La «mèche lente» du terrorisme va-t-elle faire exploser la présidentielle?

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Récemment, un professeur d'histoire de Princeton, David A. Bell, citait une remarque que lui avait adressée un ami français:«Daech n’a pas encore voté à l’élection.» À 24 heures de la clôture de la campagne officielle, ce que beaucoup craignaient s'est produit: le terrorisme a fait irruption dans la dernière ligne droite de la présidentielle avec l'assassinat d'un policier sur les Champs-Élysées par un homme qui, avant d'être abattu par la police, a grièvement blessé deux autres policiers et, plus légèrement, une touriste. Une attaque revendiquée de manière éclair par l'organisation État islamique, tandis que François Hollande s'est dit «convaincu» qu'elle était «d'ordre terroriste» et que des sources proches de l'enquête ont affirmé à l'AFP que le suspect, un Français de 39 ans, faisait déjà l'objet d'une enquête antiterroriste.

Cette attaque survient alors qu'un quart à un tiers des électeurs, selon les estimations des différents instituts de sondages, sont incertains de leur choix de dimanche, et que le terrorisme, et la sécurité en général, font partie des sujets essentiels de la campagne (même s'ils cédaient jusqu'ici la première place à l'emploi). Et elle arrive dans une France qui a en mémoire, dans des années où elle n'avait pas encore à vivre au quotidien avec le terrorisme, la série d'événements sanglants qui avait scandé la marche vers le 21 avril 2002 (tuerie de Nanterre, attaque du commissariat de Vannes à la kalachnikov, agression du retraité Paul Voise...). L'épaisseur de la menace terroriste dans cette dernière ligne droite est par exemple attestée par l'intéressant article qu'y consacrait, il y a quelques jours, le juriste Cédric Mas sous cette question que toute la France va se poser pendant quarante-huit heures: «Un attentat terroriste peut-il changer le résultat d'une élection?»

«Attribuer une plus grande importance aux événements politiques proches»

Premier constat: il pourrait pousser certains électeurs, a minima, à se déplacer jusqu'à leur bureau de vote. Dans une étude menée en 2013, trois chercheurs américains en science politique, Joseph Robbins, Lance Hunter et Gregg R. Murray, voyaient «les attaques terroristes comme des événements politiques nouveaux et menaçants qui provoquent une anxiété dans l'électorat qui, en retour, amène les individus à examiner leur environnement politique de plus près et à attribuer une plus grande importance aux événements politiques proches».

Selon leur étude, menée sur 50 pays et plus de 350 scrutins, le terrorisme pousse la participation à la hausse d'une poignée de points car, quand «les citoyens se sentent de plus en plus menacés par leur environnement [...], ils deviennent plus enclins à participer au processus politique afin de s'assurer que leur voix sera entendue». Une conclusion qu'un des auteurs résumait d'une formule optimiste, deux jours après les attentats commis en région parisienne le 13 novembre 2015: «Les terroristes l'emportent-ils? Si la réponse se mesure à leur capacité à décourager le vote dans les démocraties, la réponse est clairement “non”.»


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