Facebook: moins de nouvelles, bonne nouvelle

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Facebook fait machine arrière dans le domaine de l’actu. Enfin!

Depuis cinq ans, Facebook redéfinit les infos, la façon dont elles sont racontées, leur format, leur mode de distribution et la manière de les lire ou de les regarder. Cela a suscité une défiance du public à l’égard des médias, ravivé les divisions politiques et alimenté les dysfonctionnements dans les sociétés démocratiques –tout en permettant à Facebook de s’enrichir.

Facebook souhaite aujourd’hui faire machine arrière et s’exonérer de toute responsabilité. Cette semaine, le réseau social a annoncé une série de changements portant sur son système de classement des actualités.

Moins de faits d'actualité couverts et lus

Le nouveau système fera primer les publications des amis et des membres de la famille sur celles des médias et des entreprises, et donnera plus de visibilité aux publications provoquant beaucoup de réactions qu’à celles que les utilisateurs se contentent de lire, regarder ou liker.

 

Cela signifie que les entreprises médiatiques qui ont passé les cinq dernières années à se réinventer dans le but d’atteindre leur audience sur Facebook vont bientôt tomber de haut.

Les lecteurs vont déserter. Des journalistes vont perdre leur emploi. Des organes de presse vont devoir fusionner ou mettre la clé sous la porte. Moins de faits d’actualité seront couverts et moins seront lus, au moins à court terme, voire à moyen terme.

Ce changement de modèle semble totalement irresponsable de la part de Facebook et, d’une certaine manière, il l’est. Se renouveler est cependant la bonne chose à faire pour le réseau social, même si cela implique de mettre en danger son propre business model –pour des raisons en partie motivées par l’intérêt public et la défense de la démocratie, mais plus encore par l’effet démoralisant du fil d’actualité actuel sur ses utilisateurs.

Un électrochoc dont ont besoin les médias

On pourrait également penser que le fait que Facebook change encore la donne pour les entreprises de médias qui dépendent du réseau social est une catastrophe pour le journalisme et le débat démocratique. Mais ce n’est pas le cas: c’est même précisément l’électrochoc dont ont besoin les médias pour se remettre au service de leurs lecteurs et cesser de leur lécher les bottes.

Facebook a considérablement modifié la façon de travailler des médias. Par le passé, les organes de presse écrivaient pour un lectorat relativement stable et loyal. Leur objectif était d’inspirer confiance à leurs lecteurs et de leur proposer un contenu qu’ils pensaient intéressant et utile. Ce modèle a commencé à s’étioler lorsque les médias sont arrivés sur internet, et pas seulement du fait de Facebook –qui porte néanmoins sa part de responsabilité.

Tout d’abord, en encourageant l’audience à accéder à toutes les sources d’information à un seul endroit, le réseau social a mis tous les éditeurs sur un pied d’égalité. Si cela a permis à de nouvelles formes de médias de se développer, comme les listicles de BuzzFeed, c’est aussi ce qui a effacé la frontière entre les sources fiables et les sources bidons, frontière qui était pourtant au fondement du journalisme.

Ensuite, alors que les rédacteurs en chef étaient formés pour sélectionner et mettre en avant les actualités en fonction de leur pertinence, l’algorithme de Facebook accorde la priorité aux clics, vues, likes et partages. Les informations sont devenues des objets de viralité, si bien que, pour survivre, les rédacteurs en chef ont été obligés de produire du contenu suscitant des réactions primaires chez les lecteurs.

Ainsi, les titres et articles provoquant instantanément indignation, rire ou solidarité s’en sont mieux sortis que ceux qui avaient pour seul objectif d’informer ou de donner à réfléchir. En résumé, l’algorithme favorise le sensationnalisme, le tribalisme et le soutien partisan....

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