Le RV du docteur Cocaul : le sucre est-il l'ennemi public n° 1 ?

Santé

Le sucre est désigné comme une source de maladies cardiovasculaires et d'obésité. Bien sûr, il faut nuancer, comme nous l'explique le docteur Arnaud Cocaul, et parler de quantités – l'excès en tout est nuisible – et de qualité – tous les glucides ne se valent pas et le glucose n'est pas le saccharose.

Pour bon nombre de consommateurs, les recommandations nutritionnelles paraissent complexes et même parfois contradictoires. Elles peuvent varier avec le temps et différer selon les pays, ce qui amplifie le désarroi des individus face à leur assiette. Il me paraît important de rappeler dans ce préambule que de nombreuses recommandations reposent sur un faible niveau de preuves scientifiques. Il est évident que nous disposons de moins bonnes preuves dans le domaine nutritionnel que dans le domaine médicamenteux. L’idée de généraliser un consensus paraît donc illusoire.

Récemment, une étude baptisée Pure (acronyme de Prospective Urban Rural Epidemiology) a provoqué l’émoi de la communauté scientifique et a largement été reprise dans la presse grand public avec le risque d’exacerber encore plus la confusion alimentaire qui prévaut actuellement dans les pays occidentaux, et je dirais même plus particulièrement en France. Publiée par la revue The Lancet en 2017, cette étude a été menée sur une cohorte de 135.335 sujets âgés de 35 à 70 ans, suivis entre 2003 et 2013, et vivant dans 18 pays aux niveaux de revenus hétérogènes. On y trouve en effet des pays pauvres comme le Bangladesh, le Pakistan et le Zimbabwe, côtoyant des pays aux revenus moyens, comme l’Argentine, le Brésil, la Chine et la Malaisie, ainsi que des pays riches comme le Canada, les Émirats arabes unis et la Suède.

Il ressort de cette étude bien faite que les plus gros consommateurs de glucides majorent leur risque de mortalité totale par rapport aux plus faibles consommateurs. Mais on ne démontre aucune association entre consommation de glucides et risque de maladie cardiovasculaire ou de mortalité induite par ces maladies cardiovasculaires.

Sucre blanc, sucre roux, sucre candi. © Artem Shadrin, Fotolia

Sucre blanc, sucre roux, sucre candi. © Artem Shadrin, Fotolia

Attention, surtout, au sucre raffiné

Les consommateurs les plus importants en graisses (35 % de l’apport énergétique total) et de protéines (20 % de l’apport énergétique total) sont plus faiblement concernés par la mortalité par rapport aux plus petits consommateurs. L’étude précise même qu’à valeur calorique égale, le simple fait de remplacer des glucides par des acides gras poly-insaturés (5 % de l’apport énergétique total) diminue le risque de mortalité totale. On relève que les sujets analysés consomment beaucoup de glucides, essentiellement sous forme de pain blanc et de riz. Les auteurs recommandent d’abaisser les apports en glucides chez les forts consommateurs afin de ne pas excéder 50 à 55 % de l’apport énergétique total (AET).

Donc, en suivant les enseignements de cette étude, on peut en tirer la conclusion que manger des lipides réduit la mortalité et que manger des quantités importantes de glucides majore la mortalité, et que, par conséquent, le sucre se comporte comme un tueur muni d’un silencieux. Les médias se font écho de cette nouvelle percutante et le public retient l’information. Cela marque suffisamment les esprits pour éventuellement changer les modes alimentaires et aboutir à des régimes « sans ».

On peut vivre sans saccharose mais on meurt sans glucose.

Ce que je répète à mes patients, c’est qu’un article médical, aussi bien fait soit-il, suggère des hypothèses et donc crée des discussions au sein du corps médical pas forcément reprises par les médias. On assiste souvent à des batailles d’experts, passionnantes, stimulantes intellectuellement mais illustrant bien la complexité de la médecine et la difficulté à établir des dogmes.

Dans l’étude, on parle de glucides et de lipides, donc de classes hétérogènes. Les glucides sont confondus dans l’esprit général avec les sucres. On peut vivre sans saccharose mais on meurt sans glucose. Sur les emballages, les industriels différencient les sucres des glucides ce qui, je le concède volontiers, n’est pas simple pour le consommateur lambda.

Le saviez-vous ?

Le sucre raffiné, lorsqu'il est produit à partir de la canne à sucre, est rendu blanc par différents traitements, qui retirent de nombreux éléments. Le sucre de betterave (l'essentiel de la consommation en France) est naturellement blanc.

Dans les deux cas, il s'agit essentiellement du saccharose, une molécule composée de l'association d'un glucose et d'un fructose. Notre corps, comme tous les organismes vivants de la Terre, ont surtout besoin de glucose, qui se trouve un peu partout dans notre alimentation. Ajouter du saccharose pour le plaisir du goût sucré n'a donc rien d'utile dans une alimentation déjà suffisamment riche.


On sur-représente dans l’étude Pure les pays à PIB (produit intérieur brut) faible ou moyen. On ne peut pas dire que le mode de consommation des glucides est identique entre l’Inde et le Pakistan ou la Suède. En Afrique et en Asie, on consomme plus de glucides dans la ration alimentaire journalière que dans les pays riches. On observe dans l’étude que les petits consommateurs de glucides ont un faible taux de mortalité et de maladies cardiovasculaires. L’excès de sucre raffiné dans l’alimentation occidentale est péjoratif et l’agro-alimentaire doit baisser coûte que coûte ce non-sens nutritionnel sous peine de contribuer à dégrader la santé de ses clients. Mais la part de sucres ajoutés dans les sucres totaux varie considérablement d’un pays étudié à l’autre. Les États-Unis et le Mexique, non représentés dans l’étude Pure, sont les plus grands consommateurs de sucres raffinés au monde.

On peut rappeler que chaque pays a ses propres mœurs alimentaires malgré la tendance à la globalisation alimentaire et que les recommandations nutritionnelles doivent être personnalisées selon le pays et les consommateurs qui s’y trouvent. Ce qui est vrai chez le voisin n’est pas forcément transposable au marché français.

Retenez que les glucides ne tuent pas, le sucre raffiné doit, lui, être combattu et donc être très limité dans notre ration journalière.


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