Génération lesbienne : de la camionneuse à la gouine star

Depuis quelques années, les lesbiennes s'affichent, l'assument et changent d'image : une visibilité qui n'en est qu'à ses débuts…

« La visibilité lesbienne n'est pas totalement réalisée, mais il y a quand même eu beaucoup d'avancées », comme l'admet Jocelyne Fildard, 62 ans, membre de la Coordination des lesbiennes de France. Les luttes sociales antérieures ont permis à la nouvelle génération de sortir du placard avec plus de facilité :

« A mon époque, lorsque Martina Navratilova affirmait son homosexualité, évidemment que ça faisait du bien  ! Si ces personnalités permettent de s'identifier et d'oser vivre au grand jour, on ne va pas s'en plaindre. »

Ces dernières années -signe d'une évolution des mentalités- de plus en plus de films mettant en scène des personnages lesbiens non caricaturaux (« Imagine Me & You », « Tipping The Velvet », « D.E.B.S. »), voire même des personnages principaux de séries télé (« The L Word », « South of Nowhere », « Sugar Rush »), ont permis de diversifier les références.

La lesbienne n'est plus seulement la camionneuse de service. Tour à tour terriblement sexy ou garçon manqué, timide ou provocante, elle est devenue multiple. L'image véhiculée des lesbiennes s'est donc transformée. Il y a encore vingt ou trente ans, les seules lesbiennes visibles étaient masculines. Aujourd'hui, c'est le couple de femmes féminines qui est très représenté. Mais le fait que la lesbienne ne soit plus uniquement perçue comme masculine annonce-t-il vraiment la fin d'un tabou ?

Selon Wendy Delorme, écrivaine, performeuse burlesque et actrice queer, rares sont les filles publiquement « out » qui dérogent aux règles du genre féminin :

« Les lesbiennes sont médiatisées si elles sont féminines, ou si elles sont mères. Lesbienne bandante aux yeux des mecs ou figure maternelle, on a le droit à la médiatisation, on ne fait pas peur puisqu'on correspond encore aux archétypes rassurants de la mère et de la putain. Lesbienne masculine ou gouine radicale, on est souvent en disgrâce de notoriété. Le jour où non seulement les lesbiennes s'afficheront sans peur et sans honte, mais où le fait d'être une femme masculine ou une personne transgenre sera aussi accepté, on pourra peut-être crier hourra  ! »

La nouvelle génération semble en effet vouloir récupérer certains codes de la féminité jusqu'à présent très stigmatisés dans les groupes lesbiens  : cheveux longs, talons, rouge à lèvres… « Le collage aux codes de la féminité hétéro n'est pas ce qu'il y a de plus porteur en termes de changement social », souligne Natacha Chetcuti, sociologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et coauteure de « Lesbianisme et féminisme : histoires politiques ». Mais tout dépend de ce que l'on attend : une annulation des catégorisations de genres ou une réintégration de la lesbienne à la catégorie « femme »  ?

Une nouvelle façon d'être « out »

Aujourd'hui, et c'est valable pour toutes les luttes sociales, nous ne sommes plus dans une période de militantisme fort. Le marxisme et le lesbianisme politiques ont marqué les esprits dans les années 1970-1980. Les mouvements se définissaient à partir d'une contestation de la marge. Contestation qui s'est affaiblie dans les années 1990. Les mouvements sont devenus plus pragmatiques depuis les années 2000. Plus séducteurs aussi....

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