Metrofrance - Info

Eric Woerth a été interrogé jeudi pendant près de huit heures comme témoin par les policiers de la Brigade financière.

Pour les courses: 400 g de mascarpone 2 oeufs + 2 jaunes 150 g de sucre glace 20 biscuits à la cuillère 20 cl de café fort et froid...

Une petite fille de 14 mois a été retrouvée indemne après une chute du cinquième étage d'un immeuble de Montrouge.

Un accident de pêche s'est produit cette nuit au large de Pornichet (Loire-Atlantique) entraînant la mort du capitaine du navire.

Les policiers de la brigade financière ont entamé l'audition d'Eric Woerth dans le cadre de l'enquête sur l'affaire Bettencourt.

Cinq mois après sa radiation, Jean-Hugues Matelly revient sur l'affaire qui a bousculé l'armée française.

Le nouveau préfet de l'Isère, Eric Le Douaron, ex-haut gradé de la police, pour remplacer l'actuel préfet limogé par le chef de l'Etat après les incidents prend ses fonctions ce jeudi.

Au sortir de la réunion sur la question des gens du voyage et des Roms, Brice Hortefeux a annoncé le démantèlement de 150 camps et le renvoi "quasi immédiat" des auteurs d'infraction.

Huit cadavres de nouveau-nés ont été retrouvés dans un pavillon de Villiers-au-Tertre dans le Nord.
Slate
Si vous suivez l’actualité de près, vous savez peut-être que
Meg Ryan a
récemment annulé sa participation au festival du film de
Jérusalem pour protester contre la politique israélienne. C’est important, non
pas parce qu’on devrait tous se préoccuper de ce que cette star de cinéma
célèbre pour son plissement de nez pense du Moyen-Orient, mais précisément
parce que tout le monde s’en fiche. Démocrate typique d’Hollywood, Meg Ryan est
pourtant un bon baromètre des convictions politiques des stars. Moutonnière,
l’opinion socio-libérale hollywoodienne soutenait jadis Israël. Elle joue
maintenant sur cette idée abjecte de snober le pays tout entier.
Le boycott artistique, pas une solution
Ces derniers temps, l’idée d’un boycott culturel d’Israël a
gagné du terrain là où l’on ne s’y attendait pas. Après l’affaire de la flottille
le mois dernier, des groupes de rock, Pixies compris, ont annulé leur
participation à un festival de musique de Tel-Aviv. Elvis Costello a annoncé en mai
qu’il renonçait à deux concerts prévus, pour protester contre le traitement
réservé aux Palestiniens. «Parfois, le simple fait d’avoir son nom inscrit sur
un programme peut être interprété comme un acte politique plus fort qu’une
chanson», peut-on lire sur son site Internet.
«Si j’y allais, je donnerais l’impression de me ficher de la souffrance d’êtres
innocents», a-t-il ajouté. Contrairement à Meg Ryan, Elvis Costello est une
personne sensée, ses opinions méritent le respect. Alors pourquoi se
trompe-t-il? Pourquoi l’embargo privé (y compris les boycotts
universitaires et les campagnes pour le désinvestissement menées
sur le modèle de qui avait été fait contre l’apartheid) n’est-il pas une
solution acceptable pour les étrangers qui tiennent à manifester leur désaccord
avec la manière dont les Israéliens traitent les Palestiniens dans les
territoires occupés et qui militent pour un changement politique?
Argument avancé par les juristes Alan Dershowitz
et Anthony Julius: les boycotts universitaires sont
intrinsèquement inacceptables car ils vont à l’encontre des principes de
liberté d’expression et d’universalité de la science et du savoir. Une
objection du même style s’applique aux boycotts culturels, qui visent en
réalité surtout les membres les plus ouverts et les plus avant-gardistes d’une
société. Dans le cas d’Israël, boycotter des écrivains qui réveillent les
consciences comme Amos Oz et David Grossman serait non seulement épouvantable
mais surtout profondément contreproductif pour les opposants au gouvernement de
Netanyahou. Mais d’un autre côté, un boycott excluant les secteurs
culturels et universitaires serait difficile à justifier. Dans les régimes
autoritaires, les institutions culturelles sont utilisées à des fins
idéologiques –je pense par exemple au Ballet national de Cuba ou aux équipes
de gymnastes d’Allemagne de l’Est. Si l’on accepte des exceptions, les
sanctions sont vouées à l’échec. Il n’y a par exemple pas d’exception
culturelle aux sanctions
américaines en Iran. Israël demande d’ailleurs des sanctions
internationales globales contre l’Iran, des sanctions qui concerneraient aussi
les artistes et les intellectuels.
Une utilité limitée
Le pire avec le boycott culturel, c’est qu’il a peu de chances
d’atteindre ses objectifs. Certes, les seules sanctions
culturelles ne sont pas aussi efficaces que les armes, mais elles peuvent avoir
un vrai impact. En Afrique du Sud par exemple, de nombreux spécialistes
estiment que les sanctions sportives, généralement considérées comme une sorte
de boycott culturel, ont été une forme efficace
de pression extérieure. Exclure les équipes pratiquant la
discrimination raciale des Jeux Olympiques et des compétitions internationales
de cricket et de rugby, c’était priver les gens de quelque chose auquel ils
tenaient vraiment. Pour Israël, difficile de prédire l’effet qu’une isolation
culturelle et universitaire (ou des interdictions de participer à des
évènements sportifs) pourrait avoir.
Dans le pays, certains prennent très au sérieux le rejet
international et en concluent que, dans un océan d’hostilité, le pays n’a
d’autres recours que de vivre en autarcie. D’un autre côté, Israël se préoccupe
vraiment de l’opinion étrangère et les opposants au gouvernement de Netanyahou
pourraient utiliser l’opprobre grandissant comme un argument en faveur d’une
autre voie.
Lorsqu’il y a d’autres moyens pacifiques de protestation,
les boycotts contre les sociétés démocratiques devraient peut-être être
interdits. Mais là encore, impossible de prôner une règle générale. Lorsqu’un
gouvernement élu agit de manière choquante, mais réversible, le recours
immédiat aux sanctions semble extrême et disproportionné. Je pense ici au maire
de San Francisco, Gavin Newsom, qui a interdit les
voyages officiels en Arizona à cause de la loi anti-immigration
draconienne adoptée dans cet Etat, ou encore au boycott de l’Autriche par
l’Union européenne après que le néo-fasciste Jörg Haider a rejoint le
gouvernement en 2000.
Le boycott culturel peut ébranler un pays
Mais un régime issu des urnes, comme celui de Slobodan Milosevic en
Serbie, peut tout autant qu’un gouvernement non-démocratique opprimer des
minorités ethniques, voire commettre un génocide. On pourrait aussi objecter
qu’il n’y a que dans les démocraties que le peuple est pleinement responsable
des actions de son gouvernement, ce qui justifie davantage les sanctions
collectives.
Pour qui est cohérent, respectueux du principe de
proportionnalité et attentif aux leçons de l’Histoire, impossible d’approuver
un boycott culturel d’Israël. Les partisans d’un boycott de ce pays se
préoccupent rarement de la Chine, de la Syrie, du Zimbabwe, et de ces autres
régimes véritablement illégitimes qui violent les Droits de l’Homme non pas
dans le cadre d’un écart de conduite mais systématiquement. Cela prouve leur
mauvaise foi. Les boycotteurs ne tentent pas de faire passer un message
spécifique comme «Nous refusons votre politique de colonisation en
Cisjordanie» ou «Nous pensons que vous devriez faire davantage de concessions
pour la paix.»
Leur message, c’est plutôt: «Nous considérons que votre pays
est tellement criminel que nous allons traiter tous vos citoyens comme des
parias». Au lieu d’attirer l’attention sur le fait qu’Israël pourrait devenir
une société d’apartheid si elle n’arrive pas à imposer la paix, les boycotteurs
ont conclu qu’Israël était déjà irrémédiablement une société d’apartheid. Comme
les boycotts
économiques imposés sur Israël par la Ligue Arabe à
partir des années 1940, le boycott culturel est une arme qui sert non pas à
apporter la paix, mais à ébranler le pays.
Vers d'autres moyens de pression?
Parce qu’Israël est un refuge pour les juifs persécutés,
cette façon de défier son existence est difficilement dissociable de
l’antisémitisme–même si des gens comme Meg Ryan et Elvis Costello ne peuvent
être taxés d’antisémitisme. C’est pour cette raison que contrairement à
l’Afrique du Sud, où l’opposition intérieure était favorable aux sanctions,
personne en Israël -en dehors de quelques voix
extrémistes- n’estime que le pays mérite d’être boycotté, d’être
la cible de désinvestissement ou d’être puni par des sanctions. Quand certains
essaient de vous tuer pour votre religion, difficile de penser que ceux qui
veulent simplement vous boycotter pour votre nationalité ont de bonnes
intentions.
Reste une question: que peuvent légitimement faire les
opposants aux politiques israéliennes? Comme il est peu probable que le Congrès
américain utilise un jour l’aide militaire pour faire pression sur ce pays –ou
qu’il autorise le président Obama à le faire–, il faut chercher d’autres façons
de défier les actions les plus choquantes d’Israël. La Haute Cour de l’Union
européenne a par exemple décidé en début
d’année que les biens fabriqués en Cisjordanie par des sociétés
israéliennes ne pouvaient jouir du traitement préférentiel accordé par l’UE aux
exportations israéliennes. Dans le même esprit, le New York Times a récemment expliqué comment
des Américains qui soutenaient financièrement la colonisation bénéficiaient de
centaines de millions de dollars de déductions d’impôts. Le jour où Elvis
Costello s’attaquera à cette escroquerie, je serai derrière lui.
Jacob Weisberg
Traduit par Aurélie Blondel
Photo: People Boycott Israel by Valerio Pirrera, via Flickr / CC Licence By
Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être aussi Israël isolé, la Palestine souveraine.
L’affaire Woerth-Bettencourt est complexe, avec un grand nombre de protagonistes, de relations plus ou moins avérées entre ceux-ci et de rebondissements politico-judiciaires. Pour y voir plus clair, Slate.fr vous en propose un résumé sous la forme d’un faux «fil d’actualité» Facebook. Celui d’Eric Woerth, le ministre du Travail au centre des attentions. Évidemment, ce fil s’inspire de la réalité et s’appuie sur la chronologie et les évènements qui constituent l’affaire, depuis la plainte de Françoise Bettencourt-Meyers contre François-Marie Banier en décembre 2007 jusqu’à l’audition d’Eric Woerth et de sa femme par la brigade financière, en passant par la publication par Mediapart des enregistrements du majordome de la femme la plus riche de France en juin dernier, qui ont transformé l’affaire Bettencourt en affaire d’Etat.
La page est mise à jour régulièrement pour rendre compte des derniers développements de l’affaire. Si vous voyez des oublis ou avez des propositions à faire, envoyez-les nous à infos @ slate.fr, sur notre (vraie) page Facebook ou sur notre compte Twitter.
Eric Woerth a participé à Audition comme témoin dans l'enquête sur la fortune de Liliane Bettencourt.
Brigade Financière et Philippe Courroye aiment ça.
Brigade Financière a offert Sonotone à Liliane Bettencourt.
Liliane Bettencourt va participer à Audition comme témoin dans l'enquête sur le volet fiscal de l'affaire Bettencourt.
Brigade Financière
Françoise Bettencourt-Meyers
Philippe Courroye: Bon alors cette mise sous tutelle, c'est bon cette fois-ci?
Marianne2.Fr
Patrice de Maistre est maintenant ami avec Noémie de Maistre, Vincent de Maistre, Annabelle de Maistre, Khady de Maistre, Pierre de Maistre, Johan de Maistre, Eric de Maistre, Jean-Marie de Maistre, Grégoire de Maistre, François de Maistre, Grégory de Maistre et Cécile de Maistre.
Patrice de Maistre a rejoint le groupe Si toi aussi tu t'appelles de Maistre.
LePoint.fr
Claire T. aime ça.
Eric Woerth va participer à Audition comme témoin dans l'enquête sur la fortune de Liliane Bettencourt.
Brigade Financière et Philippe Courroye aiment ça.
Le Conseil des ministres
Liliane Bettencourt a offert Un procès devant la cour d'appel de Paris à Mediapart et Edwy Plenel.
Johnny Depp
François-Marie Banier: Hey François-Marie, heard you're in trouble, wanna hang out on my island?
Patrice de Maistre
Brigade Financière: Bon, ok, Eric Woerth m'a demandé de rencontrer sa femme, mais pas de l'engager
Brigade Financière
Maître Fabrice Goguel: Qui vous a payé pour créer le groupe Fondation pour l'équilibre écologique, esthétique et humain officiellement propriétaire de l'île d'Arros?
Mediapart a créé le groupe Appel pour une justice indépendante et impartiale dans les affaires Bettencourt.
Edwy Plenel, Arnaud Montebourg, Elisabeth Guigou, Noël Mamère, Yves Cochet, Le PS, et 25 000 autres personnes aiment ça.
Patrice de Maistre, Carlos Verajano, Maître Fabrice Goguel
et François-Marie Banier ont participé à Garde à vue.
Brigade Financière
Françoise Bettencourt-Meyers a invité Liliane Bettencourt à rejoindre le groupe Si je te mets sous tutelle, c'est que je t'aime.
Marianne2.Fr
Eric Woerth a retiré Trésorier de l'UMP de ses activités.
Nicolas Sarkozy a créé le groupe Pour une commission sur les conflits d'intérêts.
Patrice de Maistre, Liliane Bettencourt
et François-Marie Banier ont participé à Perquisition.
Brigade Financière
Edwy Plenel
Nicolas Sarkozy
Eric Woerth: Maintenant que ton honneur est lavé tu démissionnes vite fait. LOL! (mais pas trop lol en vrai)
Eric Woerth est énormément soulagé.
Le Figaro.fr
Liliane Bettencourt, Maître Georges Kiejman, Eric Woerth, Nicolas Sarkozy
et 7 autres personnes aiment ça.
Edwy Plenel a offert des enregistreurs à Mediapart.
Eric Woerth Pas question de démissionner pour donner raison à ceux qui m'attaquent!
Florence Woerth, Benjamin Lancar, Frédéric Lefebvre, Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse et 5 autres personnes aiment ça.
Xavier Bertrand, Nadine Morano, François Baroin,
Nicolas Sarkozy, Christian Estrosi et Hervé Morin ont rejoint le groupe L'Internet say mal.
L'Hadopi aime ça.
Mediapart
Claire T. Part se ressourcer dans le Sud. Au secours, laissez-moi tranquille!
Claire Chazal
Liliane Bettencourt: MA CHE-REUH LI-LI-ANEUH MERCI POUR L'IN-TER-VIEW HI-ER
Eric Woerth Cherchez pas, je démissionnerai pas.
Florence Woerth a enlevé Clymène de ses employeurs.
Patrice de Maistre aime ça.
Arnaud Montebourg Florence Woerth = fraude fiscale. En prison!
"L'affaire Bettencourt" est devenue "L'affaire Woerth-Bettencourt".
La France, Philippe Val et Dominique de Villepin aiment ça.
Eric Woerth et Edwy Plenel ne sont plus amis.
Mediapart
Mediapart.fr - Sarkozy, Woerth, fraude fiscale: les secrets volés de l'affaire Bettencourt
Edwy Plenel, François Bonnet, Antoine Gillot, Maître Olivier Metzner
et Françoise Bettencourt-Meyers aiment ça.
Maître Olivier Metzner a offert "CD-ROMs" à Mediapart.
Maître Olivier Metzner a offert "Transcripts des enregistrements pirates" à Le Monde.
Edwy Plenel a quitté le groupe SOS Victimes d'Ecoutes Illégales.
Patrice de Maistre
Liliane Bettencourt: Vous pouvez signer là, là et là? C'est pour deux ministres et le président de la République, il faut que l'on montre votre soutien.
Liliane Bettencourt
Patrice de Maistre
Liliane Bettencourt: Ca sent le roussi en Suisse, je vire votre argent en Uruguay ou à Singapour, c'est pareil là-bas ;)
Maître Fabrice Goguel aime ça.
Florence Woerth a offert "Chocolats suisses" à Eric Woerth.
Françoise Bettencourt-Meyers a offert 400.000 euros à
Claire T.
Eric Woerth a offert "Légion d'Honneur" à Patrice de Maistre.
Liliane Bettencourt et Florence Woerth aiment ça.
Françoise Bettencourt-Meyers
Liliane Bettencourt: J'ai porté plainte contre le photographe maman, ne m'en veux pas, c'est pour ton bien :(
Maître Olivier Metzner aime ça.
Liliane Bettencourt et 9000 autres personnes ont participé à Bouclier fiscal.
Nicolas Sarkozy
Liliane Bettencourt a offert Enveloppe de 50.000 euros à
Patrice de Maistre.
François-Marie Banier
Liliane Bettencourt: Il faudrait peut-être rapatrier vos bijoux qui sont dans les coffres de la BNP ici, Liliane. On pourrait les mettre sous votre lit.
Liliane Bettencourt a offert "Nature morte à la guitare" - Picasso et 5 autres cadeaux à François-Marie Banier.
Liliane Bettencourt est dans une relation libre avec François-Marie Banier.
Eric Woerth et Edwy Plenel sont maintenant amis.
Crédits photo
Eric Woerth à l'Assemblée nationale le 4 mai 2010. REUTERS/Charles Platiau; Les locaux de la Brigade financière à Paris, REUTERS/Benoit Tessier; Nathalie Kosciusko-Morizet, Jacky Naegelen/REUTERS; Nicolas Sarkozy dialoguant sur le plateau de TF1 le 25 janvier 2010/Reuters; Florence Woerth à Roland Garros en 2009, REUTERS/Charles Platiau; Xavier Bertrand présente ses vœux aux membres de l’UMP à Nice en janvier 2010, REUTERS/Sebastien Nogier; Christian Estrosi, REUTERS; Claude Guéant, Secrétaire général de l’Elysée, REUTERS; Julien Dray en 2008, REUTERS/Gonzalo Fuentes; Maître Olivier Metzner, le 27 avril 2010, REUTERS/Gonzalo Fuentes; Christian Prouteau arrive au procès de l’affaire des écoutes de l’Elysée, le 15 novembre 2004, REUTERS/ Philippe Wojazer; François-Marie Banier, REUTERS/Benoit Tessier; André Bettencourt, REUTERS/Charles Platiau, Johnny Depp, REUTERS/Jas Lehal; Palais de l'Elysée, REUTERS/Jean-Paul Pelissier.
Edwy Plenel / Sanao; Nadine Morano / MEDEF; Claire Chazal / François; Arnaud Montebourg / Grondin; Carole Bouquet / julienmorvan; Benjamin Lancar / Abarkod; Ile d’Arros / NASA (et captures d’écran Google Maps) - toutes en CC License By.
Butler / vargklo; Menottes / banspy; Read more...
A l’automne dernier, Aleksei Dymovsky, simple policier de la
ville portuaire de Novorossiysk, sur les bords de la mer Noire, est devenu aux yeux de toute
la Russie le symbole du ras-le-bol général vis-à-vis de la corruption endémique qui
touche la police russe. Et ce à cause d'une simple vidéo Youtube. Il s’est filmé assis devant sa caméra et
a lancé un appel, expliquant qu'il ne veut plus arrêter des innocents pour
atteindre ses objectifs mensuels et dénonçant les activités illégales des forces
de police dans sa ville, notamment les pots-de-vin, qui sont selon lui la norme
dans la police. Il s'adresse également directement à Vladimir Poutine pour que
celui-ci nettoie le système de maintien de l'ordre.
Posté en deux parties sur YouTube en novembre dernier, son
message a crée un vrai choc en Russie, un pays où s'opposer aux autorités peut
s'avérer extrêmement dangereux, et a été vu des millions de fois par une
population de plus en plus préoccupée par la corruption et le comportement de
la police dans tout le pays.
Le
New York Times retrace les mésaventures de Dymovsky depuis ce coup d’éclat.
Poutine et Medvedev ont évidemment méprisé son appel, Dymovsky a été
immédiatement licencié et interrogé, ainsi que sa famille et ses amis proches.
Leurs maisons ont été fouillées. Dymosky
a été arrêté et enfermé en janvier pour fraude et corruption. Devant
les proportions prises par une affaire devenant embarassante, les autorités ont été obligées de le libérer
après six semaines, et les poursuites à son encontre ont été abandonnées.
Mais l’acharnement n’était pas terminé: le chef de la police
de sa ville et un autre officier ont porté plainte pour diffamation, et l’ont
fait condamner à l’équivalent de 2.700 euros d’amende. Récemment, lors d’une
des manifestations auxquelles il participait pour demander un grand nettoyage
chez la police, quatre policiers l’ont approché et lui ont recommandé de ne plus
jamais remettre les pieds dans leur ville s’il voulait encore voir sa famille.
Les vidéos de
Dymovsky ont crée des émules, et des gens un peu partout en Russie utilisent le
même procédé due lui pour se plaindre des méfaits des représentants de l’Etat.
Mais, comme le note le New York Times, le Kremlin veille à endiguer cette
tendance, au sein de la police en tous cas: «Le parlement, contrôlé par le parti de Mr. Poutine, a renforcé les
peines contre les officiers qui critiquent leurs supérieurs. Cela s’appelle la ‘loi
Dymovsky’.»
Photo: capture d'écran de la vidéo Youtube
L’affaire commence à faire un certain bruit dans les
milieux médicaux, chez les pharmaciens d’officine comme dans l’ensemble du
secteur des voyagistes: depuis une quinzaine de jours, on ne trouve plus, en France,
de vaccins protecteurs contre l’hépatite virale de type A. Une situation
d’autant plus problématique que la demande est toujours élevée en cette période
de l’année avec les nombreux départs estivaux vers des pays où cette affection
sévit sur un mode endémique. Le sujet était ces derniers jours de plus en plus
fréquemment évoqués chez les professionnels. Dans les médias généralistes,
c’est le quotidien Ouest-France qui, le premier, vient d’en faire état. Et en écho le Dr Alain Fisch,
spécialiste hospitalier de médecine tropicale, vient de fournir sur son site les principaux éléments permettant de comprendre les
raisons d’une telle situation.
De nombreux facteurs de contamination
L'hépatite A est une infection virale dont la sévérité
clinique varie grandement allant (le plus souvent) d'une maladie bénigne qui
dure une semaine ou deux à (plus rarement) à une affection gravement
invalidante évoluant sur plusieurs
mois. Parmi les symptômes:
fièvre, fatigue, perte d'appétit, nausées, douleurs abdominales, coloration
foncée des urines et jaune de la peau. Le virus de l'hépatite A est présent
dans les selles des personnes infectées. Ainsi donc c'est souvent en ingérant
une substance contaminée par les matières fécales d'une personne infectée que
l'on contracte la maladie.
Le virus se transmet plus facilement lorsque les conditions
sanitaires et l'hygiène personnelle laissent à désirer. Le virus peut également
être transmis au cours de rapports sexuels oraux ou anaux. On peut, plus simplement, contracter
l'hépatite A en buvant de l'eau contaminée ou en mangeant des mollusques ou des
crustacés crus ou insuffisamment cuits provenant d'eaux contaminées. C’est dire tout l’intérêt d’une
vaccination préventive pour les personnes qui gagnent des destinations
exotiques.
Une baisse subite de la production de vaccins
Ce vaccin était jusqu’à présent
commercialisé par deux firmes : Sanofi Pasteur et Glaxo SmithKline (GSK). Sanofi
Pasteur a arrêtée il y a quelques
mois sa production de Avaxim® et de Tyavax® (vaccin combiné hépatite A –
typhoïde) pour des raisons techniques. Quant aux vaccins de GSK : Havrix® 1440 (pour adultes) et 720 (pour enfants) ils étaient élaborés
dans une usine de la multinationale basée à Evreux. «GSK avait décidé sa
délocalisation : ceci n’a pas été du goût des salariés, qui se sont mis en
grève pendant trois semaines; le travail a été repris le 19 juillet. Mais le
retour à la normale est long : il faut reprendre la production, effectuer les
contrôles multiples, diffuser aux grossistes répartiteurs qui doivent eux-mêmes
acheminer vers les officines», résume le Dr Alain Fisch. Selon GSK le vaccin Havrix® ne devrait pas
être disponible en France avant plusieurs semaines.
Dont acte. Mais quelles conclusions en tirer en pratique
selon le Dr Fisch ?
«Il est illusoire, ou tout au moins bien peu utile, de
miser sur les précautions alimentaires pour prévenir l’hépatite A ; cela marche
correctement pour d’autres maladies (turista, amibes…) mais très peu pour le
virus de l’hépatite A omniprésent et très résistant aux agressions physiques et
chimiques. Il est également illusoire d’imaginer se faire vacciner à l’arrivée
à une destination tropicale : le vaccin contre l’hépatite A n’est pas présent
dans les pays dans lesquels la maladie est hautement transmissible, les
habitants y ayant contracté le virus dès l’enfance : le vaccin n’y a donc
aucune utilité.»
Ce spécialiste recommande toutefois de se rapprocher des CVI
(Centres de Vaccinations internationales). Certains pourraient encore
disposer de stocks vaccinaux utilisables. Ajoutons que le très coûteux (et non
remboursé par la sécurité sociale) médicament anti-paludisme le plus prescrit
aujourd’hui, la Malarone®, également fabriqué par GSK, est également en rupture
de stock!
«Nous sommes d’accord, GSK ne se conduit pas bien avec ses
salariés. Il y a quelques mois, après l’annonce de bénéfices record, plus de
400 salariés de la filiale France furent licenciés ; lesquels, ayant organisé
une manifestation, furent dûment et durement bastonnés, résume le Dr Fisch. Ceci
étant dit, en tant que médecins, nous ne pouvons que condamner le caractère
illimité de grèves allant jusqu’à mettant en péril la vie ou la santé des
personnes.»
Jean-Yves Nau
Pendant longtemps, la perche a été une spécialité très française, une
sorte de marque de fabrique de l’athlétisme tricolore représentée au plus haut
niveau par des sauteurs comme Thierry Vigneron, Philippe Houvion, Pierre
Quinon, Philippe Collet ou Jean Galfione qui ont trouvé de dignes successeurs
avec Romain Mesnil et Renaud Lavillenie.
Le triple saut est peut-être en passe de prendre le relais et de devenir
à son tour un creuset de l’athlétisme français. Le championnat d’Europe de
Barcelone pourrait bien le prouver avec éclat si Teddy Tamgho, 21 ans, et
Benjamin Compaoré, 23 ans, réussissent à confirmer à cette occasion tous les
espoirs placés en eux. Sacré champion du monde en salle le 14 mars dernier à
Doha avec un bond record de 17,90m, Tamgho est la nouvelle étoile du sport
français. En juin, il a frappé un autre grand coup à New York, en pulvérisant
de 35cm son record de France en plein air avec 17,98m, soit la troisième
performance de tous les temps derrière le Britannique Jonathan Edwards (18,29m)et l’Américain Kenny Harrison (18,09m).
Jean-Hervé Stiévenart est l’entraîneur qui a formé Teddy Tamgho et
Benjamin Compaoré. Il continue d’œuvrer auprès de Benjamin alors que Teddy
s’est éloigné de lui voilà quelques semaines tout en continuant, malgré tout,
de solliciter ses avis et ses conseils. Avant de s’envoler pour Barcelone,
Jean-Hervé Stiévenart a pris le temps de nous décrypter techniquement le geste
spectaculaire du triple saut.
L’évolution de la discipline
«Jusqu’aux années 60, le triple saut a été un sport refuge, c’est-à-dire
que les sprinteurs ou les sauteurs en longueur qui n’obtenaient pas les
résultats escomptés dans leurs disciplines respectives venaient s’y essayer
pour tenter de se refaire. Ce qui n’était pas très difficile dans la mesure où,
à l’époque, le triple saut n’était pas techniquement très évolué. Les sauteurs
se concentraient essentiellement sur le cloche-pied, le premier des trois
sauts, et finissaient comme ils pouvaient sur les deux derniers.Et puis un entraîneur polonais, Tadeusz Strazynski, qui a notamment
conseillé Jozef Schmidt, double champion olympique et le premier à franchir
17m, s’est vraiment penché sur la question et a établi les bases de l’enseignement
de cette discipline. Aujourd’hui, ses travaux continuent de faire école. Son idée originale était d’exploiter au maximum la
vitesse de l’athlète générée par la course précédant le saut. Contrairement à
la technique utilisée notamment par les Soviétiques, les athlètes polonais
restaient aussi proches du sol que possible afin de ne pas perdre leur élan en
s’élevant inutilement dans les airs.Pour résumer, je dirais qu’il
y a 50 ans, le premier des trois sauts était le plus déterminant et le plus
ample. Aujourd’hui, le troisième est devenu le plus long et s’apparente de plus
en plus à un saut en longueur. Dans le passé, le triple saut était
essentiellement constitué de sauts en force. Actuellement, l’entraînement se
focalise davantage sur l’explosivité, la légèreté et la réactivité.»
La morphologie des athlètes
«Contrairement au saut en
hauteur, où les athlètes paraissent à peu près tous semblables dans leur
apparence physique extrêmement longiligne et légère, le triple saut reste
ouvert à des athlètes aux physiques très variés. On trouve de tout. Des grands
lourds, comme le Brésilien Jadel Gregorio qui a sauté 17,90m, des petits légers
ou des grands avec des cannes de serin comme Jonathan Edwards, le recordman du
monde depuis 1995, ou le Suédois Christian Olsson, champion olympique à
Athènes. Il n’y a vraiment aucune règle en la matière.»
La vitesse, qualité première
«Courir vite ne suffit pas,
ce serait trop facile. Il faut simplement savoir utiliser sa vitesse qui se
détermine d’abord lors de la course d’élan dont le départ est donné, pour 98%
des athlètes, à une distance qui se situe entre 37 et 45m de la planche
d’appel, soit l’équivalent de 15 à 20 foulées. Cette course d’élan se fait en
accélérations progressives avec un tempo particulier qui doit permettre
d’arriver au mieux sur une planche d’une largeur de seulement 20cm.Mais je le répète: le but
d’un triple sauteur est d’aller le plus loin, pas d’aller le plus vite. D’un
point de vue biomécanique, l’essentiel pour lui est constitué par la vitesse de
la sortie de planche qui, rappelons-le, se situe à 13m du sable. Sa priorité
est ensuite de dominer ce qui va suivre à l’image du perchiste au moment où il
plante sa perche dans le butoir.La planche ne doit pas être
un frein. Au contraire, elle doit être un aspirateur puissant qui permet le
meilleur décollage possible. Une bonne planche, ce n’est pas forcément la
pointe du pied qui se situerait à un ou deux centimètres de la plasticine. Elle
ne vaut rien si elle n’est pas abordée dans des conditions optimales de
rapidité afin de garantir un bon décollage.»
Le décollage
«L’angle de décollage à partir de la planche est différent de celui du
saut en longueur. Au triple saut, il se situe entre 11 et 14 degrés alors qu’il
est compris entre 18 et 22 degrés pour le saut en longueur. C’est-à-dire que le
décollage n’est pas une impulsion, seulement un passage, relativement à plat,
que l’on traverse. Le point crucial du triple saut se situe à ce moment-là,
lors de l’amorce du premier des trois sauts. C’est comme lorsque vous voulez
faire des ricochets avec un caillou dont la destinée est déterminée par la
seule force du lancement. Plus vous êtes rapide et rasant, plus vous obtiendrez
une meilleure capacité de rebond.»
Les trois sauts
«Par définition, le triple saut se décompose en trois étapes: le cloche-pied,
la foulée bondissante et le saut. Généralement et grosso modo, le cloche-pied
couvre 36% de la longueur finale, la foulée bondissante 28% et le saut en
longueur 36%. Mais ce n’est pas une règle et on n’entraîne pas les athlètes en
fonction de ces chiffres car chaque athlète a ses spécificités. Lorsqu’il a
établi son record du monde de 18,29m en 1995, Jonathan Edwards avait découpé,
par exemple, son saut de la manière suivante: 6,05m (33%) pour le premier saut
avec un angle de décollage de 13 degrés, 5,22m (29%) pour le deuxième toujours
à 13 degrés et 7,02m (38%) pour le troisième cette fois à 21 degrés. C’était un
athlète qui était capable de conserver beaucoup de vitesse pour la fin,
domaine, à titre indicatif, où Teddy Tamgho a encore une belle marge de
progression.»
L’équilibre à maintenir
«L’équilibre général du corps et du buste en particulier est primordial
jusqu’au dernier des trois sauts où il s’agit alors d’aller le plus loin avec
un engagement vers l’avant. Cet équilibre est notamment capital lors de la
foulée bondissante. En effet, il faut savoir vraiment le maintenir après la
réception du premier des trois sauts. Sachant que lors des sauts, le tronc doit
rester vertical, mais ne pas être trop rigide non plus. En tous les cas, il ne
doit surtout pas partir vers l’avant ou vers l’arrière. Lorsque que l’on fait
un ciseau lors du dernier saut, c’est d’ailleurs généralement pour compenser un
déséquilibre. Sinon, le ramené simple est, en principe, suffisant.»
Yannick Cochennec
«France.fr, site complet et complexe, est momentanément indisponible.»
C'est l'annonce qui accueille les internautes tentant de se rendre sur France.fr, site lancé le 14 juillet dernier et tombé en rade le même jour. Challenges raconte que, plus de dix jours plus tard, le site a décidé de changer d'hébergeur, écartant Cyberscope au profit de Typhon. Et revient sur l'origine du désastre: début 2008, Bercy obtient l'adresse «www.france.fr», et décide de créer un site qui soit la vitrine du pays. La société Modedemploi est choisie après appel d'offres pour le réaliser, et y travaille depuis le 9 août 2009. Mais près d'un an et 860.000 euros après, le lancement est un échec.
Le site affiche de trop nombreuses pages introuvables et change sans prévenir de langues quand l'internaute clique de page en page. On accuse Drupal, le CMS utilisé pour développer le site qui peut amener à de gros plantages, la non réalisation de tests de montée en charge, qui permettent de mieux gérer les afflux massifs de visiteurs, ou encore l'hébergeur Cyberscope.
Challenges revient sur toutes les questions de l'affaire: Les sociétés sélectionnées pour monter le site sont-elles compétentes? Pourquoi avoir choisi Drupal? Pourquoi le site n'est-il toujours pas réparé? Quelle sera l'impact de cet échec sur l'image du pays?
A cette dernière question, le magazine répond de façon optimiste: grâce au buzz déclenché par ce lancement raté, le site est déjà en quatrième position quand on tape France sur Google, ce qui l'aidera à être bien référencé sans trop payer une fois qu'il sera de nouveau disponible. De nombreuses sociétés françaises spécialisées ont proposé leur aide à Bercy, même si le code des marchés publics rend compliqué d'accepter ces offres. En attendant, les internautes peuvent «Liker»: c'est la seule fonctionnalité qui reste disponible sur le site en chantier.
photo: capture d'écran de france.fr
Anna Fermanova, une Américaine d'origine lettonne, a été
arrêtée le 15 juillet près de Dallas. Elle revenait d'un séjour
de quatre mois à Moscou, là où son mari vit. En février dernier,
elle avait été trouvée à l'aéroport Kennedy de New York en possession de
matériel militaire, au moment d'embarquer vers Moscou. Avant de la
relâcher, les agents de sécurité avaient confisqué son butin:
trois lunettes à vision de nuit d'une valeur totale de 11.000
dollars, destinées à équiper des fusils d'assaut comme le M4.
Selon
le New York Daily News, les forces de sécurité
auraient appris en février -grâce à un informateur anonyme- que la
jeune femme était liée à un trafic d'accessoires pour armes.
Accusée d'avoir tenté «d'exporter des armes américaines
intentionnellement et en connaissance de cause», Anna Fermanova
encourt une peine de dix ans de prison. Mais son avocat, Scott
Palmer, a nié en bloc la responsabilité de sa cliente:
«C'est une gentille jeune femme juive qui vit avec ses
parents lettons [...] Il n'y a pas de lien avec le terrorisme. Il n'y
a pas d'espionnage [...] Elle a acheté les lunettes légalement, il
faut simplement une licence pour les exporter [...] Ces lunettes
étaient destinées à des amis de son mari, qui sont chasseurs en
Russie. Ils ont acheté ce matériel aux Etats-Unis, car il est très
cher en Russie.»
Pour le moment, Anna Fermanova a admis avoir noirci au marqueur
les numéros de série des lunettes «afin qu'elles soient moins
remarquables.» D'après The Smoking Gun, cela prouve qu'elle savait qu'il était
interdit d'en exporter vers la Russie.
Est-elle pour autant une
nouvelle Anna Chapman, mi-espionne russe mi-agent
dormant aux Etats-Unis? Rien n'en atteste pour le moment. Le profil
des deux jeunes femmes présentent néammoins d'étranges
similitudes: toutes deux slaves, jolies, elles n'hésitent pas à
jouer de leur charme, notamment
sur Facebook.
Ces deux arrestations, à quelques semaines d'intervalle,
rappellent que l'espionnage reste en vigueur entre les Etats-Unis et
la Russie, 19 ans après l'implosion de l'URSS. Le 8 juillet dernier,
Patrick Pesnot, le producteur de l'émission de France Inter
«Rendez-vous avec X», s'étonnait
que la plupart des espions russes échangés avec les Etats-Unis avaient été
implantés après la fin de la guerre froide.
Photo : Gunshot/ magnoid via Flickr / CC Licence By
Le 13 juillet 2010, la police italienne a procédé à l’un des plus grands coups de filet de l’histoire du crime organisé transalpin: elle a arrêté plus de 300 membres de la ‘Ndrangheta,
la mafia calabraise. L’ampleur de l’opération (elle a mobilisé quelque
3000 agents de police, qui ont procédé à 305 arrestations, 55 fouilles,
et à des saisies d’une valeur estimée à 75 millions de dollars) est la
démonstration d’une enquête de police parfaitement coordonnée, les
polices du nord et du sud de l’Italie ayant ici opéré de concert.
A
chaque fois qu’un grand coup de filet frappe la mafia, tous les deux ou
trois ans, la presse américaine s’empresse d’y voir un tournant dans la
lutte contre le crime organisé d’Italie. Mais en réalité, le grand
nombre d’arrestations ne fait que traduire l’évolution constante et
l’omniprésence de cette organisation calabraise, qui compte parmi les
plus puissantes et parmi les moins connues des mafias transalpines. Cent
soixante des arrestations ont été conduites à Milan, la capitale
financière de l’Italie du Nord; la ‘Ndrangheta y aurait 500 affiliés. La
‘Ndrangheta est moins connue que la Cosa Nostra sicilienne ou que la
Camorra (l’équivalent napolitain de la mafia), et elle demeure bien plus
insaisissable. Selon le think tank italien Eurispes, elle est aussi
l’une des organisations criminelles les plus riches du pays, avec
environ 50 milliards d’euros de bénéfices annuels ; la moitié de cette
somme proviendrait du trafic de drogues. Eurispes estime que le crime
organisé représente environ 9% du PIB italien et que la ‘Ndrangheta est
pour un tiers de ce chiffre.
Coup de com’?
La
vaste opération anti-mafia de cette année est plus qu’un simple coup de
com’. Elle semble avoir réellement fait avancer les choses. Après plus
de deux ans d’une minutieuse enquête, la police et les juges
d’instruction sont parvenus à réunir un nombre incroyable de preuves:
64.000 heures d’enregistrement vidéo et plus d’un million de
conversations téléphoniques, selon certaines informations.
En
plus d’arrêter plusieurs grands pontes de la mafia (dont un homme qui
pourrait, selon la police, n’être autre que le numéro un de la
‘Ndrangheta, Domenico Oppedisano, 80 ans), l’enquête a, pour la toute
première fois, permis aux autorités d’étudier les rouages de
l’organisation. Les policiers pensaient que la ‘Ndrangheta était une
organisation «horizontale», composée de groupes fonctionnant
indépendamment les uns des autres; ils estiment désormais que cette
mafia dispose d’une structure verticale très stricte – d’une hiérarchie
clairement établie et d’un conseil dirigeant chargé de prendre les
décisions les plus importantes. Lorsque les membres du groupe de Milan
ont voulu prendre leur autonomie, leur chef fut exécuté sans autre forme
de procès. «Le gouvernement provincial l’a licencié», pour reprendre la
formule employée par un ponte sur l’un des enregistrements. Les
informations réunies dans le cadre de cette affaire sont si détaillées
et d’une telle qualité qu’elles permettront sans doute de percer le
voile de mystère qui entoure le fonctionnement interne de la
‘Ndrangheta.
Voilà
pour les bonnes nouvelles; passons aux mauvaises. Ces quinze dernières
années, la police italienne a remporté de nombreuses victoires
d’importance dans sa lutte contre le crime organisé; pour autant, ces
arrestations et ces procès n’ont pas affaibli la mafia de manière
significative. La police et la justice livrent une bataille de tous les
instants, une bataille qui va souvent à l’encontre des intérêts des
hommes politiques, nombre d’entre eux entretenant des liens étroits avec
de grandes figures du crime organisé.
L’influence Berlusconi
En
outre, de nombreux hommes politiques transalpins continuent de
promouvoir et de bénéficier d’un système fait de corruption et
favoritisme –système qui offre une multitude de possibilités économiques
aux organisations mafieuses de type ‘Ndrangheta. C’est pour cela que la
quasi-totalité des réformes de la justice pénale des seize dernières
années vise à réduire les prérogatives du procureur, a édulcorer les
législations anti-mafia et anti-corruption, et surtout à rendre
extrêmement complexe les enquêtes dirigées contre les hommes politiques
eux-mêmes. Seize années, autrement dit, depuis l’entrée en scène
politique du premier ministre Silvio Berlusconi, lui-même mis en cause
dans plusieurs affaires de corruption; c’est loin d’être une
coïncidence. Jugez par vous-même: le jour du coup de filet contre la
‘Ndrangheta, les journaux italiens parlaient tous d’une autre affaire,
impliquant plusieurs hommes politiques influents et des hommes
d’affaires proches du gouvernement. Ils ont été mis en examen pour
avoir créé une sorte de gouvernement parallèle au sein même du
gouvernement. Leurs buts: avoir la mainmise sur les marchés publics,
influencer le système judiciaire, et utiliser de fausses informations
pour intimider ou diffamer des opposants politiques.
L’un
des objectifs de ce groupe était d’obtenir des contrats
particulièrement lucratifs pour le compte de Flavio Carboni, un homme
d’affaire douteux ayant trempé dans diverses affaires criminelle. Des
contrats qui lui permettraient de construire des éoliennes sur les côtes
de Sardaigne. Le parquet soupçonne la Camorra napolitaine de tirer les
ficelles des sociétés représentées par Carboni. La présence de Nicola
Cosentino, le sous-secrétaire d’Etat à l’Economie de Berlusconi, dans ce
groupe n’a fait que renforcer les soupçons. Cosentino est napolitain;
plusieurs ex-camorristi
l’ont désigné comme étant l’un des meilleurs amis de la Camorra au
gouvernement. Malgré les soupçons de longue date qui entourent
Cosentino, Berlusconi avait toujours insisté pour qu’il conserve sa
place, mais cette nouvelle série de preuves a fini par mettre le
napolitain dans une situation impossible. Ce sont des membres du propre
parti de Berlusconi (Le Peuple de la liberté) qui, révoltés, lui ont
imposé de démissionner.
Les
personnes mises en examen dans l’affaire des éoliennes n’ont pour le
moment été reconnues coupables d’aucune faute, mais cette série de
scandales met pleinement en lumière la face cachée sordide du système
italien ; un système où le trafic d’influence, les réseaux et le
népotisme valent plus que le simple mérite lorsqu’il s’agit de répartir
les ressources de l’Etat.
Ce
système est devenu le parfait terreau du crime organisé en Italie.
C’est ce lien avec le pouvoir (les hommes politiques, les juges, les
hommes d’affaire) qui donne aux organisations mafieuses cette force
particulière, cette relative immunité, et cette capacité à décider de
l’utilisation des ressources publiques et des aides de l’Etat –ce qui
leur confère en retour un certain pouvoir électoral.
Les
marchés publics représentent une importe source de revenus pour les
principales organisations mafieuses transalpines. Des projets de travaux
publics particulièrement lucratifs destinés à promouvoir le
développement économique de l’Italie du sud ont aidé la petite mafia
rurale qu’était la ‘Ndrangheta à devenir une grande organisation
nationale. Et, de fait, plusieurs hommes politiques locaux ont été
balayés par le coup de filet, ainsi qu’une poignée d’officiers de police
soupçonnés de corruption.
Des bâtons dans les roues
Face
à de tels évènements, on aurait pu s’attendre à ce que le pouvoir
réagisse. Berlusconi, lui, a choisi de soutenir avec acharnement une
nouvelle loi qui, si elle était adoptée, compliquerait les demandes
faites par les juges d’instruction de mise en place et de maintien
d’écoutes téléphoniques, qui furent, inutile de le préciser, la pierre
angulaire de l’enquête sur la ‘Ndrangheta et du scandale des éoliennes.
Le projet de loi proposé par Berlusconi rendrait illégale l’utilisation
des appareils d’écoute dans la plupart des cas. La loi prévoirait des
exceptions (la mafia, le terrorisme) mais les juges d’instruction
anti-mafia ont unanimement critiqué le projet; ils y voient un important
obstacle potentiel à leur travail.
Le
projet de loi prévoit également de lourdes peines à l’encontre des
journalistes et des éditeurs qui décideraient de publier des
comptes-rendus d’écoutes avant qu’une affaire ne passe au tribunal:
prison pour les journalistes, et lourdes amendes pour les éditeurs. Ces
mesures ont clairement pour but de mettre fin à l’embarras de Berlusconi
et à celui de ses associés, qui ont été surpris à plusieurs reprises en
train de parler avec des suspects dont les téléphones étaient sur
écoute. Si les conversations n’impliquant aucune infraction pénale ne
pouvaient plus être enregistrées, la conduite discutable de certains
hommes politiques (comportement inconvenant, abus de bien social, ou
dangereuse amitié avec un escroc) serait passée sous silence.
Par
ailleurs, si cette loi était actuellement en place, les Italiens ne
sauraient sans doute rien des scandales qui ébranlent la classe
politique transalpine depuis l’année dernière: les frasques de
Berlusconi avec des prostituées, tout cela aux frais d’un homme
d’affaires désirant obtenir un marché public; l’affaire de l’appartement
avec vue sur le Colisée, acheté par un ministre avec l’aide
substantielle d’un autre entrepreneur de travaux publics; le chef de la
Protection civile –source fructueuse de contrats de construction, qui se
serait vu offrir des «massages» et un appartement par l’un des
principaux entrepreneurs de l’Etat; Berlusconi qui, fâché qu’une série
d’émissions aient osé évoquer ses problèmes, ordonne à un membre de
l’AGCOM (le CSA italien) de les retirer de l’antenne.
En
Italie, le débat fait rage: Berlusconi a-t-il ou non passé une sorte de
pacte avec la mafia? Cette dernière lui a-t-elle promis les votes des
régions qu’elle contrôle dans le sud du pays, en échange d’une
législation moins regardante?
Mais
nul besoin d’imaginer un pacte secret pour constater que Berlusconi
rend des services au crime organisé. Depuis son entrée en fonction à la
tête du gouvernement, il tente de limiter le pouvoir des juges; ces
dernières années, cette guerre contre le système judiciaire italien ne
cesse de s’intensifier. Comme l’a astucieusement fait remarquer Giuseppe
Guttadauro, un ponte de la mafia sicilienne, lors d’une conversation
enregistrée par les policiers: «Si Berlusconi veut résoudre ses
problèmes, il faudra qu’il commence par résoudre les nôtres.»
Alexander Stille est professeur de journalisme international à l’Ecole de journalisme de Columbia
Traduit par Jean-Clément Nau
Fin 2006, Liliane Bettencourt a demandé à son ancienne comptable Claire Thibout de solliciter à la banque Dexia un retrait de 500.000 euros en liquide, selon des documents internes de la banque révélés par Marianne le 23 juillet. Devant l'énormité du retrait, les responsables de la banque ont refusé de lui accorder une telle somme, «craignant sans doute d'avoir à se justifier devant Tracfin, l'organisme chargé de la lutte contre les mouvements illicites de capitaux» d'après l'hebdomadaire. Plus tard, quatre mois avant la présidentielle de 2007, Claire Thibout avait retiré 100.000 euros en liquide à cette même banque Dexia.
Au nom de quoi une banque peut-elle refuser un retrait à un titulaire d'un compte pourtant suffisamment approvisionné? Quelle somme maximum pouvez-vous retirer à votre distributeur? Faut-il prévenir en avance? Quels sont les mécanismes de contrôle en cas d'une demande jugée anormalement élevée?
«Vous avez atteint le maximum autorisé»
Vous ne connaissez peut-être pas son montant exact, mais une chose est sûre, si vous possédez une carte bancaire, vous avez un plafond de retrait: calculé de façon journalière, hebdomadaire (le plus souvent) et mensuelle, il a été déterminé en accord avec votre banquier lors de votre souscription, et précisé dans votre contrat de carte bancaire.
Cela dit, ce plafond de retrait de carte de crédit est modifiable, il peut être relevé (ou baissé) si vous obtenez l'accord de votre conseiller bancaire. Fréquemment plus élevé (soit en valeur, soit en fréquence) pour les retraits d'espèces aux distributeurs de votre propre banque, il est aussi légèrement supérieur pour vos retraits à l'étranger.
Il est proportionnel aux revenus, car de vos revenus dépend votre carte...
De 3000 à 15 000 euros par semaine
...et de votre carte dépend automatiquement votre plafond de retrait.
Prenons l'exemple de la Société Générale. Si vous possédez la carte la plus basique, votre plafond, dans la limite du solde disponible de votre compte, est fixé à 3.050 euros maximum par période de 7 jours. Et à seulement 300 euros pour 7 jours dans les distributeurs des autres banque en France.
En revanche si vous possédez la carte la plus «prestige» qui soit proposée par cette banque -que vous obtenez si votre salaire net est supérieur à 60.000 euros net/an, votre plafond, dans la limite du solde disponible de votre compte, est fixé à 15.000 euros maximum par période de 7 jours sans dépasser, et seulement 1.500 euros par période de 7 jours dans les distributeurs des autres banques en France.
Pourquoi un plafond de retrait?
Il pourrait paraître abusif en soi qu'une banque puisse refuser un retrait à un titulaire d'un compte pourtant suffisamment approvisionné.
Mais il faut bien comprendre que pour la banque, ce n'est pas seulement une question de solvabilité de son client: il ne suffit pas de vérifier qu'il dispose d'une provision suffisante sur son compte. C'est aussi -et surtout- une question de disponibilité des fonds. Qu'un compte affiche une provision de 300.000 euros ne signifie pas que la banque peut sortir du jour au lendemain une telle somme en liquide. Car pour ceux qui en douteraient encore, les réserves d'une banque sont dématérialisées, ses chambre fortes ne ressemblent pas à ça.
Le plafond de retrait est particulièrement justifié en cas de crise, quand les clients, qui ont perdu confiance en leur banque, sont plus que jamais susceptibles de se présenter au guichet pour demander des retraits immédiats de l'approvisionnement de leur compte en liquide, ce qui entraînerait la faillite de la banque.
Faut-il prévenir en avance pour un retrait important?
Oui, justement pour cette même raison de disponibilité réduite des fonds. Dans la configuration actuelle des agences, tout ayant été automatisé, peu d'opérations se font au guichet: il n'y a donc quasiment plus de liquide qui transite, et les agences n'ont que très peu de liquide disponible. Il faudra donc quelques jours à votre banque pour amasser la somme importante que vous souhaitez retirer.
A partir de quelle somme demandée la banque risque t-elle de faire une déclaration de soupçon?
Quand vous tirez 200 euros au distributeur, la banque s'en contrefiche. Mais en cas de gros retrait, la banque is watching you. Depuis le 30 janvier 2009, la législation française impose à l'ensemble des banques de nouvelles obligations de vigilance vis-à-vis de leurs clients dans le cadre de la transposition de la 3e directive européenne sur la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. (cf. Code monétaire et financier art. L.561-1 et s).
Si un ou plusieurs de vos retraits lui paraissent suspects, la banque va faire une déclaration de soupçon à TracFin, la cellule française de lutte anti-blanchiment, qui dépend des ministres de l'Économie, de l'industrie et de l'emploi ainsi que du Budget, des comptes publics et de la Fonction publique. Concrètement, elle n'a qu'à remplir une déclaration de soupçon dont le formulaire est accessible sur le site de Tracfin.
Mais dans quels cas?
La loi française ne fixe aucun seuil au delà duquel la banque est obligée de faire une déclaration de soupçon. C'est à la banque de juger en fonction de l'analyse qu'elle a de la situation, et de la connaissance de son client. «La philosophie du système est vraiment basée sur la connaissance du client» assure t-on à Tracfin.
Cette philosophie est nouvelle. Un seuil existait il y a quelques années mais le durcissement de la réglementation anti-blanchiment a conduit à le supprimer: en effet, sans seuil, les banques ont tendance à signaler avec une attention plus scrupuleuse les mouvements qui lui semblent suspects, pour contrer toute potentielle accusation de négligeance (quitte à ce que ces déclarations n'aboutissent pas, comme cela est de plus en plus le cas).
Tout va ainsi dépendre du profil du client et de ses moyens. Si un client à petits revenus, demande brusquement un gros retrait -la quasi totalité de son compten par exemple- il y a de quoi éveiller le soupçon de la banque. Cette situation est appelée «situation atypique».
A contrario une personne très riche qui demande un retrait important ne va pas forcément attirer l'attention, si cela correspond à ses habitudes. Si par exemple Liliane Bettencourt veut retirer 7.000 euros -une somme ridicule pour elle!- la banque n'y verra aucune raison d'être suspicieuse.
Enfin, il faut savoir que quand la banque informe Tracfin, pour que le contrôle des potentiels mouvements suspects soit efficace, le client n'en a pas connaissance.
Et après?
Quand Tracfin reçoit la déclaration de soupçons, une équipe d'analystes décide de pousser ou non les investigations. Avec l'appui de tout un panel de professions assujetties au dispositif de lutte contre le blanchiment: assureurs, notaires, etc...comme cela est précisé dans l'article 561-2 du Code monétaire et financier.
S'il faut pousser l'investigation, la déclaration de soupçon sera transmise soit au Fisc, s'il est considèré qu'il peut y avoir blanchiment de fraude fiscale (définie selon 16 critères définis en juillet 2009), soit au procureur de la République dans la majorité des cas.
Et si la banque ne signale rien, vous êtes tranquille?
La banque a une obligation de vigilance envers toutes les situations considérées comme «atypiques». Elle ne fait pas la déclaration de soupçon pour le plaisir, elle est tenue de le faire.
L'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) la contrôle. L'ACP est née en janvier 2010 de la fusion de la Commission bancaire, organe collégial chargé de contrôler les établissements de crédit et de sanctionner leur manquement, créé par la loi bancaire de 1984, et de l'Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles (ACAM).
Des agents de l'ACP se déplacent régulièrement dans les banques, et contrôlent des comptes pris au hasard. Si l'ACP remarque quelque chose de louche, et s'il n'y a pas eu de déclaration de soupçon, la banque est en tort et peut être sanctionnée, comme cela a été le cas de la Bred Banque Populaire, condamnée en mars 2010 à verser une «sanction pécuniaire» de 200.000 euros pour les «carences» de son dispositif de lutte contre le blanchiment d'argent. On lui reproche notamment de n'avoir pas signalé certains «mouvements financiers atypiques» à Tracfin.
Si la banque ne vous laisse pas retirer 500.000 euros, ne lui en voulez pas, pensez plutôt qu'elle est contrôlée par Tracfin, lui-même aux ordres du gouvernement et surveillé par l'Autorité de contrôle prudentiel, qui ne lui laisse rien passer.
Annabelle Laurent
Photo: Des euros factices dans un commissariat de Madrid, Reuters Photographer / Reuters
Dans un communiqué du mercredi 21 juillet, Nicolas Sarkozy estimait que les violences qui ont suivi la mort d’un jeune homme de la communauté du voyage dans le Loir-et-Cher «soulignent les
problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et
les Roms.» La déclaration a suscité les réactions de diverses associations,
comme la Ligue des droits de l’homme qui a dénoncé «une réunion pour stigmatiser une ethnie.» Gens du voyage, Roms, gitans, Tsiganes, romanichels, manouches: de
nombreux mots sont utilisés, dans des contextes différents et souvent de
manière confuse, pour désigner des populations parfois sédentaires, parfois
itinérantes, françaises ou non. Quelle est la différence entre ces termes?
Qui sont les Roms?
L’Union européenne utilise le terme de Roms (ou Roma en anglais), qui signifie «homme»
en hindi en «référence à divers groupes d'individus qui se décrivent eux-mêmes comme Roms, Gitans, Gens du voyage,
Manouches, Ashkali, Sinti, etc.», une
population à laquelle elle a déjà consacré deux sommets depuis 2008 pour favoriser son inclusion dans les différents pays membres.
Marcel Courthiade, titulaire de la chaire
de langue et civilisation romani à l'Institut national des langues et
civilisations orientales, approuve cette dénomination générale de Roms
pour désigner les populations qui ont en commun une origine et la langue romani, ou du moins le souvenir de l’usage
de cette langue. D’un point de vue historique, les Roms au sens large ont
été déportés au XIe siècle de la vallée du Gange, en Inde, et a migré
progressivement à travers l’Asie occidentale puis l’Europe jusqu’au début du XXe
siècle. Les premiers Roms sont arrivés en France autour du XVe siècle.
Si l’on accepte cette définition, il y
aurait actuellement en France entre 350.000 à 500.000 Roms,
dont la quasi totalité est de nationalité française, sur un total de 10 à 12 millions dans l’Union européenne. Une idée reçue répandue voudrait que les Roms soient des nomades,
pourtant seulement 2% d’entre eux sont du voyage en Europe.
Tsiganes, manouches, gitans…
L’Union romani
internationale, une organisation reconnue par les Nations Unies qui défend
les droits, la culture et le langage des peuples romanis, a été crée en 1978 et
témoigne d’une volonté de revendiquer un patrimoine commun. Mais dans plusieurs
pays comme la France, l’Allemagne ou le Brésil, certains Tsiganes ne veulent pas d’une identité
transnationale rom et revendiquent,
au contraire, l’accès à la pleine citoyenneté de la nation qui leur donne leur
identité légale, comme l’explique Marc
Bordigoni, ingénieur de recherche CNRS à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative. Jérôme Weinhard, animateur du pôle juridique de la Fédération
nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les Gens du
voyage (Fnasat), confirme que le choix du terme que l’on utilise
pour désigner cette population est aussi souvent un choix politique.
Plutôt que «Roms», c’est ainsi le terme «Tsiganes» qui est utilisé et
accepté en France pour désigner cette population qui a en commun la langue
romani, et que nous utiliserons pour cet article. Selon Marcel Courthiade, le
mot «tsigane» désignait à l’origine une secte comprenant de nombreux
Arméniens en Asie mineure, disparue au début du XIe siècle, à la
même époque de l’arrivée des Roms, d’où la confusion entre les deux
populations. Mais le terme s’étant vraiment développé lors de l’esclavage des
Roms en Moldavie, et est péjoratif dans de nombreux pays balkaniques et slaves.
Il est réapparu en France après la Seconde guerre mondiale, car il était
utilisé par les nazis.
Les universitaires et les Tsiganes français font une
distinction en limitant le mot «Gitans» aux Tsiganes de la péninsule ibérique
et du sud de la France. Le terme est lui aussi souvent utilisé ou perçu de
manière péjorative. Comme le rappelle Jérôme Weinhard, les mots changent
souvent de sens selon ceux par qui ils sont prononcés ou le contexte dans
lequel ils sont utilisés. Les manouches sont eux une branche de Tsiganes
principalement présents dans l’est de la France depuis le début du XIXe
siècle. Le terme romanichel signifie «le peuple Rom» en romani et serait
théoriquement le meilleur terme à utiliser, mais encore une fois il a acquis
une connotation très péjorative en France.
Pourquoi le terme «Gens du voyage» s’est
imposé dans le vocable administratif français
Les termes «Roms» au sens de l’Union
européenne ou «Tsigane» ne sont pas utilisés par les autorités françaises,
justement parce qu’il qualifie une population sur des bases ethniques, ce qui
est contraire à la constitution. «Gens du voyage» est le terme juridique et
administratif qui désigne une catégorie de personnes dans le droit français.
Cette catégorie administrative recouvre une grande diversité de personnes avec
des situations économiques et des origines très diverses, dont des Français qui
n’ont rien à voir avec les Tsiganes, des gitans etc. Par contre
on n’y compte pas les roms au sens français du terme, qui sont des
ressortissants de l’Union européenne, majoritairement Roumains et Bulgares
arrivés pour la plupart en France après la chute du Mur.
Le terme de «Gens du voyage» est
notamment utilisé dans la loi qui définit les obligations pour les communes de plus de 5.000 habitants de disposer d’aires d’accueil
pour cette population.
La confusion entre les «gens du voyage»
et les Tsiganes vient en partie de cette spécificité française qui interdit à
l’administration de qualifier une partie de la population sur des critères
ethniques. Au début du XXe siècle, le gouvernement français veut surveiller les
Tsiganes qui sont alors victimes des pires préjugés, comme en témoigne cet extrait des débats au Sénat du 10 mars 1911 cité par le blog Combat pour les droits de l’homme du Monde, mais
sans utiliser un terme ethnique.
L’appellation «nomades» est alors
officiellement utilisée, et la loi du 16 juillet 1912 leur impose un carnet anthropométrique obligatoire qui contient des informations telles que l'envergure, la longueur et
la largeur de la tête, la longueur de l'oreille droite, la longueur des doigts
médius et auriculaires gauches, celle de la coudée gauche, celle du pied
gauche, la couleur des yeux ou encore la forme du nez.
Plus tard, ce fichage a été utilisé par
le régime de Vichy, qui a interdit le nomadisme et enfermé les nomades,
soupçonnés d’espionnage, dans des camps
d’internement un peu partout en France, alors que
le régime nazi persécutait les Tsiganes à travers l’Europe. Après cette
persécution, le mot «nomades» est devenu inutilisable, et remplacé par le
néologisme «Gens du voyage» avec la loi du 3 janvier 1969, qui remplace
également le carnet anthropomorphique par un livret de
circulation.
Les «gens du voyage» pas d’accord entre eux sur le terme «gens du
voyage»
Si le problème de la dénomination des
populations tsiganes ou romani est si compliqué, c’est aussi parce qu’elles ne
s’accordent pas entre elles sur les termes et leur définition.
Dans une tribune coécrite dans les colonnes de Libération, Stéphane Lévêque, président de la Fnasat, explique également qu’il
s’oppose à l’erreur faite par Nicolas Sarkozy, qui «consiste à identifier
«gens du voyage» et «Roms». Or la première appellation renvoie à une
classification administrative française relative à un mode d’habitat «constitué
de résidences mobiles» (loi du 5 juillet 2000) ; tandis que les
Roms sont des ressortissants des pays de l’Est, sédentaires dans leur grande
majorité.»
Pourtant, un texte
présenté par des représentants d’associations rroms et Tsiganes et des
personnalités de cette communauté à l’Assemblée Nationale demandait l’abandon de l’utilisation du terme «gens du voyage»:
«En France, l'appellation « gens du voyage» désigne, dans le vocabulaire de
l’administration et souvent de la population française, notre population. Nous
ne nous reconnaissons pas nous-mêmes sous cette appellation d’un point de
vue humain, culturel et identitaire. Tenant compte de ce qui précède, lorsque
l’appellation “Gens du voyage” se substitue aux mots Tsiganes, Manouches,
Gitans, Roms, Sinté ou Yéniches pour désigner nos populations respectives à
des fins d’hostilité, dépréciatives, discriminatoires, ou racistes à notre
égard, nous exigeons que cet acte soit considéré comme de
l’antitsiganisme et/ou de la tsiganophobie, et soit systématiquement dénoncé
et condamné publiquement par les autorités.»
Une partie des Tsiganes demande un statut
officiel qui favoriserait «la promotion de notre patrimoine culturel et
linguistique en tant que partie intégrante du patrimoine français», et que «la
contribution de notre population, partie intégrante de la nation française
depuis plusieurs siècles, et active sur les plans culturel, patrimonial,
artistique, industriel, économique, sociologique, spirituel, écologique,
agricole, celui du développement durable etc. soit dûment reconnue et
mentionnée dans les livres scolaires.»
Les divisions au sein même de la
population Rom se reflètent également dans l’attitude vis-à-vis des titres de
circulation des «gens du voyage»: «certains veulent les conserver
tandis que d’autres réclament une carte d’identité avec une adresse fixe»,
explique Pierre Hérisson, qui rajoute que «s’ils pouvaient se mettre
d’accord entre eux cela nous arrangerait tous.»
Si la complexité de la question des vocables des Roms et des Tsiganes
peut pousser à accorder éventuellement un peu d’indulgence aux politiques qui
s’emmêlent les pinceaux dans les termes, elle n’explique pas tous les
amalgames. Le gouvernement français a relayé au niveau européen
ses préoccupations concernant la délinquance des Roms suite aux évènements de Saint-Aignan à travers son secrétaire d'Etat
aux affaires européennes Pierre Lellouche lundi 26 juillet. «Il n'est pas
question de stigmatiser une communauté ou des Etats, a indiqué le ministre.
Mais nous sommes confrontés à un réel problème et le temps est venu de
s'en occuper,» évoquant la forte progression («plus de 150
% à Paris») de certains faits de délinquance commis par des mineurs
roumains. Pierre Lellouche a sans doute oublié que moins de 10% des Roms (au
sens européen et de l’Union romani internationale) de France sont des Roumains,
tandis que les Roms ne représentent qu’une minorité des 120.000 citoyens
roumains habitant en France. Il y a encore du travail…
Grégoire Fleurot
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