Nous n'avons même pas besoin de la justice pour savoir que Trump a trahi sa patrie

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Enquête russe ou non, les preuves ont toujours été juste sous notre nez.

Mardi 21 août, le président Trump a écarté les questions sur la mise en accusation de son ex-directeur de campagne, Paul Manafort, et sur le plaider coupable de Michael Cohen, son ancien avocat.

Les deux affaires n’ont pas d’importance, a décrété Trump, parce qu’elles n’apportent aucune preuve de ce qui lui est principalement reproché. «Cela n'a rien à voir avec la collusion russe», a dit Trump aux journalistes en arrivant en Virginie-Occidentale.

 

Plus tard, lors d’un meeting de campagne, il s’est moqué de l’échec de la presse à prouver qu’il avait collaboré avec la Russie. «Ils cherchent encore la collusion», a-t-il raillé. «Où est la collusion

Je vais vous le dire, moi, où est la collusion. Elle est juste sous notre nez.

Pour échapper aux scandales de Cohen et de Manafort, Trump se réfugie dans le mystère russe. Théoriquement, il ne peut pas être destitué, parce qu’il n’a pas été pris en flagrant délit de trahison à son pays. Et pourtant, c’est bien ce qu’il a fait.

Trump s’est mis en quatre pour défendre Vladimir Poutine aux dépens de l’Amérique, et la question est: pourquoi? Les journalistes ont exploré les pires possibilités: Trump est un agentrusse, il a comploté avec Poutine pour influencer les élections de 2016, le président russe fait chanter Trump avec une sex tape.

Je présenterai le minimum de ce que nous savons sur Trump et la Russie. Ce minimum suffit à justifier une destitution.

Dans cet article, je vais adopter l’approche inverse. Je vais partir du postulat qu’aucune de ces hypothèses n'est vraie. Je vais me contenter de ce qui est publiquement avéré, mettre de côté la question de la collusion telle qu’elle est généralement comprise –un complot pendant les élections– et je ne partirai pas du principe qu’il puisse exister des motifs cachés. Je présenterai le minimum de ce que nous savons sur Trump et la Russie. Ce minimum suffit à justifier une destitution, car Trump œuvre avec Poutine pour protéger la Russie et paralyser les États-Unis.

Cette conclusion ne nécessite l’évocation d’aucune théorie décoiffante sur un quelconque dossier compromettant ou une double allégeance. Tout ce que Trump fait peut aisément s’expliquer par des traits de caractère et des motivations qu’il affiche tous les jours: narcissisme, manque de confiance en lui, cruauté et méchanceté.

Le président américain se délecte de la célébrité que procure le fait de rencontrer des dictateurs armés jusqu’aux dents. Il a du mal à faire une distinction morale entre des régimes ou des systèmes de gouvernement. Il ne voit pas de différence entre l’intérêt national et ses intérêts personnels, ou entre obtenir des aides pour sa campagne de la part d’Américains et en obtenir de la part d’une puissance étrangère. Et il est obsédé par les ennemis de l’intérieur. L’idée d’utiliser Poutine pour démonter les Démocrates l’attire bien davantage que celle de travailler avec eux pour affronter Poutine.

Ces ingrédients ont largement suffi à retourner Trump contre son propre pays; Poutine n’a pas eu besoin de conspirer avec lui. Tout ce que le président russe a eu à faire a été de complimenter Trump, de signaler son soutien pour lui lors des élections, de lui offrir une relation géopolitique prestigieuse et de voler à son secours lorsque les agences de renseignements américaines ont accusé la Russie d’avoir aidé Trump à remporter la victoire.

Pour Trump, cela a placé les services de renseignements du mauvais côté de la barrière, et Poutine du bon côté. Et c’est comme cela que nous en sommes arrivés à la situation actuelle, avec un président qui défend les crimes de Poutine et qui persécute d’anciens hauts fonctionnaires américains qui ont porté ces crimes au grand jour.

 

Peut-être avez-vous du mal à croire que le comportement de Trump puisse s’expliquer sans l’existence de dossier compromettant. Ou peut-être, en l’absence de preuve de collusion, pensez-vous qu’il n’est pas juste de l’accuser de trahir son pays. Mais suivez-moi, et je vais vous prouver que les deux sont possibles.

1. La séduction

Trump et Poutine ne sont pas amis depuis le début. Pour Poutine, Trump n’était au départ qu’un homme d’affaires parmi d’autres. Pour Trump, Poutine n’était qu’un faire-valoir.

Dans les années qui ont conduit à sa campagne présidentielle, Trump a parfois tenté de se faire mousser en prétendant connaître Poutine. À d’autres moment, il a essayé de se donner des airs de dur en décrivant Poutine comme une menace.

Dans l’esprit de Trump, Poutine était un personnage qui pouvait avoir son utilité dans la bataille qui, à ses yeux, importait vraiment: la lutte pour acquérir un standing dans son pays. Alors lorsque Trump disait que Poutine était un adversaire, il voulait dire qu’il était le maître-étalon servant à révéler la faiblesse d’autres politiciens –principalement du président Barack Obama.

«Que pensez-vous qu'Obama fera quand Poutine s'emparera de l'Alaska?»

Quand Poutine a envahi puis annexé la Crimée en 2014, Trump a décrété que ce coup révélait «l'échec du leadership» d’Obama. Les faucons républicains ont dit la même chose, mais ils ont évoqué des inquiétudes sous-jacentes, comme la souveraineté, la liberté et les droits humains.

Pour Trump, ces inquiétudes n’avaient pas de sens. Lui était davantage intéressé par la cote de popularité de Poutine. «Poutine est devenu un grand héros en Russie, avec la popularité la plus haute qu'on ait jamais vue,a tweeté Trump, pendant que la Russie s’emparait de bases et de bateaux ukrainiens en Crimée. Obama, d’un autre côté, est tombé dans ses chiffres les plus bas. TRISTE.»

La candidature de Trump à la présidence et sa progression dans les sondages ont attiré l’attention de Poutine. Le 17 décembre 2015, lors de sa conférence de presse de fin d’année, le président russe a dit de Trump qu’il avait «beaucoup d'intelligence et de talent». Trump a adoré. Le lendemain, sur MSNBC, il rayonnait: «Quand les gens disent de vous que vous êtes intelligent, c’est toujours bon, surtout lorsque cette personne dirige la Russie».

Dès qu’il a eu les faveurs de Poutine, Trump a ajusté son angle d’attaque. Il pouvait toujours se servir de lui comme étalon pour juger les politiciens américains, mais désormais, cette mesure comprenait un autre élément: l'«alchimie».

«Plein de bonnes choses peuvent se passer avec la Russie si nous nous entendons bien»,a avancé Trump lors de l’interview avec MSNBC. «Poutine ne respecte pas notre président», a-t-il averti, et «notre président n’aime pas Poutine. [...] Je vois ces deux-là assis sur deux chaises en train de se regarder... et je dis: “Wow, il y a vraiment une mauvaise alchimie entre eux.”»

Le journaliste qui conduit l’interview, Joe Scarborough, souligne que Poutine «tue des journalistes, des opposants politiques et envahit des pays». Trump balaie ces objections. «Notre pays tue aussi beaucoup,répond-il. Au moins, c’est un leader, vous savez, contrairement à ce que nous avons dans ce pays.»

Encore une fois, Trump s’émerveille de la cote de popularité de Poutine et souligne qu’elle est «dans les 80», tandis que «Obama est dans les 30 et le bas des 40 [%]».

N’importe quel observateur du Kremlin était capable de comprendre que Trump était exploitable. Il attachait un grand prix à la force et à la popularité, et non aux droits humains ou au contrôle des agressions. Il admirait Poutine et était tout disposé à chanter ses louanges en public. Et il était tout à fait prêt à faire de l'alchimie et des bonnes relations –en gros, de la satisfaction de Poutine– la mesure du succès américain.


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