre 1968, Le Monde pouvait recommencer. Les joueurs amateurs de la Norvège avaient battu nos professionnels, 1 à 0, but d’Iversen, chez nous, à Strasbourg, nous privant à coup sûr de la Coupe du monde à venir au Mexique:

«Quelle tristesse ce fut, dans ce stade de la Mainau où le public alsacien avait préparé une chaleureuse ambiance à l'équipe de France, de voir les joueurs français incapables de vaincre un adversaire indéniablement inférieur, par manque de vivacité, de force d'exécution, de sang-froid, de fraîcheur physique et, il faut bien le dire, d'organisation collective.»

Dans l’Équipe, le secrétaire d'État à la jeunesse et aux sports Jacques-Philippe Vendroux affichait le courroux de l’État gaulliste:

«Nous avions l'intention d'attendre la fin de l'année pour prendre contact avec les dirigeants du football. Les événements qui viennent de survenir et cette défaite de Strasbourg nous ont montré qu'il y avait intérêt à nous préoccuper de ce problème encore plus rapidement.»...

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