Ces femmes impressionnistes oubliées de l'histoire

Sociétés

Et pourtant, elles étaient parmi les plus douées

Manet, Degas, Renoir, Monet, vous connaissez très probablement. Morisot et Cassatt, sûrement moins. Pourtant ces deux femmes étaient elles aussi des figures de proues du mouvement artistique impressionniste. Respectées par leurs homologues et par le public, elles ont ensuite été oubliées par l'histoire de l'art.

Berthe Morisot, peintre française audacieuse, était une des fondatrices du groupe impressionniste au côté de Manet, Degas, Renoir et Monet dans les années 1860. Mary Cassatt, elle, était la seule américaine à exposer au côté des impressionnistes.

 

Mais les critiques les ont progressivement ignorées, ne pouvant voir au delà de leur condition de femme, puis l'histoire de l'art en a fait des figures secondaires du mouvement impressionniste. Le Musée national des Beaux-Arts du Québec et le Musée Jaquemart André de Paris ont exposé cette année les deux artistes, une manière de les sortir de l'oubli et de rétablir leur histoire.

À contre-courant

Manet était très admiratif du travail de Berthe Morisot, qui avait épousé son frère. C'est donc lui qui l'invite à rejoindre le mouvement impressionniste. Mais son modernisme était déjà là, dans sa manière de mettre en couleur les femmes. Deux de ses travaux les plus connus, Le Berceau et Intérieur, ont révélé sa capacité innée à montrer «la complexité de l'être humain», a expliqué Nicole R. Myers, curatrice, à la BBC. L’ambiguïté de son travail intrigue. La femme qui se penche sur son enfant peut sembler fatiguée, ennuyée et emplie de regrets. «Il y toujours plus de sens qu'il n'y parait», analyse Myers.

Le Berceau, 1872, Berthe Morisot, toile exposée au Musée d'Orsay / via wikimédia

Que ce soit dans sa manière de peindre ou son choix de sujet, Morisot était résolument moderne et c'est au sein des impressionnistes qu'elle fait de la Parisienne sa signature, conceptualisant la femme en vogue et moderne. Son coup de pinceau relâché montrait des femmes, en train de lire, de s'habiller, de se préparer pour un bal, accoudées à une fenêtre ou à un balcon.

Cassatt bousculait, elle aussi, les conventions. Ses premiers succès au Salon de peinture et de sculpture de Paris auraient pu lui assurer une belle carrière aux États-Unis, mais elle a plutôt choisi de s'allier aux impressionnistes parisiens. Degas, admirateur de son travail et son ami, lui présente le modèle de Little Girl in a Blue Armchair (1877-78), son premier tableau du genre. On y voit une jeune fille lascive, adoptant une pause bien différente des modèles habituels.

Sachant pertinemment que son travail ne serait pas retenu pour l'exposition universelle de 1878, elle tente tout de même de le présenter. Le refus qui lui a été opposé servit alors une «preuve qu'elle était devenue une véritable moderniste et un membre de la rébellion impressionniste», analyse Nancy Mowll Mathews, curatrice et historienne de l'art, pour la BBC. En 1879, Degas l'invite officiellement à la table des impressionnistes.

Presse et pairs

À la fin des années 1870, Morisot était reconnue par la presse comme étant centrale dans l’impressionnisme, mais son coup de pinceau était attribué à sa vision féminine. Alors que les tableaux de ses pairs masculins étaient vus comme «originaux, vigoureux», les siens étaient «charmants», «gracieux», «délicats».

Son art évolue. Influencée par le Rococo, elle peint de plus en plus avec des couleurs vives. Puis elle conceptualise le «terminé» et «non terminé», prouvant qu'elle «était l'une des plus audacieuses, celle qui repoussait vraiment les limites», selon Sylvie Patry, autre curatrice interrogée par la BBC. Dans Jeune Femme en Gris étendue (1879), les côtés du tableau sont volontairement laissés incomplets. Son travail fût très mal accueilli par les critiques, qui voyaient cela comme une faiblesse de son sexe. Mais pas par ses pairs qui lui rendirent hommage, un an après sa mort, en 1895 en organisant une grande rétrospective de ses travaux, la plus importante à ce jour.

Jeune Femme en gris étendue, 1879 / via The Athenaeum

Mary Cassatt était aussi attaquée par les critiques, surtout pour le choix de ses modèles au physique jugé indésirable. Un choix délibéré de la peintre déterminée à prouver qu'elle pouvait apporter de la magnificence en sortant du cliché traditionnel de la beauté. Ce qu'elle fait dans Young Women Picking Fruit (1892). Elle jouera ensuite avec les artefacts religieux dans des portraits de femmes et enfants, manipulant symboleset couleurs pour correspondre à son style.

Young Woman Picking Fruit, Mary Cassatt, 1892 via wikiart

Le statut particulier de Mary Cassatt, américaine imprégnée d'un style français peut aussi expliquer pourquoi son rôle dans le courant impressionniste est sous-apprécié. Les curateurs ne sachant pendant longtemps où la placer, section «Amérique», ou «Europe».


Lire la suite sur FRANCE 24 : Ces femmes impressionnistes oubliées de l'histoire


Articles en Relation

Faut-il exposer des corps morts pour satisfaire notre curiosité ? Macabre pour certaines personnes, instructif pour d'autres, l'intérêt pour l'anatomie des cadavres ne date pas d'hier. Ouvrir le corps d'une person...
Vous pensez que Jack l'Éventreur a tué des prostituées? C'est une fake news de l... The Five, The Untold Lives of the Women Killed by Jack the Ripper (Les cinq: la vie des victimes de Jack l'Éventreur comme on ne vous les a jamai...
Les inventrices reçoivent moins de brevets que leurs homologues masculins Minoritaires dans le domaine de la science, les femmes ne représentent que 13% des demandes de brevet dans le monde. Selon une étude publiée le 2 o...
Futura contre gothique, la guerre des polices dans l'Allemagne nazie Avant d’être la police d’écriture d’à peu près tout le monde, le Futura a d’abord été au cœur d’un combat typographique sans merci contre tout le Tr...
En Arabie saoudite, elle perd la garde de sa fille à cause de photos en bikini Pendant le procès, son ex-mari a accusé la jeune femme américaine de porter des habits inappropriés et de gérer un studio de yoga. Bethany Vierra, ...
Bordeaux, la ville en forme de refuge illusoire J'ai noté une phrase du «Coup de grâce»: «Il n'aimait pas les études, Bordeaux, la prudence.» Bordeaux, la ville où il fait bon vivre. La ville, au...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA