Deux romans tape-à-l'œil ou la pornographie du style

Erotique

Onanisme intellectuel. | Malvestida Magazine via Unsplash

RENTRÉE LITTÉRAIRE – «Une bête au Paradis» de Cécile Coulon et «Onanisme» de Justine Bo. Oh, comme c'est bien écrit! Ben, ouais, justement.

Selon Stendhal, le meilleur style est celui qui se fait oublier. Nombre d'exemples montrent qu'il avait tort. Heureusement, il se trouve quelques romans, éclaboussés d'effets lourdingues, pour donner de la crédibilité à la sentence du papa de la Chartreuse de Parme.

Cécile Coulon, «Une bête au Paradis»

«Blanche et Alexandre firent l'amour pour la première fois pendant qu'on saignait le cochon dans sa cour. Ils avaient fermé les fenêtres sans tirer les rideaux. En bas, la fête battait son plein. L'animal gueulait comme un supplicié...»

Volonté immédiate d'ancrer le récit dans une étrangeté gore, fluidité du propos pour l'accompagner: Une bête au Paradis conservera jusqu'au point final cet étrange équilibre d'une simplicité désarmante au service d'une réalité peu joyeuse et souvent rude. Il y sera question de morts, d'enfant battu, d'amours adolescentes, de la rude vie paysanne, de désillusions et de trahisons. Cécile Coulon conduit son récit avec une grande maîtrise et une manière de pudeur froide.

«Louis bascula en avant. Son nez était cassé, sa bouche fendue.

– Je ne sais pas où aller.

Émilienne ne dit rien. Elle lui remit violemment le nez en place, soigna les lèvres, et retira les vêtements du jeune homme, dont les jambes, le dos et le ventre étaient marqués de tâches violacées virant au jaune paille.

– Tu vas dormir dans la chambre des parents, souffla Emilienne. [...]

Pour lui, la chambre des disparus puait forcément la mort. Pourtant, lorsque Émilienne l'allongea, il lui sembla être arrivé au bout d'un long voyage. Dans la chambre des morts, sa vie recommencerait.»

À ce moment du chapitre, une hésitation arrête la lecture. Et si cette phrase aux allures d'oxymore n'en disait pas un peu trop? N'appuierait-elle pas visiblement vers la séduction ou, pis, l'effet? On s'habitue vite à cette épure des mots qui accompagne la violence avec détachement: «Puis vint l'égorgement du cochon, le pyjama du lapin, la vidange des poulets. Il agrippait les pis des vaches selon le rythme imposé par Émilienne, traire un animal revient à battre la mesure d'une chanson. Il fit naître deux veaux.»

ais ce scalpel tranche singulièrement avec quelques envolées naïves, pour ne pas dire niaises:

«Comme deux chevaux de labour, Blanche et sa grand-mère tiraient Gabriel, un garçon naïf, cassé par la mort de ses parents, à travers les plaines de son chagrin.»

«Louis travaillait à se détruire, couvert de cette odeur de chiure, de boue, de brûlure. Il se détruisait pour ne pas être détruit par Alexandre et Blanche.»

Et davantage encore lorsque, avec l'héroïne, Blanche, qui boulotte des araignées au grenier, le récit bascule dans l'étrangeté. Les effets alors se multiplient et perdent en vigueur ce qu'ils gagnent en visibilité («Personne ne sut que son sexe avait la même couleur que les branches de l'arbre dans la cour», «Ce visage n'en finissait pas d'agiter en elle des flammes vacillantes»). Bientôt, la phrase s'écoute parler, entre tournures légèrement durassiennes («Le plaisir l'immobilisait dans son lit empli de cette odeur de l'amour qu'on vient de faire») et bavardages complaisants («Le vert si dur, si beau de ce regard avalé par le temps se transformait en gris, un gris de terre, un gris de jument, un gris qui ternissait tout, amplifiait les petites peurs, les angoisses sans importance»).

S'y ajoutent des considérations sentencieuses autant qu'expéditives, ou décoratives, sur le désenchantement français qui hélas montrent combien Houellebecq irrigue –et irrigue mal– la littérature française.

«Déjà, ailleurs, on s'armait contre la concurrence, d'une cruauté sans pareille, moderne, dévorante, indifférente; la concurrence sonnait ses coches dans les campagnes, aux informations on évoquait la détresse des agriculteurs, on parlait des suicides, des impayés, de la solitude affreuse.»

Alors s'impose le constat d'un roman habile au lieu d'être singulier, roué plutôt que sincère.

Justine Bo, «Onanisme»

On est à Cerbère, frontière avec l'Espagne, il fait très chaud et l'héroïne d'Onanisme se masturbe. Soit, c'est un pitch comme un autre, dans un bunker, peu confortable, «la texture du ciment est grossière, elle pénètre le derme», où elle trouve un révolver (symbole 1). Elle se turlute ensuite près du cadavre de son père. «Il n'y avait encore que le salon pour se branler. Je guette, entre les assauts de mon sexe dans le néant, la respiration de Saïd qui ne reprendra pas. Le souffle vient, abyssal. Je me finis par terre. Les peaux s'évanouissent. Je me suis branlée et il n'a pas bougé.» La branlaison d'papa, ça n'se commande pas.

Précision: elle ne se lave plus depuis deux jours et «pue la mort». Je juge pas les fantasmes mais, entre les vieilles pisses du bunker et le cadavre en décomposition, elle jouit quand ça schlingue. Ou bien elle aurait le nez bouché, juste ça quoi, elle serait enrhumée. Genre Saturday night fervex.

Face à Ulysse, elle se «demande à quoi ressemble sa queue. Si elle est un peu sale, comme lui, et d'ailleurs ça ne me déplairait pas, qu'elle soit humide, collante, qu'elle me percute le cul à travers ses jeans et les miens, qu'il se frotte et que ça n'en finisse pas, que je le baise sur le tabouret dégueulasse...»

Soit. L'objet de ce livre est de nous convaincre que, oui, en fait, le sexe c'est sale...

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