Les obscurs secrets des règles de modération de Facebook

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Concernant la nudité par exemple, il y a une règle de base... | geralt via Pixabay License by

Sexe, violence, discours de haine... certains messages sont supprimés, d'autres non. Voilà pourquoi.

Critiqué pour son manque de transparence, Facebook l’est aussi pour ses choix de modération. En mars dernier, Marzuki Darusman, travaillant auprès de l’ONU dans le cadre d’une mission d’information sur les droits humains, a directement accusé le réseau social d’avoir joué un «rôle déterminant» dans la propagation des messages de haine contre les Rohingyas, groupe ethnique musulman de Birmanie. Très utilisé dans ce pays (plus de 30 millions d’utilisateurs pour 53 millions d’habitants), le réseau social était devenu un véritable déversoir islamophobe.

Quelques mois plus tôt, le YouTubeur Paul Logan provoquait un tollé en se filmant aux côtés d’un cadavre en plein cœur de la célèbre «forêt des suicidés» japonaise. Vue plusieurs millions de fois avant d’être effacée par son auteur, la vidéo n’avait pas été retirée par YouTube. Pour une intelligence artificielle, la présence d’un cadavre dans un tel lieu n’avait rien d’aberrant. La décence, notion uniquement perceptible par un être humain, en aurait pourtant décidé autrement.

Où commence la censure et où s’arrête la modération? L’artiste américaine Illma Gore a une idée sur la question. Elle a vu son compte Facebook être brutalement supprimé, à cause de son portrait de Donald Trump affublé d’un micro-pénis, une image devenue virale depuis. En France, on se rappelle l’émoi suscité en 2011 par la censure de L’origine du monde de Gustave Courbet sur le réseau social.

Dans la majorité des publications incriminées, il s’agit d’évaluer un contexte. C’est ce que révélaient en 2016 et en 2017 le Süddeutsche Zeitung et The Guardian en rendant publiques les instructions de «content moderation» chez Facebook. Concernant la nudité par exemple, la règle de base est la suivante: si c’est «fait à la main» [«handmade», ndlr], c’est autorisé, si c’est numérique, il y a de fortes chances que ce soit jugé pornographique.

Les messages de haine et commentaires injurieux sont traités selon une équation somme toute assez sommaire: «Protected category + attack = hate speech». Si la personne attaquée fait partie d’une catégorie protégée, la publication est classée comme discours de haine. Font partie de ces catégories toutes les orientations sexuelles, les communautés de croyants, les origines ethniques ou les nationalités. Par exemple, si on peut critiquer n’importe quelle religion, on n’a pas le droit de s’en prendre à ses croyants: «Le catholicisme/l’islam/le bouddhisme, c’est de la merde» sera ok, «Les catholiques/les musulmans/les bouddhistes sont des cons» ne passera pas.

Dans le document publié par le Süddeutsche Zeitung, certains exemples ne manquent pas de saveur. Ainsi, s’il vous est interdit d’écrire «Les Français sont tous des alcooliques», vous pouvez sans complexe écrire: «Ne faites pas confiance aux garçons qui vous disent qu’ils vous aiment» ou «Les grandes tiges, c’est juste trop chelou», parce que ni «garçon», ni «filles» n’appartiennent à une catégorie protégée. Les émigrés et les réfugiés font eux l’objet d’une «quasi-protection»: «Dehors, les demandeurs d’asile» est autorisé, «les émigrés sont crades», non. Même tarif pour le jeu de mots nauséabond «rape-fugees»....

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