Nino Ferrer, le mal-aimé de la chanson française

Musique

Disparu il y a vingt ans, Nino Ferrer n’est jamais parvenu à trouver sa place dans le paysage musical français malgré d’immenses succès. La faute à un caractère colérique, à une volonté artistique complexe, et à un milieu qui ne lui a pas fait de cadeau.

Nino Ferrer ne pouvait plus se sauver. Lorsqu’il se donne la mort l’avant-veille de ses 64 ans le 13 août 1998, il y a tout juste vingt ans, il a déjà perdu le goût de bien des choses. Un coup de carabine dans le cœur vient clore des années de réclusion passées à faire de la musique et à extraire les bienfaits de la nature dans cette maison du Lot qu’il aura passé la moitié de son existence à retaper. Il était désintéressé du monde qu’il avait connu de 1965 à 1975: le succès d’estime et critique, les belles femmes, les belles voitures, l’argent… Non, décidément, Nino Ferrer ne pouvait plus se sauver.

La place qu’il occupe sur la grande photographie de groupe de la chanson française est bâtarde. Jamais au centre, pas franchement à l’écart. Une sorte de juste milieu assez unique, qui naît de sa capacité à faire de sa discographie à la fois une ribambelle de tubes et de classiques, mais aussi d’albums oubliés, de textes presque macabres. Deux figures aux définitions multiples se croisent en sa même personne: le fils de très bonne famille et l’aventurier, l’homme à femmes et l’homme éperdument amoureux, le dandy yé-yé et le militant écologiste, celui dont les chansons font tantôt pleurer les foyers, tantôt exploser de rire. Si toutes ces facettes semblent opposées, elles ne sont en rien incompatibles. Nino Ferrer incarnait cela à la perfection.

L’éternel insatisfait

Mais cette dualité, cette complexité, lui vaudra une longue histoire de je-t’aime-moi-non-plus avec son public. On dit bien souvent que c’est ce qui l’a perdu. Les choses sont certainement plus complexes. «C’est quelqu’un qui a toujours été dans l’adversité face à lui-même, raconte Christophe Conte, co-auteur avec Joseph Ghosn de la biographie Nino Ferrer, du noir au sud (Calmann-Lévy, 2005). Il a toujours été insatisfait, sa vie est une somme d’insatisfactions artistiques. Cela remonte à loin, quasiment au début de sa carrière. Il y a toujours eu quelque chose de très désespéré, l’une de ses premières chansons s’appelle “Ma vie pour rien”, ça n’est pas anodin. “Le Sud”, par exemple, est une chanson très nostalgique. Elle parle d’une maison de style colonial dans laquelle il habitait à Rueil-Malmaison. C’est quelque chose qu’il est en train de vivre, mais il en parle déjà au passé.»

L’homme qui voulait être noir

Quand il débarque dans le grand bain en 1965 grâce aux tubes «Mirza», «Oh! Hé! Hein! Bon!» et «Les Cornichons», tirés de son album Enregistrement public, il porte la soul en lui. Le jazz aussi, les musiques brésiliennes qui éclosent à la face de l’Europe. Ce qu’il veut faire, c’est cela, et non pas remplir un rôle de chanteur comique, d’amuseur public qui ne s’amuse pas.

À l’époque, il est régulièrement comparé à Henri Salvador: «Leur rapport à la bouffonnerie les rendait très malheureux, continue Christophe Conte. Salvador a vécu de manière confortable de toutes les chansons qu’il a pu faire, comme celles pour Disney, par exemple. Sa femme le forçait à les chanter parce qu’elle savait que ça plaisait aux Français. Mais sa sensibilité, c’était la musique brésilienne, la mélancolie, la saudade... Nino Ferrer avait cela aussi. Il provenait du jazz de la Nouvelle-Orléans, et quand il en est venu à la chanson, il a voulu prolonger ce qu’il faisait dans le jazz, un peu à la Boris Vian. Mais ça a vite dérapé parce qu’à l’époque, Eddie Barclay voulait des morceaux qui plaisaient au grand public. Résultat, il s’est servi de la soul music et du rhythm & blues, et en a imprégné ses chansons un peu humoristiques.»

L’histoire de Nino Ferrer est celle d’un homme qui n’a jamais réussi à s’approprier ses tubes. Sur scène, il en a de nombreuses fois livré des versions expéditives. Vous n’avez qu’à acheter le disque. D’ailleurs, en 1970, il arrête de se produire en concert, et ne remontera sur les planches qu’en 1979. Il souffrait grandement que sa discographie ne soit pas mieux prise en compte dans sa globalité, que les gens ne connaissent que trois ou quatre de ses morceaux....

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