« Le rôle des partis traditionnels était d’encadrer les passions politiques »

Politique

Pour le politologue Xavier Crettiez, les élus n’ont jamais été perçus comme étant aussi éloignés des électeurs, ce qui suscite des tensions.

Xavier Crettiez est professeur de science politique à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Il a notamment publié Violences politiques en Europe (avec Laurent Mucchielli, La Découverte, 2010) et Introduction à la science politique (en collaboration avec Patrick Hassenteufel et Jacques de Maillard, Armand Colin, 2018). Pour le politologue, la violence politique qui s’exprime actuellement en France détonne dans une période où elle avait plutôt tendance à diminuer.

La violence qui, ces temps-ci, vise aussi bien les députés que les maires vous étonne-t-elle ?

Si l’on se place du point de vue de l’histoire, elle n’est pas étonnante. Ces violences sont choquantes, bien entendu, et particulièrement dramatiques, puisqu’un maire est mort [le maire de Signes (Var) a été renversé le 5 août par une camionnette]. Cependant, d’autres époques ont, elles aussi, été marquées par une forte violence politique. En 1936, alors qu’il est sur le point de diriger le gouvernement, Léon Blum est violemment agressé par des camelots proches de Charles Maurras. A la même époque, les « chemises vertes » d’Henri Dorgères, comité fort de 10 000 cultivateurs ultraviolents, s’en prennent déjà aux élus. Dans les années 1960, les violences paysannes sont également extrêmement fortes. En 1961, les paysans bretons emmenés par Alexis Gourvennec prennent d’assaut la sous-préfecture de Morlaix en pleine nuit et kidnappent le sous-préfet !

Nous avons comptabilisé 6 000 actes de violence politique entre 1986 et 2018. L’essentiel relève du séparatisme régional, corse notamment. Mais, sur la période, la tendance est marquée par une baisse notable. De ce point de vue, le regain de violence de ces derniers mois peut donc étonner. Même s’il ne faut pas négliger l’effet de loupe que provoquent les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu, lesquels accentuent le sentiment de violence et donnent des idées. Les dégradations de permanences par les cultivateurs sont aujourd’hui reprises par les « gilets jaunes ».

Les violences de l’été contre les élus sont-elles liées à celles provoquées par les « gilets jaunes » ?

Il y a un effet de calendrier. C’est au moment où l’on sort lentement du mouvement des « gilets jaunes » que le CETA, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, est voté. Les paysans, peu actifs dans la crise de l’hiver dernier, sont entrés dans la contestation. Les deux violences font corps.


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