Comment vivre mieux ensemble, longtemps et en bonne santé ? 

Sociétés

En partenariat avec Terra Nova et avec la contribution de la Chaire Transitions Démographiques, Transitions économiques, AG2R LA MONDIALE MATMUT a réuni, le 30 novembre 2018 au Collège des Bernardins, à Paris, de multiples acteurs du monde de la santé et de la protection sociale pour s’interroger sur les attentes de la société en matière de santé et sur les solutions nouvelles qui émergent sur le marché.

Nos besoins de santé évoluent en profondeur. Les Français n’aspirent plus seulement à éviter la maladie, mais à vivre mieux. Tous les âges sont concernés. Mieux respirer, mieux manger, mieux travailler, mieux vieillir: l’objectif est de rester en bonne santé le plus longtemps possible. Pour y parvenir, la médecine ne peut plus être le seul recours: tous les acteurs de la société doivent se mobiliser. La santé ne peut désormais se concevoir qu’en vivant mieux, ensemble, à tous les âges de la vie. Telle est l’idée générale qui s’est dégagée au cours du colloque organisé en novembre dernier au Collège des Bernardins sur le thème «Santé et protection sociale: nouvelles attentes, nouvelles frontières». 

Trois défis: travail, vieillissement, environnement

Comme l’a expliqué Thierry Pech, Directeur général du think tank Terra Nova, qui publiait une note le jour même sur l’évolution des besoins en santé dans les décennies qui viennent, la santé de demain appelle des réponses sur trois fronts principaux: la vie au travail, le vieillissement de la population, l’impact des mutations de l’environnement telles que la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique. 

Il est frappant de constater qu’en France la pollution atmosphérique tue aujourd’hui autant que l’alcool avec environ 48 000 décès en 2014. Et dans le monde, 1,4 million de décès seraient directement imputables aux problématiques d’environnement: réchauffement climatique, sécheresses, inondations, altération de la qualité de l’eau et de l’air, perturbateurs endocriniens… Il en résulte des déplacements de population, de nouvelles épidémies, le retour de maladies que l’on croyait disparues, de nouvelles maladies vectorielles, une désorganisation du système agricole et sanitaire et des problèmes de sécurité alimentaire. Nous ne sommes donc pas sortis de la lutte contre les problèmes d’hygiène et d’environnement qui ont marqué les siècles précédents.

Sur le front de la vie professionnelle, même constat: contrairement aux idées reçues, dans notre société tertiarisée et post-industrielle, le monde du travail n’est pas nécessairement plus doux. Pour preuve, la persistance des troubles musculo squelettiques et la montée en puissance des risques psychosociaux. Leur impact sur l’absentéisme a été souligné par Renaud Bouet, Directeur des ressources humaines de STEF Transport.

Troisième grand défi pour la santé: le vieillissement de la population. En France, les plus de 60 ans, qui représentent aujourd’hui un quart de la population, seront un tiers en 2050. L’espérance de vie va continuer à augmenter: elle pourrait passer de 79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes en 2017, à 86 et 91 ans en 2050.

D’où une question cruciale: l’évolution de la durée de vie en bonne santé. Une vie plus longue avec des incapacités durant plus longtemps n’est pas désirable pour les individus. En outre, elle accroîtrait le coût de la santé et le poids de la dépendance supporté par les familles. Pour Jean-Luc Novella, Président du Gérontopole de Reims, le rôle informel des aidants, aujourd’hui essentiel, devra être reconsidéré. En effet, ils seront demain relativement moins nombreux compte tenu de l’impact du baby-boom sur la pyramide des âges. En tout état de cause, le gériatre considère que la solution au vieillissement doit être bien plus large que celle que peuvent fournir les Ehpad (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). «Ce que demande la population âgée, c’est de vieillir et de vieillir sans être dépendant», note-t-il. Or, cette attente se trouve prise en défaut par le fait que «l’espérance de vie croît plus vite que l’espérance de vie sans incapacité». Les femmes vivent près de 20 ans avec une incapacité et les hommes 17 ans. Pour Jean-Luc Novella, cette situation s’explique par «un système de santé très curatif et très peu préventif».

L’indispensable développement de la prévention

La prévention est apparue, lors de ce colloque, comme l’une des réponses majeures aux attentes des Français qui souhaitent bien vieillir. «On sait que le trépied de la prévention» indique Jean-Luc Novella, «c’est un bon état nutritionnel, un niveau d’activité physique adapté et une socialisation suffisante». Ces trois conditions ne relèvent pas de la médecine à proprement parler. Il s’agit là d’un autre enseignement de ce colloque. La prise en charge de notre santé ne peut rester entre les seules mains des médecins, comme l’a expliqué Norbert Nabet, Directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) de Corse. Attendre que le curatif seul apporte les solutions serait une erreur qui aggraverait considérablement les difficultés auxquelles le système de santé est déjà confronté aujourd’hui. Certains médecins eux-mêmes en sont intimement persuadés.

C’est le cas de Sophie Dartevelle, Présidente de l’Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD) qui fournit un exemple du potentiel de la prévention dans son domaine. «Actuellement, six Français sur dix vont chez le dentiste», souligne-t-elle. «Cela signifie que quatre sur dix restent complètement éloignés du cabinet dentaire». L’impact de cette situation ne se limite pas à l’aggravation des problèmes relevant directement de l’action des dentistes, souligne Sophie Dartevelle: «la bouche, c’est la porte d’entrée vers le reste du corps et les interactions sont nombreuses avec des pathologies chroniques comme le diabète, les problèmes cardiaques, pulmonaires ou articulaires». À cet égard, le cas des orthopédistes est très parlant: «il n’est plus question pour eux d’opérer une prothèse de hanche ou de genou sans avoir demandé un bilan bucco-dentaire».

Le souci de prévention concerne aussi les entreprises confrontées aux attentes de leurs salariés en matière de santé. Pour Renaud Bouet, l’objectif est d’abord de «rassurer les collaborateurs» grâce à un «niveau de garanties suffisamment intéressant». Au-delà des réponses «classiques» aux risques présents dans des métiers physiques où le personnel travaille dans le froid, pratique la manutention et conduit des camions, Renaud Bouet estime que de nouveaux besoins apparaissent. Il évoque en particulier les questions sensibles des risques psychosociaux comme le burn-out: «la vraie réponse se trouve dans l’anticipation et dans l’analyse des modes de travail plus que dans le curatif». La solution passe, de son point de vue, par le développement d’un management bienveillant: «avoir conscience de l’impact du mode de management sur les collaborateurs». Il s’agit en somme de repenser l’organisation du travail afin d’éviter qu’elle ait des impacts psychologiques négatifs. Il évoque aussi un autre sujet qui «commence à remonter du terrain»: travailler sur la prise en charge d’une aide à domicile pour ceux qui auraient un proche en situation de santé fragile, l’objectif étant d’anticiper les problèmes engendrés par le vieillissement de la population et ses conséquences sur les membres de la famille qui travaillent.

L’apport décisif des nouvelles technologies

Les nouvelles technologies constituent l’autre grand moyen de répondre aux attentes des Français en matière de santé sur lequel misent les participants à ce colloque.

Cécile Monteil, médecin urgentiste à l’hôpital Robert Debré, fait partie de ces praticiens que les technologies n’effraient pas. «Pour moi, il s’agit d’outils qui peuvent répondre à certaines problématiques et qui vont s’ajouter à l’arsenal thérapeutique du professionnel de santé et aux options du patient pour la gestion de sa maladie et de son parcours de soins», explique-t-elle. Ainsi, elle considère que la téléconsultation peut s’avérer très utile et doit absolument être généralisée, en particulier pour répondre au problème des déserts médicaux «qui ne concernent pas que les campagnes mais aussi les villes et même Paris avec les spécialistes».

La télémédecine apporte une solution utile dans certaines situations et mérite, comme l’ont mentionné plusieurs intervenants, d’être beaucoup plus développée, par exemple avec l’installation de cabines en entreprise ou en pharmacie. C’est tout l’objet de la cabine H4D du Dr Franck Baudino, qui met en relation l’individu avec un médecin en visioconférence et permet, grâce à des objets connectés, d’aller assez loin dans le diagnostic. 

Pour autant, la télémédecine ne peut régler les situations d’urgence. Elle ne doit donc être conçue que comme l’un des maillons de la chaîne des solutions possibles dans le parcours de soins.

Autre solution prometteuse aussi bien en matière de prévention que de traitement, le dossier médical personnel, le DMP. Il s’agit d’éviter les erreurs de prescription, en particulier aux urgences, et des frais de santé liés à la répétition d’une radiographie déjà réalisée.

Compte tenu de l’importance des nouvelles technologies en médecine, «ce qui manque cruellement aujourd’hui», estime Cécile Monteil, «c’est la formation des professionnels de santé dans ce domaine. Il faut intégrer ces nouvelles technologies au cursus des études de médecine, dès la deuxième année».

C’est un constat partagé par la professeure Carole Mathelin, Présidente de la Société internationale de sénologie. Selon elle, si le concours des patients est nécessaire, le développement de la santé numérique ne pourra pas s’accélérer sans une forte adhésion des médecins. Et cela suppose des efforts de formation afin de faire entrer le numérique dans la culture des praticiens.

L’essor du numérique a également un impact sur le patient lui-même. Grâce à Internet, il accède à de nombreuses informations et acquiert des connaissances sur ses pathologies déclarées ou «supposées» qui modifient son rapport au médecin. De quoi transformer le patient en véritable acteur de sa santé, ainsi que l’a exposé Magali Léo, plaidoyer de Renaloo, association de patients atteints de maladies rénales.

Cette digitalisation s’accompagne de la question des données de santé. Sous réserve du contrôle de leur confidentialité, elles peuvent être utiles aux partenaires sociaux des branches professionnelles et des entreprises pour concevoir par exemple des plans d’action de prévention ciblés sur certaines pathologies permettant d’améliorer la santé au travail.

Si les nouvelles technologies dans leur ensemble apportent de nombreuses solutions à la question du vieillissement de la population et de la santé en général en réduisant le nombre d’hospitalisations, d’erreurs médicales, de recours aux urgences et d’actes médicaux superflus, selon François-Xavier Albouy, Directeur de recherche de la Chaire Transitions démographiques, Transitions économiques, les données disponibles restent largement sous-exploitées.

La Professeure Carole Mathelin avance l’exemple du cancer du sein. L’intelligence artificielle permet des avancées considérables et accélérées dans la connaissance des facteurs de risque de telles maladies. «Il ne faut pas que les données restent de belles endormies. Il faut réveiller les données», a-t-elle déclaré.

Le développement de l’usage des nouvelles technologies semble s’imposer à tous comme une évidence. Fondateur de l’initiative Ethik IA, David Gruson souligne quant à lui que l’«on paie très cher, à la fois en termes de coût et de qualité de la prise en charge des patients, le fait de ne pas recourir assez à la téléconsultation, à l’intelligence artificielle et aux données». Dans ce domaine, le secteur de la santé court le risque d’une surrèglementation qui pourrait favoriser le recours individuel aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). De quoi fissurer le pacte social. Pour éviter cet écueil, il faut s’en tenir à deux grands principes: le devoir d’information du médecin au patient et le principe de garantie humaine de l’IA. Ainsi, la technologie restera un outil au service de l’humain.


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