Le futur commissaire européen à la justice visé par des accusations de blanchiment et corruption

Politique

Le ministre belge Didier Reynders est l’objet d’une enquête du parquet de Bruxelles. Les eurodéputés doivent l’auditionner prochainement.

C’est peut-être un pétard mouillé, mais l’affaire tombe au plus mal pour le Belge Didier Reynders, pressenti pour devenir commissaire européen… à la justice. Celui qui est aussi l’actuel vice-premier ministre belge, ministre des affaires étrangères et de la défense est visé, à Bruxelles, par une enquête préliminaire dans une affaire de blanchiment et de corruption présumés.

Le parquet se veut très discret mais a confirmé l’information divulguée, samedi 14 septembre, par le quotidien économique De Tijd, qui indiquait qu’une enquête avait été commencée il y a plusieurs mois et suivait son cours. En fonction des résultats qu’elle produira, le dossier sera transmis, ou non, au parquet général de Bruxelles, compétent pour décider des suites à réserver à un dossier concernant un ministre en exercice.

Les investigations actuelles du parquet s’appuient sur les déclarations d’un ancien agent du service économique de la Sûreté de l’Etat, le service de renseignement belge, et sur cinq rapports confidentiels rédigés au fil de sa carrière et stockés dans la base de données de la sûreté. Cette dernière n’aurait, selon De Tijd, pas transmis ces notes à la justice quand elles furent rédigées, entre 2009 et 2011.

Pots-de-vin, prix surfaits et transactions douteuses

Le fonctionnaire, qui a quitté son poste en mars 2018, a livré, il y a quatre mois, un témoignage à la police judiciaire. Il évoquait des marchés publics faussés, le versement de pots-de-vin, la vente d’œuvres d’art ou d’antiquités à des prix surfaits, des transactions immobilières douteuses, du blanchiment d’argent au travers de sociétés-écrans. Diverses « astuces » pour échapper aux contrôles, mais aussi le nom de personnes impliquées. Parmi celles-ci, un proche conseiller – on ignore, à ce stade, son identité – de M. Reynders, un haut fonctionnaire, des marchands d’armes, un candidat à l’élection présidentielle congolaise, un antiquaire de renom ou encore un Néerlandais qui aurait organisé des transferts d’argent vers des sociétés offshore. Le témoin parlait encore du versement de pots-de-vin pour la construction d’une nouvelle ambassade belge à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, ancienne colonie belge.

Les enquêteurs vérifient, dans ce cadre, quelle fut la raison précise du rappel de l’ambassadeur belge au Congo, en 2018. L’administration avait évoqué une « rupture de confiance » entre le diplomate et le ministre Reynders en raison de divergences quant à l’attitude à adopter face au régime du président Joseph Kabila, auteur d’une violente répression de manifestations. Les policiers belges doivent aussi creuser les détails des notes établies par l’agent de la sûreté, qui impliquent de nombreuses personnes mais n’ont pas valeur de preuves.


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