«Ça m'est arrivé je ne sais combien de fois de me masturber en l'imaginant avec une collègue»

Erotique

Léa raconte comment, étape après étape, elle en est venue à pratiquer le candaulisme avec son conjoint.

Je ne me souviens jamais pour quelle raison j'ai commencé à suivre quelqu'un sur Twitter. Les gens sont là, dans mon flux, pendant des années. Je connais leur histoire, je regarde leurs photos, parfois on discute. Léa, c’est un peu cette histoire. Elle m’a écrit, il y a longtemps, pour la chronique «C’est compliqué». Je ne sais plus si je la suivais déjà ou si je me suis abonnée à son compte à ce moment-là. Mais pendant des années, j'ai vu passer ses mots, ses problèmes liés au travail, ses envies, ses projets.

Dans ma tête, je l’avais classée comme libertine, alors je me suis naturellement tournée vers elle quand il a été question de trouver un témoignage d’échangiste. Un message de ce genre: «Dis Léa, tu ne connaîtrais pas un ou une échangiste qui voudrait bien me parler pour Slate?». Elle n’avait pas de contact et, à vrai dire, elle n’était plus libertine. Mais elle m’a raconté tout de suite, avec la franche sincérité qui la caractérise, qu’elle s’intéressait de près au candaulisme.

Le candaulisme, c’est «une pratique sexuelle dans laquelle on ressent une excitation en exposant sa compagne ou son compagnon à des hommes ou des femmes ou en la partageant avec eux» –merci Wikipédia. En anglais, et dans certains cercles, cette pratique s’appelle le «cuckolding».

Sans réfléchir un seul instant au fait que cela pourrait la mettre mal à l’aise, je lui ai demandé si elle voulait bien m’en parler. Et elle a accepté.

Nous devions nous retrouver dans un bar d’hôtel. Pour cette rencontre, je voulais une ambiance feutrée, propice à la confidence. Il fallait que Léa soit à l’aise avec l’idée de me laisser entrevoir son histoire et celle de son compagnon. Seulement deux heures avant le rendez-vous, je reçois ce message: «Je vais chez le médecin, je ne sais pas quand je vais sortir. Mais on peut toujours se voir à la maison, si tu n’as pas peur des microbes». Je n’ai pas peur des microbes et je ne veux surtout pas que notre entretien tombe à l’eau. Il s’avère qu’elle a la grippe. Je passe en vitesse acheter un pot de miel et quelques bonbons, et je débarque chez elle comme une fleur. Comme si l'on mourait d’envie de raconter sa vie sexuelle à une presqu’inconnue quand on a la grippe.

Léa renifle un peu, mais elle est vaillante. Elle me sert une tisane, s’installe en face de moi à la table du salon-salle à manger. L'un après l'autre, les deux chats viennent me sentir. Je suis adoptée. Je pose mon dictaphone entre nous, et Léa me raconte son histoire.

La rupture-déclic

Début 2016, Léa est quittée par son compagnon. Le schéma est classique: le jeune homme lui dit qu’il a l’impression de ne pas encore avoir assez vécu. Depuis un an et demi, ils n’arrêtent pas de se séparer et de se remettre ensemble, mais cette fois, Tristan demande une rupture définitive.

«Je ne sais pas ce qu’il m'arrive à ce moment-là, je tente le tout pour le tout. Je le rappelle un soir, et je lui dis: “Je me me rends compte qu'avoir une relation comme ça avec une personne, qui dure longtemps et juste avec cette personne, c'est obsolète, ça n'existe plus. Il y a partout de l'offre et de la demande, les sollicitations sont permanentes. On a besoin de se rassurer vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on est beaucoup dans une bataille d'ego. Il y a tout le temps cette envie, ce besoin, cette tentation, je sais pas comment ça s'appelle, mais on a cette offre qui est en permanence devant nous. Et je trouve ça très réducteur et finalement très égoïste de se dire que l'on n'a pas le droit d'en profiter. Je pense honnêtement qu'il y a quelque chose qui peut marcher, c'est de se dire que quand on a une envie, on peut, en suivant des règles. Si j'ai envie de telle personne à cet instant t, ça ne remet pas en cause le fait que j'aime la personne avec qui je suis. J'en ai envie, c'est tout. Je te donne quelques jours pour réfléchir à ma proposition. Est-ce que ça te convient? Est-ce qu'on se remet ensemble en devenant un couple libre?”»

«On a établi des règles –une sorte de contrat que l'on a rédigé ensemble, sous format Word, signé par les deux parties. Il l'a accepté, on l'a acté.»

Quelques jours passent. Léa et Tristan se retrouvent au restaurant. Il ne croit pas à ses belles paroles. De son côté, elle a un crush sur un autre garçon dont, malgré ses sentiments pour Tristan, elle souhaite profiter.

«À ce moment-là, j'avais beau l'aimer comme une dingue, ça n'empêche pas qu'il y avait d'autres mecs qui me plaisaient. Je venais d’avoir une aventure de quelques mois avec un garçon plus jeune que moi, plus frais, plus fou, qui n'était pas du tout comme Tristan. Et même si je m'étais séparée de ce garçon, j'avais toujours envie de le voir, toujours envie de lui, même si j'étais amoureuse de Tristan. Je me rendais compte que c'était possible, que si moi j'avais ressenti ça, ça voulait dire que lui aussi pouvait le ressentir. Donc on s'est dit que oui, on allait partir sur ce modèle, et on a établi des règles –une sorte de contrat que l'on a rédigé ensemble, sous format Word, signé par les deux parties. Il l'a accepté, on l'a acté.»

J'embrasse pas (toi non plus)

Je lui demande de m’en dire plus sur leurs règles. Elle me raconte qu’elle ne supporte pas l’idée de le voir embrasser une autre femme devant elle. «Je pouvais le voir sodomiser une femme, je pouvais le voir se faire sucer par une femme, je pouvais voir n'importe quoi, mais embrasser, c'était mort. C'est bizarre. Mais ce n'était pas possible.» Il décide de lui imposer cette même règle en retour.

L’autre règle concerne les réseaux sociaux: «On a le droit de discuter avec nos plans cul, mais on ne le fait pas quand on est à deux. Quand on est l'un avec l'autre, on n'échange pas de SMS, d'appels, de Messenger avec les personnes avec qui on a baisé ou on va baiser. C'est notre bulle, c'est nous, et on n'ajoute pas ces gens sur les réseaux sociaux. On garde une distance».

Léa et Tristan décident également de dresser une liste noire des amantes et amants potentiels.

«La liste concernait le cercle amical de l'un et de l'autre. Et me concernant, deux ou trois nanas qu'il avait sur son Facebook, dont je savais qu'elles lui plaisaient. Mais comme elles étaient sur son Facebook et comme il les connaissait depuis longtemps, pour moi c'était “no go”. Il a aussi ajouté deux ou trois personnes à ma liste, dont le garçon que j'avais fréquenté. C'est bien dommage, parce qu'à ce moment-là, il était célibataire, et j'aurais bien voulu y retourner un petit coup. Mais voilà, c'étaient les gens qui nous rendait jaloux. Ce qu'on voulait tous les deux, c'était de ne pas être confrontés à une personne avec qui il était possible qu'une histoire naisse.»

Pris dans l’enthousiasme de cette nouvelle liberté, le couple s’inscrit sur des sites de rencontre, en se focalisant sur AdopteUnMec. Léa raconte que pour son compagnon, cette technique de drague a été violente.

«Dans son profil, c'était écrit noir sur blanc qu'il était en couple, que sa copine savait qu'il était sur Adopte, qu'il cherchait à rencontrer, qu'il cherchait juste à s'amuser et à découvrir d'autres personnes. Malgré cela, il a reçu des jugements en pleine face, et ça n'a pas été facile. C'était très agressif, il ne comprenait pas. Moi, j'y ai été un peu moins confrontée, parce que les mecs s'en foutaient: ils voulaient juste “consommer”. Globalement, j'ai dû prendre deux trois remarques. Lui, ça lui a laissé un petit goût amer. Finalement, il n'a vu qu'une seule fille d'AdopteUnMec, où là, par contre, il a été confronté à ma très très grande jalousie –pour deux raisons. La première, c'est qu'il a couché avec elle la veille du départ de notre premier week-end tous les deux. Je lui avais dit: “Si tu peux éviter de faire ça la veille”, mais il l'a fait quand même. Il n'a pas compris les signaux qui disaient: “Non, ce n'est pas le moment, fais ça autrement”. Et en plus, j'ai découvert qu'elle était femme fontaine. Moi, à ce moment-là, je ne l'étais pas, et je savais qu'il fantasmait sur ça à mort. J'aurais voulu être celle qui lui offrirait, et quand j'ai appris que ce ne serait pas le cas, ça ne m'a pas détruite, mais ça m'a rendue extrêmement triste.»....

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