«Avengers Endgame» est loin du succès d'«Autant en emporte le vent»

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Plus colossal que «Titanic», «Avatar», «Star Wars» ou «Avengers».

Quelque 2,27 milliards de dollars: c'est ce qu'il a fallu à Avengers Endgame pour battre, en dix jours, le record détenu au box-office mondial par Titanic depuis vingt-deux ans. Rose et Jack ont été anéantis par la réunion des trente super-héros de l'univers Marvel. James Cameron, par un tweet, a donc avoué sa défaite, bon joueur. Forcément.

Avengers Endgame, en remplissant des salles de Paris à Pékin, de Buenos Aires à Moscou, est sans aucun doute un succès franc, massif et incontestable –en particulier dans un contexte où la salle de cinéma n'est plus qu'un choix de divertissement parmi une multitude d'autres (télévision, streaming, jeux vidéo, etc.).

Pourtant, James Cameron se trompe quand il dit dans son tweet que ce succès montre que «l'industrie du cinéma est plus importante que jamais». Les records mondiaux d'affluence dans les salles enregistrés par Avengers Endgame sont en effet encore très loin de ceux d'il y a quatre-vingts ans quand Autant en emporte le vent sortait sur les écrans américains puis, quelques années plus tard, européens. Jamais un film n'avait attiré autant de spectateurs au cinéma. Le record était atteint. Le film du nabab David O. Selznick reste et restera probablement pour toujours le plus gros succès populaire de l'histoire du cinéma mondial.

«La légende connaît ses débuts à l'été 1936 quand les droits d'Autant en emporte le vent sont achetés par David O. Selznick, écrit Lloyd Shearer dans le New York Times en 1947. Le prix était de 50.000 dollars.» Cela revient presque à un million en dollars de 2019, soit la plus grosse somme alors jamais payée pour les droits d'un premier roman. Le nabab, ancien directeur de la production au studio RKO qui a supervisé, entre autres, le King Kong de Merian C. Cooper en 1933, perçoit, avant même sa publication, tout le potentiel du roman-fleuve (1.037 pages) de Margaret Mitchell, une ode au sud des États-Unis avec, en son cœur, l'épique histoire d'amour entre Scarlett O'Hara, une riche héritière arrogante et pédante et Rhett Butler, un aristocrate déchu, cynique et pragmatique, pris dans la tourmente de la défaite des confédérés lors de la guerre de Sécession.

Il ne s'est pas trompé. À sa sortie, en juin 1936, tandis que l'Amérique subit encore les effets de la Grande Dépression, le roman de l'autrice de 36 ans est un best-seller instantané, malgré un prix de vente de trois dollars (55 dollars de 2019) largement supérieur aux prix habituels des livres. Avant la fin de l'année, le livre s'est déjà écoulé à trois millions d'exemplaires. Quelques mois plus tard, il reçoit le Prix Pulitzer.

L'adaptation d'ores et déjà en cours à Hollywood, la machine médiatique peut se mettre en route. Dans la presse, dans les salons, partout on discute des avancées du casting pour savoir qui décrochera les rôles tant convoités de Rhett et Scarlett. Car comme l'écrit alors Shearer dans le New York Times, l'Amérique avait attrapé la «Scarlett Fever».

Rien n'empêche le public de s'y ruer

Selznick ne trouvant pas son héroïne, les attaché·es de presse en profitent pour inonder le pays d'auditions sauvages tout en annonçant successivement que Norma Shearer, Carole Lombard, Katharine Hepburn ou Paulette Goddard ont été choisies avant de démentir, multipliant les gros titres et décuplant l'engouement populaire pour le film à venir.

«Le matin de Noël de 1938, Selznick fut réveillé par son majordome insistant pour qu'il se lève pour découvrir son cadeau de Noël, raconte Shearer pour illustrer cette folie. Le producteur sortit de son lit, enfila une robe de chambre et descendit en traînant des pieds dans son salon. Là, en face de lui, se tenait une reproduction tout en bois et haute de deux mètres du livre de Margaret Mitchell. Quand soudain, une jeune femme habillée en Scarlett O'Hara sortit du livre en annonçant “Je veux jouer Scarlett pour vous”.»

Cette ferveur n'exclue pas Rhett pour autant. Après qu'en octobre 1937 le magazine Photoplay a publié un portrait de Clark Gable dans la peau du personnage car, comme l'écrit-il alors, «nous aimons bien les autres beaux acteurs mentionnés pour jouer Rhett mais nous ne voulons pas d'eux, nous voulons Gable et uniquement lui», Selznick doit se résoudre à embaucher, à prix fort, la star oscarisée de New York - Miami. C'est ça ou le boycott des fans.

Pages 18 et 19 du numéro d'octobre 1937 du magazine Photoplay avec le portrait dessiné de Clark Gable en Rhett Butler réalisé par Vincentini.

Pages 18 et 19 du numéro d'octobre 1937 du magazine Photoplay avec le portrait dessiné de Clark Gable en Rhett Butler réalisé par Vincentini. | Capture d'écran via Archive.org

Quand le film sort pour les fêtes de Noël de 1939, après vingt-deux semaines de tournage, c'est donc un phénomène sans égal. L'institut de sondage Gallup prévoyait que 56,5 millions de personnes se rendraient dans les salles sur une population américaine de 130 millions d'âmes.

Rien n'empêche le public de s'y ruer, ni l'extraordinaire et alors inédite durée de presque quatre heures, ni le très mouvementé tournage qui aura vu le réalisateur George Cukor remplacé par Victor Fleming car «même imbattable sur les scènes intimes [...] il lui manquait la grande émotion, l'ampleur, le souffle de la production», puis Victor Fleming lui-même remplacé ponctuellement par Sam Wood après des brouilles incessantes avec les acteurs au point d'avoir «sérieusement pensé à jeter [sa] voiture d'une colline pour en finir avec tout ça»....

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