En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des boutons de partage, des remontées de contenus de plateformes sociales, des publicités ciblées et analytique. Pour continuer à utiliser ce site, vous devez cliquer sur le bouton "J'accepte les cookies". Si vous refuser vous devez cliquer sur le bouton "En savoir plus" et modifier les options de votre navigateur.

Le RIC ne sauvera pas notre démocratie, la participation locale si

Sociétés

Il y a urgence absolue à admettre que l’expression de la démocratie par le seul vote a vécu et qu’il est temps d'instaurer davantage de participation et de délibération dans la vie politique.

Le récent mouvement des «gilets jaunes» est une véritable révolte populaire, assez peu organisée et dont les revendications sont hétérogènes. Toutefois, parmi ces revendications, l’une est de nature politique et s’est progressivement imposée: le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Plébiscitée sur les réseaux sociaux, cette idée a été présentée comme nouvelle, alors même qu’elle a, au contraire, une longue histoire –plutôt marquée politiquement à l’extrême droite– et qu’elle figurait dans les propositions de la plupart des candidates et candidats à l’élection présidentielle de 2017, à l’exception notable d’Emmanuel Macron.

On ne reviendra pas ici sur cette histoire. Notre propos est bien plutôt de prendre appui sur une recherche récente pour réfléchir au fait que le RIC est sans doute une fausse bonne idée et qu’il serait préférable de favoriser la démocratie participative plutôt que la démocratie directe. Encore faudrait-il toutefois que cette démocratie participative parvienne à exister davantage –ce qui pose la question beaucoup trop occultée du fonctionnement politique au niveau local, et non pas simplement national.

Sondages nationaux et débats locaux

À l’occasion d’une enquête sur la vidéosurveillance dévoilée en 2018, nous avons notamment examiné les mécanismes de la prise de décision conduisant les responsables politiques, à l'échelle nationale comme locale, à investir l’argent public dans cette nouvelle technologie. Et nous avons pu faire une série de constats pouvant contribuer à la réflexion sur le fonctionnement de la démocratie et sur les moyens de l’améliorer.

Les élues et élus ne décident pas fondamentalement d’investir l’argent public dans ce type de technologie en fonction de leur efficacité déjà éprouvée, et donc à nouveau espérée –il est au contraire démontré dans l’enquête que cela ne sert presque pas à améliorer la sécurité quotidienne de la population. Ce sont d’autres raisons qui les motivent.

Sauf exceptions, les citoyennes et citoyens ne sont jamais consultés avant ces prises de décision. Au niveau national, les responsables se contentent de profiter de sondages simplistes («Êtes-vous pour ou contre ceci ou cela?») pour prétendre que «la population française le souhaite». Et au niveau local, on préfère se fier aux courriers de plainte reçus en mairie et aux discussions intervenues au fil de déplacements et réunions quotidiennes. Les maires ont ainsi le sentiment de «prendre le pouls» de leur commune, en côtoyant pourtant qu’une toute petite partie de la population.

Les recherches scientifiques ont montré de longue date que ces sondages nationaux expriment des opinions simplistes (puisque binaires), généralement désincarnées, plutôt conformistes et souvent politisées (les gens qui se sentent plutôt de droite répondent plutôt ça, ceux qui se sentent plutôt de gauche répondent ça, etc.).

Lorsque l’on réalise des enquêtes avec la technique des sondages mais au niveau local, en incarnant les problèmes et en impliquant les personnes, en proposant des questions réflexives et en offrant la possibilité de réponses multiples, les résultats peuvent être très différents de ceux des sondages, voire contradictoires. Nous l’avons montré dans cette enquête sur la vidéosurveillance et, plus globalement, dans une série d’enquêtes locales sur les politiques de sécurité et de prévention menées ces dernières années dans le département des Bouches-du-Rhône.

Dans au moins deux communes françaises, Nérac (Lot-et-Garonne) en 2011 et Aigues-Vives (Gard) en 2018, les responsables politiques ont –pour des raisons diverses– organisé un débat citoyen avant de prendre une décision, en donnant à la population des éléments d’information techniques et budgétaires, en tenant des réunions publiques et en organisant finalement un référendum local sans valeur juridique. Dans les deux cas, une large majorité s’est prononcée contre, non pas par principe, mais au terme d’un arbitrage –en estimant notamment qu’il y avait des dépenses plus importantes à faire dans la commune. Le résultat d’un forum local peut ainsi être contraire aux déductions trop rapidement faites à partir des sondages nationaux.

Caricature de démocratie

Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour constater que la démocratie représentative est en crise dans les démocraties occidentales. Mais ce n’est pas une raison pour en conclure que la bonne alternative est le modèle opposé de la démocratie directe, dans lequel l'ensemble des citoyennes et citoyens décident potentiellement par vote, le font sur tous les sujets et peuvent en fin de compte se passer d'élire des personnes pour les représenter. Il existe en quelque sorte une voie du milieu: c’est la démocratie participative.

Cette dernière est préférable car au niveau national, le fonctionnement par référendum a toutes les chances de renforcer ce que l’étude des sondages d’opinion a déjà montré: le poids des arguments idéologiques, la constitution d’opinions binaires, voire manichéennes, interdisant de penser la diversité et la complexité des choses, l’exacerbation des imaginaires, des peurs et des émotions, le manque d’informations, voire la sensibilité à la désinformation –toutes choses qui risqueraient fort d’écraser tout véritable débat sur leur passage.

 

L’expérience montre que ce pseudo-débat sur internet et les réseaux sociaux participe trop souvent à une brutalisation des relations sociales.

Ce serait alors une caricature de démocratie, le règne des émotions et de la politique par slogans, et finalement un boulevard pour les populismes en tous genres. Ce serait de surcroît un type de fonctionnement ne suscitant aucun débat réel entre les gens qui vivent ensemble. En tiendrait lieu une sorte de forum sur internet, sur les réseaux sociaux et autres sites dits «participatifs», où pullulent déjà les propagandistes et les trolls.

Nous avons désormais une bonne douzaine d’années de recul sur tout ceci, et l’expérience montre que ce pseudo-débat sur internet et les réseaux sociaux participe trop souvent à une dégradation de la qualité des discussions et finalement à une brutalisation des relations sociales.

Au niveau local, le référendum apparaît en revanche comme l’issue logique d’un débat au cours duquel des personnes qui vivent ensemble dans un espace donné –la commune– ont réellement discuté, confronté leurs avis et recherché ensemble une solution à des problèmes qui touchent leur vie quotidienne. Il constitue l'un des leviers d’une démocratie participative qui présenterait les énormes avantages d’incarner les problèmes et d’impliquer réellement la population, en l'amenant à davantage se parler, à admettre plus facilement la diversité des points de vue et à rechercher plus naturellement des compromis.

Autrement dit, si le référendum risque de bipolariser encore plus les opinions et de conflictualiser encore plus les relations sociales, son organisation au niveau local peut s’articuler avec une mise en discussion collective incarnée –on ne s’adresse pas à un personnage inconnu voire anonyme sur internet, on parle avec son voisin dans la «vraie vie»– tendant au contraire à les pacifier.

Si la démocratie n’est pas que le choix d’une forme de gouvernement non autoritaire, mais aussi un projet de «faire société», alors il est clair que dans un pays de plus de soixante-sept millions d’âmes comme la France, le référendum local peut en ce début de XXIe siècle y correspondre. En pratique, il se heurte toutefois à tout un système de gouvernement qui brille par son immobilisme, malgré une façade de constante «modernisation».


Lire la suite : Le RIC ne sauvera pas notre démocratie, la participation locale si


Articles en Relation

Le RIC, un attrape-gogo pour peuple en manque de repères ? Le RIC, c'est la mise au pas de la démocratie. Le RIC, c'est le détricotage des libertés individuelles pour l'instauration d'une dictature de l'opin...
En Irlande, «celles qui n’ont pas d’argent ont des bébés» Avaler deux plaques de pilules contraceptives en une fois. Boire une bouteille de gin dans une baignoire d’eau chaude. Claquer la porte de sa chambr...
L’école malade de ses réformes L’absence de continuité des politiques scolaires handicape notre système, fatigue les profs et désoriente les familles. Si l’actualité de l’éducati...
Trump gère l'économie américaine comme si elle était en crise, et ça pourrait bi... En apparence, l'économie américaine est en pleine forme. Beaucoup d'économistes craignent pourtant un fort ralentissement à venir, voire une récessi...
Pour aimer les maths, lâchez vos calculettes et sortez vos aiguilles à tricoter On associe trop souvent les mathématiques au calcul, alors que leurs vrais enjeux, pensée critique et résolution des problèmes, peuvent être accessi...
Les photos satellite, un moyen efficace de révéler les pays qui gonflent leur PI... Le produit intérieur brut (PIB) est l’indicateur le plus utilisé pour mesurer la production économique d’un pays. Comme l’explique Quartz, un PIB él...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA