Johnny Marr, le guitariste imité mais jamais égalé

Musique

Il a façonné le son des Smiths et celui d'une époque: l'Angleterre post-industrielle du milieu des années 1980. Ce «guitare anti-héros» est programmé à Rock en Seine le vendredi 23 août.

«Johnny Marr est un dieu.» Cette phrase extraite d'une interview donnée en l'an 2000 par Ed O'Brien, guitariste de Radiohead, au magazine Total Guitar, aurait pu être prononcée par à peu près n'importe quel·le musicien·ne indé britannique. Et pour cause, Marr, né Johnny Martin Maher en 1963 à Manchester est considéré comme un trésor national.

O'Brien s'explique: «En réécoutant récemment mes albums des Smiths, je me suis rendu compte qu'il est d'entre tous les guitaristes le moins égocentrique. [...] La première fois que j'ai entendu les Smiths, les guitares m'ont soufflé: tout ce qu'il jouait était si beau, si discret et techniquement incroyable. Il n'a jamais fait de solo et j'adore ça [...]. J'aime aussi son jeu très texturé. Inconsciemment, j'ai toujours imité Johnny Marr sans jamais m'approcher de son niveau. Il est le Parrain. Il a influencé toute ma génération», peut-on lire (en anglais dans le texte) sur le site radiohead.fr.

Au moment de la formation des Smiths (1982-1987), en pleine vague post-punk<, exit les solistes virtuoses Jimmy Page (Led Zeppelin), Eric Clapton ou Jeff Beck. Welcome les artisans sonores plus humbles au service des chansons: Will Sergeant (Echo and the Bunnymen), Peter Buck (R.E.M.) ou Johnny Marr. Les deux derniers incarnent la jangle pop, sous-genre de l'indie rock dans lequel la distorsion et les riffs gonflés de testostérone sont remplacés par des arpèges carillonnants, ouverts et rapides empruntés aux Byrds, sur des lignes mélodiques donnant l'impression –parfois pénible– de changer de direction tous les trois accords.

Cinq années fulgurantes passées en tant que guitariste, compositeur et arrangeur des Smiths, aux côtés du chanteur décomplexé Morrissey, quatre albums et des caisses de singles auraient pu suffir à forger sa légende. En 1982, cet autodidacte obsédé par la guitare bien avant d'en posséder une est âgé d'à peine 19 ans. Pourtant, il a déjà assimilé une somme impressionnante d'influences listées dans un épisode de l'émission Very Good Trip diffusé sur France Inter en 2018: le versant mélodieux du Velvet Underground; le surf rock américain; le disco-funk de Chic; le highlife, courant musical apparu dans les années 1900 à Accra (actuel Ghana); les techniques de John McGeoch le Jimmy Page de la new wave») pour faire sonner la six cordes comme un autre instrument; les accordages ouverts du prince écossais du folk Bert Jansch, etc.

Au service des autres

Marr impose son style tout en richesse mélodique et rythmique. D'Oasis à Coldplay, de Jeff Buckley à Radiohead, des Strokes aux Babyshambles en passant par Artic Monkeys, nombre de poids lourds des années 1990 et 2000 s'en réclameront. Le Mancunien leur rendra souvent la pareille, s'affichant sur scène avec Oasis ou The Last Shadow Puppets pour reprendre ses propres morceaux ou ceux des autres.

Le 16 juillet 2016, à Londres, avec ces derniers il ouvre leur concert sur une reprise du dernier single des Smiths sorti en 1987, «The Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me».

Se mettre au service de ses pairs, le musicien en a l'habitude. Après la séparation douloureuse des Smiths, en 1987, Morrissey se lance dans une carrière solo remarquée. Orphelin, son complice guitariste restera une quinzaine d'années dans le creux de la vague, jusqu'à la parution en 2003 d'un premier album sous le nom de Johnny Marr and The Healers.

Longtemps incapable d'incarner le rôle de leader, il reste pourtant créatif, multipliant les collaborations, avec The The et les Pretenders puis formant le duo Electronic avec le claviériste de New Order Bernard Sumner. On apercevra aussi sa coiffure à la Paul Weller chez Talking Heads, Pet Shop Boys, Jane Birkin, Modest Mouse, John Frusciante, etc. La cinquantaine entamée, Marr assume (enfin) ses talents de chanteur. À partir de 2014, il publie trois albums solos dont le dernier, Call the Comet, l'an passé, reste le plus convainquant malgré des chansons pas toujours mémorables.

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