Pourquoi la radio jeune Skyrock lance une appli digne des «services secrets»

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La station a lancé une application de messagerie sécurisée et anonyme. Son nom? Skred. Skyrock, Skred... Tout ça pour un public jeune? Oui, mais pas seulement.

Ça commence d’abord par une voix de femme: «Écoute, vu ce que j’ai trouvé dans ton téléphone, ce n’est vraiment plus possible...» Puis, ça enchaîne avec celle d’un homme. «Pourquoi prendre des risques avec votre messagerie habituelle? Maintenant, il y a Skred. Toutes les techniques des services secrets réunis pour la première fois dans une application de messagerie. Enfin le vrai anonymat! Skred, au service de vos secrets.»

C'est le matin, et cette étrange publicité, on vient de l'entendre sur Skyrock, radio musicale orientée hip-hop et rap. Depuis le 25 septembre 2017, l’application Skred permet à ses utilisateurs de dialoguer dans un niveau d’anonymat très élevé. La messagerie n’exige ni numéro de téléphone, ni adresse e-mail.

«On ne demande pas d’informations personnelles à l’utilisateur», explique Jérôme Aguesse, directeur général de Skyrock, attablé à son bureau dans les locaux de la radio, au coeur de Paris. Dans son costume deux pièces, il explique pourquoi ils ont lancé Skred. Spoiler: ce n'est pas pour transformer tout le monde en James Bond.

«C’est vraiment un outil de souveraineté numérique personnelle. Les gens disent: “Je n’ai rien à cacher” mais ça ne les empêchent pas de fermer les rideaux chez eux le soir. Ce n’est pas parce qu’on a rien à cacher qu’on n’est pas soucieux de son intimité. Le principe de cette application est donc de remettre la confidentialité à un niveau qui est juste.»

La sécurisation «au maximum»

 

Les applications cryptées, il y en a pourtant un paquet: Telegram, Signal… Mais pour Jérôme Aguesse, la sienne est différente. Et cela pour trois raison. La première: Skred est plus maniable, assure-t-il.

«Il y a plein de produits hyper sécurisés mais ce qui est important c’est que la sécurité ne prenne pas le pas sur l’usabilité. Il ne faut pas rentrer vingt-cinq codes. Nous on essaye de pousser la sécurisation au maximum tout en restant grand public.»

La deuxième: Skred sera sans publicités, «sortes de portes dérobées qui permettent de retrouver ou tracer l’utilisateur». Et la troisième raison, c’est que l’application est française et correspond à l’idée de souveraineté numérique développée par Skyrock et son patron, Pierre Bellanger, depuis de nombreuses années. Bellanger, ancien des radios libres, a d’ailleurs écrit un livre sur le sujet, sobrement intitulé... La Souveraineté numérique. Ce n'est dont pas un hasard si le groupe Skyrock est «fortement engagé sur la voie du numérique depuis les années 2000», comme le souligne son DG Jérôme Aguesse:

«On a commencé avec le site internet Skyrock FM [lancé en 1998, ndlr], qui était le pendant de la radio sur le web. Et ensuite en 2002 avec les Skyblogs qui ont eu un succès considérable et ont marqué toute une génération.»

«Il y a une envie pour des produits qui ne demandent pas de données personnelles»

Skred, Pierre Bellanger et Skyrock y réfléchissaient depuis «plusieurs années». Mais c’est surtout l’an dernier que le projet s’est mis en place. Ils s’associent avec la société Twinlife, qui sert de partenaire technique car «partir de rien aurait pris trop de temps», explique le directeur général de Skyrock. Et il ne seraient pas partis de nulle part, à les entendre: l’idée a été portée par une demande des fans de Sky.

«Sur Skyrock, on a un chat depuis le début. On sait grâce à lui qu’il y a une appétence pour les produits de communication sur notre cible. On est au cœur de ce qu’il se passe. Les bruits bas, on arrive à les identifier. Et on a détecté qu’aujourd’hui, et encore plus demain, il y a une envie pour des produits qui ne demandent pas de données personnelles, ou du moins qui respectent l’intimité de ses utilisateurs.»

Des utilisateurs qui seraient... les jeunes? Entre le nom (Skred), la pub (qui vend une appli utile pour tromper son copain ou sa copine en toute discrétion), et en profitant du réseau Skyrock pour la promouvoir, la cible semble tout indiquée. Même si certains n’ont pas semblé apprécier l'axe de communication choisi par la radio.

Jérôme Aguesse nuance: «Ce sont des clins d’œils mais on ne vise pas un public en particulier. On s’est toujours efforcé d’être le moins clivant et s’adresser au plus grand nombre. Il n’y a pas d’avantage aujourd’hui à viser une cible en particulier quand on met en place un produit d’échange. Parce que chacun connaît dans son environnement tout type d’individus. Ça ne fonctionnerait pas de créer une application de téléphonie uniquement pour dialoguer avec trois ou quatre personnes».

Les jeunes sont pourtant les plus demandeurs en matière de messageries instantanées, comme l'explique détaille Sandra Hoibian, directrice du «Pôle Evaluation et Société» au Credoc:

«Il y a une progression de ces messageries, qui existent pourtant depuis très longtemps. Elles connaissent une sorte de deuxième jeunesse et surtout chez les jeunes».

La chercheuse différencie les 12-17 ans et les 18-24 ans. Deux classes d'âge, deux points de vu sur les questions de vie privée et de sécurité des échanges. «Les premiers vont être moins précautionneux dans leur pratique que les "jeunes plus vieux", qui vont être de gros consommateurs mais sont plus vigilants sur leurs usages et les informations qu’ils vont laisser», explique Sandra Hoibian. Elle estime qu’avec une «sécurisation sans effort», il y a peut-être «un créneau à prendre».

À la fin du mois de septembre, l’application comptait environ 20.000 utilisateurs. Jérôme Aguesse et Skyrock visaient le «million d’utilisateurs à long terme» et pensent l'atteindre «très vite»....

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