Face aux États-Unis, Pékin sort l'artillerie lourde

Sociétés

La Chine s'en prend à Taïwan pour faire pression sur les États-Unis avant les négociations commerciales du mois de mars.

En renforçant ses objectifs de type militaire, la Chine est en train de changer de comportement sur la scène internationale. Depuis un peu plus de vingt ans, elle a développé sa force économique sans le proclamer trop fort. Ses dirigeants estimaient que le mieux était de rester discret tout en multipliant les exportations et en installant des implantations chinoises sur tous les continents. Le but principal était de faire sortir la Chine de sa position de pays sous-développé. Et de prendre ainsi une revanche sur l’Histoire.

Au XIXe siècle, l’économie de l’empire chinois finissant a été largement devancée par les pays occidentaux. Et les désordres asiatiques du XXe siècle n’ont rien arrangé. À partir des années 1980 et sous la direction du leader Deng Xiaoping, le régime communiste chinois a décidé de lancer le pays dans un vaste effort de développement. Cette stratégie a clairement réussi: en 2011, la Chine est devenue la deuxième économie au monde. Depuis, dépasser le PNB des États-Unis et prendre ainsi la première place est un objectif que la Chine pense pouvoir atteindre d'ici à 2020 ou 2030. L’idée est qu’au moment du centième anniversaire de la République populaire de Chine, en 2049, le pays soit fermement installé en leader de l’économie mondiale.

Réunion à huis clos

Mais depuis un peu moins d’un an, cette stratégie d’avancée économique chinoise commence à rencontrer un obstacle de taille venu des États-Unis. À sa manière –qui n’est pas des plus nuancées– Donald Trump considère que la montée en puissance chinoise est contraire aux intérêts américains et il a donc décidé de la freiner. En commençant par le plan commercial. Et tout en dénonçant un vol de la propriété intellectuelle par la Chine. L’administration américaine a procédé par phases successives tout au long de 2018 à une augmentation considérable –de l’ordre de 200 millions de dollars– des taxes sur les importations de produits chinois aux États-Unis. La Chine a répliqué systématiquement en taxant les produits américains. Mais ces derniers sont loin d’avoir l’ampleur de ce que la Chine exporte vers les États-Unis. Si bien que les taxes chinoises sur les produits américains pèsent moins lourd que celles des USA sur l’économie chinoise.

Xi Jinping, président de la république populaire de Chine et secrétaire général du Parti communiste chinois | U.S. Department of States via Wikimedia CC

Dès lors il y a certainement eu à Pékin, après l’été, une de ces réunions à huis clos où les deux cents membres du Comité central du parti communiste se retrouvent. Avec comme ordre du jour de fixer les positions chinoises de réplique à l’attitude à la fois protectionniste et offensive des États-Unis. Il est probable que l’objet des discussions était de mettre en place une attitude qui amène à ce que la Chine soit respectée dans le monde. Depuis début janvier, les décisions prises lors de cette réunion commencent à apparaître.

Taïwan dans la ligne de mire

Cela concerne en premier lieu l’île de Taïwan. Un sujet sur lequel les dirigeants chinois ont visiblement décidé de se montrer beaucoup plus agressifs. En 1949, lors de la victoire des communistes sur le continent chinois, Tchang Kaï-chek et une partie des membres de son parti, le Kuomintang, se sont réfugiés à Taïwan. Dans les années 1990, l’économie Taïwanaise était particulièrement dynamique et les «Chinois d’outre-mer» qui la dirigeaient étaient ouvertement admirés à Pékin. À cette époque, nombre d’industriels Taïwanais ont d’ailleurs commencé à faire fabriquer en Chine populaire les produits dont leurs usines avaient besoin. Par ailleurs, aujourd’hui encore, 41% des exportations de Taïwan partent vers la Chine de Pékin. Et, de 2008 à 2016, le Kuomintang au pouvoir à Taipei a effectué un rapprochement politique et économique avec le pouvoir communiste de Pékin.

Mais la situation a évolué. La Chine populaire est désormais économiquement beaucoup plus puissante, tandis que Taïwan est devenu une authentique démocratie. Nombre de ses habitants et habitantes ont commencé à s’interroger sur l’utilité d’approfondir les contacts avec la Chine populaire. Si bien qu’en 2016, un parti indépendantiste, le Parti démocrate progressiste, a remporté les élections et sa dirigeante, Tsai Ing-Wen, a été élue présidente de la République.

Faire d'une pierre deux coups avec la réunification

En novembre, ce parti indépendantiste a obtenu de mauvais résultats lors d’élections locales, principalement en raison des difficultés économiques que connaît l’île. L’élément qui reste cependant stable pour Taïwan est le soutien des États-Unis. Ces derniers ont certes établi des relations diplomatiques avec Pékin en 1979 mais n’ont jamais cessé d’être liés à Taïwan par un traité de sûreté nationale qui se concrétise notamment par la fourniture régulière d’armements américains.

Or, dans un discours au Palais du Peuple de Pékin, le 2 janvier, date anniversaire des quarante ans du dégel des relations entre la Chine populaire et Taïwan, Xi Jinping a fait savoir que Pékin n’admettait plus la situation de l’île nationaliste. «La Chine doit être réunifiée et elle le sera», a lancé le président de la République populaire de Chine et secrétaire général du Parti communiste. Et il précise: «Nous ne promettons pas de renoncer au recours à la force et nous nous réservons le droit de prendre toutes les mesures nécessaires.»

«S'écarter du principe de la Chine unique conduirait à la tension et au chaos et nuirait aux intérêts vitaux des compatriotes de Taïwan.»

Xi Jinping, président de la République populaire de Chine

Xi Jinping explique qu’un dialogue pourrait être mis en place afin de créer un consensus sur une réunification de Taïwan et de la Chine. Mais il demande que Taïwan commence par reconnaître le principe que la Chine est unique. «L’indépendance de Taïwan ne pourra conduire qu’à une impasse», insiste-t-il. «S'écarter du principe de la Chine unique conduirait à la tension et au chaos et nuirait aux intérêts vitaux des compatriotes de Taïwan.»

À ce discours, la présidente Tsai Ing-wen a répondu que Taïwan refuse un accord sur la base «un pays, deux systèmes», comme celui qui existe entre Hong Kong et la Chine où une période de transition de cinquante ans a été établie après laquelle le territoire doit être rétrocédé à la Chine. «Le peuple taïwanais chérit les valeurs démocratiques, c’est son mode de vie», a tenu à préciser le ministre des Affaires étrangères de Taïwan. «Si le gouvernement chinois ne traite pas son peuple avec bienveillance, ne peut garantir les droits de l’homme et s’il ne laisse pas son peuple voter… alors les Taïwanais verront avec suspicion les intentions de la Chine.»

Mais les mises en garde de Xi Jinping s’adressent bien entendu aussi aux principaux alliés de Taïwan: les États-Unis. Compliquer la position de Donald Trump fait à l’évidence partie des intentions de Xi Jinping. Le message sous-entendu étant que si l’Amérique continue de vouloir limiter les possibilités commerciales chinoises, la Chine pourrait s’en prendre à Taïwan.


Lire la suite : Face aux États-Unis, Pékin sort l'artillerie lourde


Articles en Relation

Trump gère l'économie américaine comme si elle était en crise, et ça pourrait bi... En apparence, l'économie américaine est en pleine forme. Beaucoup d'économistes craignent pourtant un fort ralentissement à venir, voire une récessi...
Dans l'Indiana, une simulation de fusillade se finit par de fausses exécutions d... Des enseignants américains dénoncent la violence des exercices de préparation aux fusillades scolaires. Lors d'une audience à l'assemblée de l'État...
L'Amérique transforme ses écoles en citadelles Aux États-Unis, face à la multiplication des fusillades et à l'inaction politique, les responsables scolaires ont recours à des équipements militair...
BuzzFeed, la fin de l'innocence La charrette chez BuzzFeed a été douloureuse pour son personnel, et fatale pour sa mythologie d'entreprise. C'est un phénomène que connaissent les ...
Le rapport Mueller confirme que la porte-parole de Trump est une menteuse Sarah Sanders a avoué avoir inventé de fausses informations sur le limogeage de l'ancien directeur du FBI, James Comey. Après la publication de la ...
Docteur américain échange opioïdes contre argent ou rapport sexuel Aux États-Unis, plus de soixante professionnel·les de la santé ont été arrêté·es pour prescription illégale d'antidouleurs. Alors que les États-Uni...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA