Le rap français, vivier du cinéma hexagonal

Musique

Leurs qualités d'interprétation leur assurent une place de choix sur grand écran. Ces artistes n'en délaissent-ils pas la musique?

«Je voulais faire un film, je l'ai fait. Je n'ai pas attendu Canal, je n'ai pas attendu le CNC.» Scandées par Kery James dans son morceau «À qui la faute», les paroles de ce grand nom du rap français, devenu aussi comédien et réalisateur, font écho à la vie de Moussa Mansaly.

Sous le nom de Sam's, le Bordelais rappe depuis l'adolescence. Mais pas que: il s'épanouit aussi devant la caméra depuis plus de dix ans. Une carrière d'acteur commencée seul, ou presque. «En 2006, le collectif En attendant demain tournait des courts-métrages qui racontaient la vie de cité avec autodérision. Je faisais partie des acteurs. On diffusait les productions sur Dailymotion à l'époque», se souvient le rappeur, en plein tournage de la série Validé de Franck Gastambide (sortie prévue en 2020). Un film suivra deux ans plus tard, financé par... Canal+.

Une double carrière s'offre à cet autodidacte assumé, qui n'a pas pris un seul cours de comédie. «Mon expérience musicale m'aide beaucoup. J'ai fait des concerts devant des milliers de personnes, des dizaines de clips. Je ne suis pas forcément impressionné par la caméra et l'équipe de tournage», reconnaît le trentenaire, qui campera un surveillant de collège dans La Vie scolaire, le deuxième film de Mehdi Idir et Grand Corps Malade (sortie le 28 août).

Un constat partagé mais nuancé par l'animateur radio Frederic Bis dit «Driver»: «Le charisme que montrent certains rappeurs dans les clips peut attirer les réalisateurs, mais tous n'ont pas cette qualité innée de savoir jouer. Même si tout le monde me répétait que je devais me lancer dans le ciné, j'ai fait des stages pour acquérir les bases», explique celui qui est également l'auteur de plus d'une dizaine de projets musicaux.

Il s'aventure dans l'industrie cinématographique il y a une dizaine d'années, sans «savoir à quelle porte il fallait taper». «Une fille m'a contacté sur MySpace, je ne la connaissais pas. Elle m'a donné le numéro d'un agent, qui m'a fait réviser des textes et passer une audition devant lui. Ça a commencé comme ça», se remémore-t-il. Il parvient notamment à décrocher un rôle aux côtés de Sara Forestier ou Roschdy Zem dans Une nuit (2012), tout en continuant la musique en parallèle.

«On me proposait le rôle du Noir»

Nekfeu, Sofiane, Kaaris, Kool Shen, etc. La liste des rappeurs français au cinéma s'allonge à mesure que les années passent. Il n'est plus rare de voir des noms de MC en haut de l'affiche aux côtés de pointures comme Catherine Deneuve, Gérard Depardieu ou encore Isabelle Huppert.

«Avec des années de retard, on suit la logique des États-Unis, analyse Yérim Sar, journaliste au Mouv' et pour Premiere. Le rap français devient de plus en plus accepté en tant que partie intégrante de la pop culture. Les équipes de tournage sont plus jeunes, les réalisateurs aussi. Ils écoutent du rap, connaissent le travail de certains artistes. Les productions n'hésitent plus à tenter le coup.»

Driver, auteur et interprète du tube «Aïe Aïe Aïe», raconte une anecdote pour illustrer le décalage de générations entre les professionnel·les du cinéma et les rappeurs à l'époque. «Je me souviens être allé au casting du film Yamakasi. La directrice de casting m'a dit: “Quand j'ai dit à mes enfants que j'allais vous voir, ils sont devenus fous.” Elle ne savait pas qui j'étais, mais ces enfants me connaissaient et me voulaient dans le film. Entre-temps, le scénario a évolué et je n'ai pas pu y jouer.»

Vingt ans plus tard, le rap est devenu la musique la plus écoutée de France. Selon le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep), onze albums parmi le top 20 des ventes se classent dans la catégorie rap et R'n'B sur le premier semestre de l'année 2019. Avoir un rappeur au casting peut aussi représenter une opportunité économique pour les productions, en tentant d'attirer le public de l'artiste dans les salles....

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