Aphex Twin, l'obsession née du mystère

Musique

Le compositeur-producteur à l'Italia Wave le 18 septembre 2009. | von-boot via Flickr

Richard D. James aura, depuis la création de son alter ego, bousculé les codes du milieu techno. Il se produira à Rock en Seine fin août. Attention, date unique en France.

S'inventer des légendes farfelues, disparaître pendant treize ans puis balancer des centaines de morceaux gratuitement: depuis trois décennies, Aphex Twin joue les trolls pour mieux entretenir son propre mythe. Le pionnier de l'electro anglais se produira à Rock en Seine le dimanche 25 août pour une date unique en France.

Rictus figé du Joker, yeux en amande et regard démoniaque, longue chevelure lisse. Qui se cache derrière ce portrait-robot? Killer Bob, le terrifiant personnage de la série de David Lynch Twin Peaks? Pas loin! C'est en réalité l'image que Richard David James, 48 ans, choisit pour son alter ego Aphex Twin au milieu des années 1990.

Déclinée sur la couverture de plusieurs albums majeurs tel un masque grotesque quoique iconique (...I Care Because You Do, Richard D. James Album), cette gueule dérangée se retrouve tour à tour greffée à un groupe d'enfants malveillants et à un danseur malsain imitant Michael Jackson dans les clips parodiques de «Come to Daddy» et «Windowlicker» réalisés par le vidéo-plasticien Chris Cunningham.

Dès ses premiers succès, James décide en bon anticonformiste de transgresser une «règle tacite [dans le monde de la techno] consistant à ne pas afficher son visage sur les pochettes» pour éviter d'être reconnu·e, comme il l'explique à l'époque dans cette interview. Sa stratégie paiera. Dans un passionnant documentaire audio disponible depuis avril en podcast sur BBC Radio 4 consacré au «culte» qui est voué au compositeur, le spécialiste de musique John Doran rappelle que «si la dance music a commencé [avec des artistes] anonymes au début des années 1990, la décennie s'est achevée avec sa gueule placardée partout». 

De Madonna à Philip Glass

Le Britannique se plie néanmoins à la loi du pseudonymat censée éviter aux DJ d'être considéré·es comme des stars. Dans son cas, cela suscitera au contraire la curiosité. Très prolifique depuis le milieu des années 1980, il sort ses premiers EP à partir de 1991 et cofonde la même année son propre label, Rephlex Records sur lequel il publie plusieurs de ses propres projets sous divers alias (AFX, Caustic Window, Bradley Strider, etc.) Ce procédé a pu avoir quelques avantages: donner l'impression que Rephlex avait une activité débordante, permettre de séparer, au moins dans un premier temps, certains projets en fonction des esthétiques, etc.

Le nom Aphex Twin reste néanmoins indissociable de celui de Warp. Ce mythique label anglais indépendant fait paraître l'essentiel de sa discographie à partir de 1994 et rassemble sur son catalogue très pointu des artistes de la même constellation: Autechre, Squarepusher, Boards of Canada, Leila, etc.

En une décennie, le compositeur-producteur assimile à peu près tous les sous-genres de l'electro, de l'acid house à l'ambient techno en passant par l'IDM (Intelligent Dance Music) –James lui préfère le qualificatif Brain Dance traduisant mieux la réconciliation des codes du dancefloor (enfin, pas Ibiza non plus) avec la musique expérimentale à la John Cage.

Son style précurseur, savant mélange de beats furieux et imprévisibles, bruitages industriels sur fond de mélodies enfantines et synthétiques, percute des sphères musicales aussi éloignées de la sienne que la variété internationale. Approché par Madonna –vite éconduite–, il accepte de faire la première partie de Björk en 1995. L'admiration de Thom Yorke dont le virage electro lui doit sans doute beaucoup? Il semble s'en moquer. En revanche, les compliments des compositeurs Steve Reich, qui vante sa «personnalité musicale extrêmement forte» dans le NME en 2011, et Philip Glass sonnent plus doux à ses oreilles...

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